17-02-2016 18:00 - La belle vie d’Atar et….. Messaoud Belkhair

La belle vie d’Atar et….. Messaoud Belkhair

Adrar-Info - Entre les années 40 et 70 du siècle dernier, la ville d’Atar vivait le TOP de son épanouissement. Sa position de relais entre le Maghreb méditerranéen et l’Afrique de l’Ouest, via la route transsaharienne Alger – Tindouf- Atar- Saint Louis du Sénégal et les pistes Gleimine Marocain - Villa Cisneros Espagnole – F’Derick -Atar, faisait d’elle une plaque commerciale vivante et une position militaire stratégique évidente.

Aux habitants autochtones sont venus s’ajouter des milliers de personnes de diverses nationalités, ethnies, pays et régions. En plus des nombreux commerçants venus du Maroc et travailleurs de l’administration, des sociétés de transport « Lacombe », de construction « La Dumez », d’approvisionnement « Peyrissac » , il y’a 10.000 militaires Français basés à Atar dont la plupart sont des Africains, malgaches, Martiniquais, Indochinois…

La ville dispose, dans certains quartiers de l’électricité domestique. Son aéroport reçoit au quotidien les avions de la compagnie Air France, les jets de l’avion privé du pilote Gallouedec, les avions bombardiers « criquets jaunes », les cargo « Le Nord », les hélicoptères et d’autres divers aéronefs.

Dans la ville circulent des centaines de vélos « Champion », motocyclettes Solex et Lambretta, des « 2 CV » Citroën, des 404 Peugeot, des citernes, camions Berliet, GMC, des Jeep ,Dodge militaires et Lan Rover. Les boutiques, shop et magasins vitrées ,exposent toutes sortes de marchandises.

Les productions de dattes, céréales et légumes sont abondantes et submergent le marché principal. Les boulangeries, pâtisseries, restaurants fument à longueur de journée et de nuit. La ville dispose de son cinéma « Maston », d’un stade sportif, piste d’athlétisme et ses équipes de foot Ball. Les enfants filles et garçons fréquentent l’école moderne. D’aucuns parmi eux sont scouts ou pionniers.

Les populations autochtones libérées du joug féodal et colonial respirent enthousiasme et joie de vivre. Dans les quartiers, l’ambiance est toujours gaie. L’après midi à Kanaoil c’est la lutte traditionnelle At3az, le Hib d’agilité et le concours de musculation pour port de la pierre d’essai « Hajritt Rowth ». A Lebreiza se pratique la très belle danse du fusil Degdada.

A M’barka Amara, les troupes folkloriques Ould Dweiry animent les Bendje et Medh . A Aghnomritt, le lancer des parachutistes, manœuvres et parades militaires drainent de nombreux curieux. A Garn El Gasba l’atmosphère autour de la « Popote » est électrifiée par les Kermesse, Tombola, les plongées dans la piscine, soirées théâtrales, musicales et dansantes. Pourtant aux heures de prière, la mosquée ne désemplit de fideles probes et sincères.

Dans les avenues, rues et ruelles se croisent des sérères, Chleuhs, Mandingues, Mossi, Peuls, Haratins, Bambara, Maures, Malgaches, Français de souche, Soninkés, Canariens…..Il y’a aussi beaucoup de fous, arlequins, clowns, proxénètes , gordiguenes.

La cohabitation entre les divers groupes sociaux se transforme en brassage ouvert. Les carcans, tabous et préjugés retardataires ont sauté. Les liaisons filiatives issues de métissage ont tissé de larges réseaux de consanguinité parentale. Désormais chacun est frère, cousin, gendre ou oncle de l’autre, quelque soit sa race, son ethnie ou son origine sociale.

Les filles et jeunes femmes sont affranchies et éveillées. Elles égayent par leur présence, toutes les manifestations politiques, sociales et culturelles. Elles s’habillent, se coiffent, se chaussent à la dernière mode. Leurs parents sont tolérants.

La plupart d’entre ces filles, disposent d’une chambre à elle au foyer familial, dans laquelle elles reçoivent leurs copines et amis autour d’un thé, musique ou autre divertissement. Certaines fument les cigarettes, Gitanes, Gauloises ou Viking. Elles savent porter leur regard et leur choix dans la vie.

Dans ce cadre, les « dit-on » Atarois listent les jeunes hommes « Gata3 Leglayed » (épavistes de colliers ou seducteurs) en leur temps. Messaoud Ould Belkhair y était cité à l’instar de la plupart des commis de l’administration venus de leur Charg ou Guebla natal exercer à Atar vers les années 60 .

Tels les officiers Bouceif, Yall, Sidina, saint Père, Sidiya, les commissaires Negib , Ly Mamadou, les enseignants yedaly, Traoré et tas d’autres. .. Messaoud avait tous les atouts pour semble-t-il pour attirer les regards de filles. Il était jeune, la vingtaine à peine, bien dessiné physiquement, teint rouge clair, carrure sportive.

Il soignait sa tête avec la brillantine et la peignait sans cesse. Il s’habillait galamment. Il parlait français, travaillait pour le Makhzen (commandant de cercle, gouvernorat) et percevait un salaire mensuel. Que cherche-t-on de plus ?

48 années plus tard quand Messoud Ould Belkhair candidat en 2009 à la magistrature suprême de l’Etat, vint à Atar dans le cadre de sa campagne électorale, il ne put retenir ses larmes après s’être rappelé sa jeunesse : « L’Adrar a marqué mon esprit et contribué à raffermir en moi l’amour de la liberté et de l’indépendance…….

J’ai constaté qu’en Adrar les chérifs, les hommes de caste, les guerriers, marabouts et autres travaillent tous manuellement la terre alors que dans mon Charg natal, seuls les esclaves et Haratins font ce travail. C’est ce système social d’égalité qui a semé en moi l’idée de lutte pour les libertés et droits humains »
. https://issuu.com/adrar.info/docs/adrar_info004/1

(Que Dieu accorde à Messaoud longue vie, beaucoup de santé et l’aide à réaliser ses ambitions de faire de la Mauritanie une terre de paix de justice et d’égalité).

Vers 1965, avec la naissance de la capitale Nouakchott , la mise en exploitation des mines de fer de Miferma, et le retrait sur Dakar des soldats Français , la ville d’Atar commença à se vider de ses riches commerçants, ses familles aristocrates et ses jeunes.

Ely Salem Khayar



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Commentaires (4)

  • faanduniamoko (H) 18/02/2016 12:26 X

    Messaoud est un homme qui a bcp de personnalité. Mais il doit aller à la retraite et laisser Biram parachever ce qu'il a commencé! Le soutenir! Voilà la voie de la sagesse!

  • Fr (F) 17/02/2016 20:25 X

    Décidément vous confirmez sans le vouloir, apparemment, que la colonisation avait porté préjudice à la Mauritanie et, surtout, à Atar. Qu'Allah pardonne à tous ceux qui ont eu la malchance d'être cités et les autres qui ont bénéficié sa la couverture (essetère). Messoude, pendant que vous êtes de ce monde, il faut vous repentir. J'espère que vos larmes étaient versées parce que vous avez regretté que votre jeunesse vous fait vivre ce que l'auteur prend pour gloire.

  • sidi009 (H) 17/02/2016 19:11 X

    N'eut été cette note passablement proxenetiste qui n'a pas du échapper au lecteur , etdont l'auteur aurait pu se passer , ce tableau rétrospectif de la vie à Atar en cette période est ala fois sympathique et réaliste .

  • Bertrand (H) 17/02/2016 18:39 X

    Messoud Belkhair est un grand homme un homme pieux,plein de valeur,doté d'un grand coeur. Il aime son pays, son peuple. Je suis sûr que c'est le labeur des premiers atarois, leur attachement à la terre, qui a séduit l'homme. Ce n'est ni les dépravés, ni le métissage illégal (si tel),ni le caractère dévergondé des fils et filles libérés par un colon par procuration (colon qui colonise par des colonisés) pour les besoins de sa propre vie dépravée qui ont plus à cet illustre et honnête homme,que tous les mauritaniens chérissent.