22-04-2016 07:45 - 64 % des écoles mauritaniennes ne répondent pas aux normes

64 % des écoles mauritaniennes ne répondent pas aux normes

Dune Voices - « Notre école a été créée il y a quinze ans sans qu’aucun de ses élèves ne puisse dépasser le cap du deuxième cycle. Faute de pouvoir poursuivre leurs études (structure pédagogique incomplète) nos enfants retombent inévitablement dans l’ignorance. Ici on est analphabète de pères en fils » lance Mohamed Lemine Ould Aleya, chef de village de Lemghaitaa Kelelthor.

En effet, l’école de cette localité située à plus de 100 Km au Sud-Est de Tidjikja (capitale régionale du Tagant), ne compte qu’une seule salle de classe où sont entassés des élèves qui suivent des cours dispensés par un enseignant « bilingue » mal fagoté, ne maitrisant ni l’arabe ni le français, encore moins les techniques et méthodes d’enseignement en classe multigrade.

Ses cours se réduisent, tout au plus, à quelques notions très élémentaires, mal maitrisées.

Ce tableau sombre, dressé par ce quinquagénaire excédé, est malheureusement le lieu commun de 64 % des écoles fondamentales mauritaniennes.

Selon l’annuaire des statistiques scolaires 2013-2014, sur 4296 écoles que compte le pays, 2757 sont des écoles incomplètes qui se trouvent en milieu rural où elles mettent en jeu l’avenir des jeunes écoliers qui, après une année ou deux de scolarité, sont éjectés hors du système éducatif, faute de continuité.

Le Président de l’Association régionale des parents d’élèves du Tagant M. Mohamed Abdallahi Ould Néné est formel : « La quasi- totalité des écoles du pays n’offre aucune perspective aux apprenants. Je suis persuadé que sans une réforme en profondeur permettant de corriger les dysfonctionnements liés au non- respect de la carte scolaire et l’inadéquation des méthodes d’enseignement outre l’application rigoureuse de la loi 2001/ 054 portant obligation de l’enseignement fondamental, l’interdiction formelle des mariages précoces et le travail des enfants, nous assisterons, de plus en plus, à la déchéance de l’école mauritanienne, et partant, la généralisation de l’ignorance et ses corollaires : sous-développement, délinquance et crime organisé » soutient-il.

C’est également l’avis de Mustapha Ould Hamady membre de l’Association des parents d’élèves de l’école 3 de Tidjikja qui considère que : « la crise qui affecte l’école mauritanienne est d’ordre socio-économique : la pauvreté et l’ignorance des parents, l’éloignement ou l’isolement, l’instabilité familiale, la défaillance du système éducatif (l’école n’est plus considérée comme un lieu de promotion sociale) le tout couronnée par la création d’écoles pour notables, chefs de tribus et chefs coutumiers au nom d’un clientélisme politique aux effets forcément pervers ».

Conscients des menaces qui pèsent sur l’école mauritanienne, les acteurs du monde éducatif se sont donnés rendez- vous, jeudi 7 avril 2016 à Nouakchott, pour discuter durant trois jours des causes de la déscolarisation et les voies et moyens pour y faire face.

Toutefois, même si les raisons invoquées par les séminaristes (mariage précoce, travail des enfants, analphabétisme des parents, pauvreté et ignorance) sont justes et traduisent une analyse approfondie de la situation, il n’en demeure pas moins qu’ils ont occulté le redoutable phénomène des écoles fantaisistes du Rif qui n’ont d’école que de nom.

L’Etat mauritanien continue d’injecter d’importants moyens (dotation en enseignants, manuels scolaires, tables, bancs, outils de gestion, supports pédagogiques et didactiques, cantines scolaires, etc.) pour le fonctionnement de ces écoles fantômes qui n’ont, paradoxalement, aucune incidence positive aussi bien sur le taux de scolarisation que sur celui de la rétention.

Les régions de l’Est mauritanien (Hodh El Garbi et Hodh Echargui), celles du centre (Tagant et Assaba) tout comme certaines régions du nord (Adrar et Tiris Zemmour) recèlent plus de 80 % de ces écoles qui ne répondent généralement à aucune norme. Il s’agit d’un hangar ou d’une tente mais, ce n’est nullement une salle de classe aux dimensions non réglementaires.

« Je suis atterré de constater, à chaque fois que je visite les écoles de brousse, érigées dans des zones enclavées et sans eau potable, que les élèves qui y étudient sont condamnés d’avance à l’échec et à l’abandon » indique Mohameden Ould Ahmedou, inspecteur de circonscription en service dans la commune de Boubacar Ben Amer ( province du Tagant).

Selon ce haut fonctionnaire du ministère de l’éducation nationale ayant requis l’anonymat. « Ces écoles sont érigées aux quatre coins du pays, le plus souvent, avec la complicité d’une administration qui se prête au jeu malsain du clientélisme politique des chefs tribaux, des notables et des opérateurs politiques véreux. Depuis plus de deux décennies, ce phénomène ne cesse de prendre de l’ampleur et de se propager. En partie, à l’origine de tous les mauvais scores de l’école mauritanienne : faible taux de rétention, baisse drastique des niveaux, taux élevé de déperdition scolaire des filles, ces écoles sont considérées comme des biens personnels, des symboles de prestige, des fonds de commerce utilisés pour justifier le poids politique de telle localité, de telle tribu ou de tel groupe communautaire » devait-il indiquer.

Et comme pour rendre l’addition encore plus corsée, d’autres facteurs interagissent pour faire monter en flèche la déperdition scolaire en zone rurale. Il s’agit des mariages précoces (en 2015 une classe de 5ème année fondamentale a été fermée dans la localité de Timbrehim (Tagant) les filles qui la composent, âgées de 11 à 12, ont été données en mariage) et de la pauvreté des familles à l’origine du travail des enfants à bas âge.



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Source : Dune Voices
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Commentaires (8)

  • cccom (H) 22/04/2016 19:34 X

    la situation du Tagant est celle de l'Adrar et certainement dans toutes les autres Wilayas du pays. Je me demande jusqu'à quand le Gouvernement et les parents d'éléves fermeront les yeux et les oreilles au systéme pédagogique cerveaux des Oasis réducteur qui garantit un taux d'admission au Bac de 70% avec réduction des coûts et des cursus de 70% et se s corolaires créateurs de 40.000 emplois dans les Oasis de l'Adrar et du Tagant que nous proposons? cheikhany_ouldsidina@yahoo.fr

  • nemahaidara (F) 22/04/2016 19:26 X

    Ce constat est valable pour tout le système éducatif . Si la pédagogie est au service d'une idéologie de l'exclusion , les résultats peuvent être tout sauf qualitatifs. Les bilingues sont ceux qui se brouillent en français et savent se débrouiller en arabe. Et dans tout cela , on cache nos échecs derrière un nationalisme à 4 sous "prêts à "défendre" le pays par le verbe , mais prêts pour le ruiner afin qu'il ne soit plus un pays..." Tant que le pragmatisme ne s'empare pas de nos décideurs afin qu'ils décontaminent le système éducatif , nous iront droit au mur . En passant derrière une classe à Nouakchott, j'ai entendu un maître qui faisait répéter à ses élèves:"le vache est blanche..." quelle est la couleur de la vache , "le vache est blanche.etc..." Comment voulez vous qu'on s'en sorte ...

  • maurebleu (H) 22/04/2016 16:52 X

    Il faut dire 100%.

  • Vent de Sable (H) 22/04/2016 16:45 X

    Il y’a plus de 30 années, l’enseignement au Tagant est devenu une mascarade. - D’abord ce fût la dégradation du système pédagogique : abandon de la langue française, recrutement anarchique de centaines de cancres pour - soit-disant – enseigner en arabe puis en français (ne maitrisant ni l'un ni l'autre) - Aujourd’hui, une Administration en deliquecsence, qui ne remplit pas son rôle (un DREN insouciant, des collaborateurs négligents…), tout cela avec la complicité des APE « Associations en Perte d’Equilibre) et avec le silence complice des pouvoirs publics. Ainsi, La médiocrité est devenue monnaie courante au Tagant. Le mal s’est enraciné profondément et à tous les niveaux. Tout le reste c’est de la poudre aux yeux, ou plutôt c’est de la démagogie.

  • cccom (H) 22/04/2016 12:00 X

    Non @Papis 2017. Pas besoin de vote au Parlement, ni d’Ayam Tachawourya ! Le projet pilote parental d’Aoujeft de réforme que nous proposons consiste à ouvrir dans 24 villages sur les 64 d’Aoujeft, le 18 juillet 2016, 24 colléges de type Oughoul El Ouahatt (www.cerveaux-oasis.mr avec les 24 professeurs intermittents des 3 colléges d’Aoujeft (2 dans la commune de Maaden et 1 au centre d’ Aoujeft) sans plus . les éléves de ces 24 colléges réussiront avec un taux de 70% leurs bacs en 3 ans au lieu de 10% en 7ans avec une maîtrise totale des français et de l’Anglais et une garantie d’avoir des doctorats à l’âge de 20 ans avec mention d’excellence. Le projet sera techniquement dirigé par l’Association des 30 jeunes docteurs de Maaden qui avaient réussis avec des cursus réduits dans le village de Maaden El ervane. Entre 1998 et 2008. cheikhany_ouldsidina@yahoo.fr

  • papis2017 (H) 22/04/2016 11:07 X

    Partout en Mauritanie le constat est le meme. De plus en plus le niveau des apprenants diminue faute des structures academiques adéquates capablest d'accueillir tout le monde mais aussi le niveau des enseignants qui ne cesse d'etre mis en cause pour la non maitrise des methodes pedagogiques et surtout les parents d'eleves ne jouent plus correctement leur role de surveillance. Donc à moins qu'il soit voté le plus rapidement possible une reforme en profondeur pour remedier à ce systeme, le pays se dirige tout droit au chaos.

  • cccom (H) 22/04/2016 09:58 X

    (Suite)Pour rémédier au drame du village de Kelethor qui est à mon avis la principale cause de la pauvreté durable de notre pays,notre Union des APEs et Association des 30 jeunes docteurs de Maaden à cursus réduits proposent actuellement au Ministére de l’Education National et à l’Etat un Projet pilote qui va assurer à court terme la généralisation du systéme dans les 228 communes et leurs villages , les plus enclavés soient-ils, un taux d’admission au Bac scientifique de 70% en 3 ans au lieu de 10% en 7 ans ainsi qu’une économie de 80 à 90 % des coûts usuels de l’Etat et des parents d’Eléves. Le MEN et l’Etat vont –ils répondre à notre réquête ? Wait and see. Cheikhany_ouldsidina@yahoo.fr

  • cccom (H) 22/04/2016 09:57 X

    L’Ecole du Village Lemgheyta Kelthor distante de 100 km de Tidjikja qui a passé 15 ans sans qu’aucun de ses éléves ne puisse passer le cycle secondaire a failli être l’école de Maaden El ervane d’Avant 1994: Le village de Maaden est distant de 100 km d’Atar son école primaire avait passé 25 ans sans avoir un seul bachelier jusqu’au moment où j’ai pris l’initiative d’y créer le lycée et systéme pédagogique Oughoul El Ouahatt intensif et gratuit pour y réaliser un taux annuel d’admission et durant 10 ans successifs (1998-2008), au Bac C et D supérieur aux admis des 100 écoles primaires voisines des 3 Moughataaas d’Aoujeft ( je suis Président des APE de 64 écoles d’Aoujeft), Chinguetti et Ouadane . Ecoles qui avaient et qui demeurent dans les même conditions de déperdition scolaires de Lemgheytaa.cheikhany_ouldsidina@yahoo.fr