21-06-2016 07:45 - Bac : une nouvelle cuvée de "sous-doués" frappent aux portes de l'université
Elhourriya - Le bac. Le diplôme qui fait rêver. Le sésame. La consécration même. Pour les 45.000 "sous-doués" qui passent le bac cette année, rien n'a plus de valeur que ce parchemin. Fin et début d'une vie.
Le bac est considéré de plus en plus comme une sorte de visa Schengen. Les fils à papas qui veulent vivre à Paris, Londres ou Berlin en font une question de vie ou de mort. Il y a 20-30, un "fils de pauvre" comme moi voyait en le bac la possibilité de tirer sa famille d'affaires. C'était également une question de vie ou de mort. Un engagement, au sens sartrien du terme.
C'est cette volonté de réussir qui justifiaient l'émulation d'antan. Les élèves n'avaient pas besoin d'être dirigés mais seulement accompagnés. Les professeurs "se donnaient" par amour.
Les cours de rattrapage étaient une manière pour eux de faire leur service national pas d'arrondir les fins de mois comme aujourd'hui. Au début des années 90, mes élèves de terminales avaient rendez-vous avec moi les mardis et jeudis soir pour des exposés, des travaux de groupes ou des devoirs surveillés. Le bac se préparait toute l'année et non pas durant les deux derniers mois, comme aujourd'hui, où l'on assiste à une course effrénée.
Les enseignants se donnaient à fond parce qu'ils avaient en retour l'estime de l'administration et de la société. L'éducation n'était pas encore devenue le refuge de tous les parias de la République. D'ailleurs, l'ENS était réservée aux meilleurs et l'université, de création récente (1981) servait de "garage". Pourtant, c'est elle qui offrait plus d'opportunité à ceux qui ne voulaient pas finir leurs jours comme "mangeurs de craie".
La faillite du système éducatif mauritanien est donc due, en grande partie, au malaise vécu par les enseignants. Au manque de considération général est venu se greffer une injustice criante. Les promotions sont rarement accordées selon le mérite.
Toutes ces idées sur nos "bacchanales" (bac, chacals et autre chose innommable) se télescopent aujourd'hui dans ma tête alors que je vois des profs méritants (Salamou Camara, Dahi, Diaw Harouna, pour ne parler que de mes condisciples) finir leur carrière sans la moindre considération. Les médiocrités, connues de tous, sont elles bien placées par le fait d'un "cooptage" (ça sonne mieux que cooptation) politico-tribal qui est la cause première de l'échec de notre système éducatif.
Il faut être "fils de", le protégé d'un général, d'un sénateur ou d'un "dépité" pour espérer quelque chose dans un ministère où tout est soumis au diktat de la politique. Et tant qu'il en sera ainsi, le mal qui ronge notre système éducatif restera incurable.
