30-10-2017 09:35 - Sahel: Macron et Le Drian tentent de botter en touche

Sahel: Macron et Le Drian tentent de botter en touche

Mondafrique - Ce lundi 30 octobre à l’ONU, une réunion ministérielle présidée par le ministre français des Affaires Etrangères, Jean Yves Le Drian, tente de définir la force d’interposition qui se met en place sous l’égide du “G5 Sahel” (Mali, Niger, Tchad, Mauritanie et Burkina). Un nouveau mirage?

Comme il est loin le temps béni où l’ancien président français, François Hollande, célébrait en 2013 le “plus beau jour de sa vie politique” au Mali où l’ intervention militaire française “Serval” avait lieu.

La majorité de la population noire de Bamako s’était réjouie de l’arrivée des troupes françaises avec l’espoir que les populations Touaregs du Nord, ces éternels dissidents, seraient contraints de déposer les armes. Il faut bien constater l’échec politique qui a succédé à un ratissage du Nord Mali présenté comme une victoire définitive.

Les accords de paix signés en 2015 n’ont guère été respectés, le président malien IBK, adoubé par Paris lors de son élection en 2013, est totalement discrédité; et il ne se passe pas de semaine sans accrochage violent ou attentat sanglant, non seulement au Nord du Mali, mais aussi au centre et au Sud du pays, comme le révèle un rapport de l’ONU dont le Canard Enchainé (25/10) donne de larges extraits. “A Bamako, Tombouktou, Gao et Kidal, lit-on, le nombre d’assauts contre les forces de défense maliennes a pratiquement doublé”.

Sans parler des voix de plus en plus nombreuses au sein même de la classe politique malienne qui dénoncent “l’occupation” des 4000 soldats française au Mali. Ce désarroi politique est une aubaine pour l’Imam Mahmoud Dicko, le président du très réactionnaire Haut Conseil Islamique (HCI), qui fort de la manne séoudienne, est devenu l’homme fort du pays qui pourrait, demain, devenir une République islamique soft.

Tourner la page

Ce tableau là naturellement, un Jean Yves Le Drian, qui préside ce lundi 30 octobre la réunion à l’ONU que le dossier de la sécurité du Sahel, serait bien en peine de le dresser.

Principal artisan de l’opération Serval qui s’inscrit classiquement dans la filiation des quarante huit opérations militaires françaises menées par la France en Afrique depuis les indépendances africaines, l’actuel ministre des Affaires Etrangères semble bien en peine d’en reconnaitre les limites et d’avouer un échec militaire qui fut son titre de gloire.

Mais il lui faut pourtant tourner la page, aiguillonné qu’il est par un patron, Emmanuel Macron, pressé d’en finir avec le fardeau financier des interventions militaires à l’étranger (1).

Parions que ce lundi 30 octobre à l’ONU, Jean Yves Le Drian, devenue avec l’enlisement français totalemetn contreproductif, ne remettra pas en cause le story telling d’une intervention militaire qui doit rester conne un des rares titres de gloire du quinquennat précédent. Il s’agira, pour lui, de sauver l’honneur, amer peut-être mais redoutablement madré et habile pour botter en touche. Ce qu’il a fait, ces dernières années, non sans talent.

“La stupide guerre de Libye”

Confronté dès les lendemains de l’opération Serval à de mauvaises remontées du terrain, Jean Yves Le Drian a, dans la foulée, dénoncé les responsables de l’enlisement français. Si les groupuscules djihadistes avaient encore de baux jours au Mali, mais également au Niger et au Burkina, c’est en raison de la base arrière qu’ils possédaient en Libye.

Le ministre de la Défense qu’il fut n’aura de cesse de plaider pour une nouvelle intervention militaire dans le sud libyen mais n’obtiendra pas gain de cause auprès de l’Elysée, absorbé par d’autres théatres d’opération en Syrie notamment.

Ce qui est exact, c’est que “la stupide guerre de Libye”, pour reprendre l’expression du général Desportes sur Europe 1 le 21 octobre dernier, qui a été menée en 2011 par Nicolas Sarkozy et David Cameron, a déstabilisé l’ensemble de la région. Le rapport de l’ONU, daté du 28 septembre dont le Canard Enchainé donne des extraits, recense les résultats terrifiants de la situation actuelle en Libye: multiplication des attentats, appuis logistiques et financiers des groupes terroristes.

Pour autant, l’existence de cette aire de jeux et de trafics pour les groupes terroristes n’explique pas à elle seule la situation sécuritaire actuelle au Mali et plus généralement au Sahel.

Le rapport de l’ONU, toujours d’après le Canard Enchainé, pointe la responsabilité des pouvoirs en place, notamment en matière d’atteintes aux droits de l’homme: découverte de charniers, viols, exécutions sommaires. Dans le cas du Mali, ces experts renvoient dos à dos les groupes armés terroristes et les forces de défense et de sécurité qui sont coupables, les uns comme les autres, de ces éxactions.

Tour de passe passe

Le véritable tout de passe passe des Français fut de transmettre le relais, notamment au Mali et en Centrafrique, aux forces onusiennes de la Minusma, 12000 hommes au total. Mais cela ne marche gère. Quatre vingt soldats ont été tués ces dernières semaines, alors même que la situation empire chaque jour.

Face à ce constat qui marque les limites des forces onusiennes dans cette guerre atypique, lenouveau préisdent français, Emmanuel Macron, tente aujourd’hui de mettre les chefs d’Etat de la région face à leurs responsabilités. Organisez vous, leur dit-il, dans le cadre d’une force d’interposition, dite du G5 Sahel (Mali, Niger, Burkina, Tchad, Mauritanie), et l’Europe comme l’ONU vous aideront financièrement.

C’est cette stratégie que Jean Yves Le Drian doit vendre ce lundi à l’ONU. Il faudra au ministre français des Affaires Etrangères beaucoup tout son talent. Ses interlocuteurs ne sont plus ces présidents africains, les Déby au Tchad, Issoufou au Niger, Aziz en Mauritanie, qu’il avait su mettre de son coté en fermant les yeux sur leur fâcheuses tendances autoritaires et leurs légers penchants prédateurs.

Cette fois, l’état des lieux a été dressé par une délégation du Conseil –formée de la France, de l’Éthiopie et de l’Italie–, qui s’est rendue du 19 au 23 octobre en Mauritanie, au Mali et au Burkina Faso pour juger des recommandations du rapport « à l’aune de la réalité de terrain ». Et les financements sont loin d’être bouclés. Quatre cent millions d’euros seraient nécessaires pour que les armées du G5 Sahel soient formées, armées et modernisée. Pour l’instant, cent millions d’euros seulement ont été trouvés.

Jean Yves Le Drian devra, une fois de plus, montrer ses talents de bonimenteur.

(1) La communication de l’armée a toujours su minimiser l’impact budgétaire de ses interventions en évoquant la présence de seulement 4000 soldats sur le terrain africain. Or avec la rotation des forces sur place et les appuis logistiques nécessaire, le chiffre est beaucoup plus proche de 25000.



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Source : Mondafrique
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Commentaires (3)

  • leguignolm (H) 30/10/2017 14:42 X

    Le Sahel, la pirogue de Neo même point commun. Quand le petit rat grignotait dans l’embarcation risque faire couler la pirogue. Il a fallu que le chat soit à coté pour calmer de ses assagissements. Le jour où les français désistent de cette sécurités du Sahel. Je vous assure dans la semaine qui suit ces touaregs vont rendre cette zone, une zone chaotique. Ils sont ambitieux mais leur rêve va se transformer un KO général.

  • ELVALLI (H) 30/10/2017 12:34 X

    Jean Yves le «Truand» ne convaincra personne à l’ONU. Personne ne financera sa campagne militaire au Sahel. Les américains requins-capitalistes ne laisseront pas la France jouir de sa réoccupation militaire néocoloniale de l’Afrique de l’Ouest entamée avec l’assassinat du guide libyen et l’envoie de leurs troupes qui veulent en réalité sécuriser leurs complexes militaro-industriels dans le Sahel et non pas «sécuriser» le Mali comme prétendu par un Hollande plus que normal, banal même, en mal de rampe de lancement pour un quinquennat raté. Les africains sont maintenant rebelles contre toute sorte d’ordre colonial et veulent sortir définitivement des nouvelles expériences et interventionnismes néocoloniaux répugnants, révoltants et désormais inacceptables. Nos forces armées ne sont pas les chiens de garde de la France. Nos présidents pour se faire respecter devant l’histoire et sauver ce qui reste de leur face devant tous les peuples d’Afrique doivent immédiatement et pour toujours cesser la politique de chienlit qui consiste à faire taire le France devant leurs dérives dictatoriales en contrepartie d’une facilitation de la réoccupation militaire de l’Afrique comme au temps des roitelets africains devant les navires négriers et dans la foulée la domination coloniale. Depuis quelques décennies nous faisons face à un interventionnisme armé d’une arrogance révoltante (Afghanistan, Irak etc.) doublé d’un discours de réhabilitation du colonialisme avec par exemple la loi dite des «acquis positifs» de la colonisation française, le « discours de Dakar de Sarko» ou encore le retour de Jules Ferry comme référence. Les colonisés que nous fumes, sont, maintenant, dans l’action et le choix résolus du refus de l’oppression et affirment haut et fort la volonté de vivre une nouvelle histoire à la recherche de dignité, de justice et d’émancipation…

  • Bertrand (H) 30/10/2017 10:29 X

    Article avec des idées racistes. Les populations noires s'étaient réjouis. les Touaregs aussi sont noirs et ils ont été persécutées des décennies durant. Ils vivaient comme des loups, ils n'avaient pas droit de cité au Mali. Et puis les dirigeants et élites africaines doivent se départir de cette admiration béate du colon qui est à l'origine de tous leurs malheurs. C'est le découpage des frontière savamment manigancé pour entretenir des foyers de tentions entre communautés africaines. C'est la politique du diviser pour régner, c'est le soutien aux dictateurs, c'est la dilapidation des richesses africaines, c'est les décisions concernant la vies des africains et des africaines qui se prennent à Paris et Londres, y compris le nombre d'enfant à autoriser pour une femme africaine. Comptez sur vous mêmes la France n'est même pas capable d'assurer sa propre sécurité. Ne soyez pas de petits artificiers recrutés à quatre sous pour s’entre-tuer.