01-11-2017 09:54 - L'Editorial du Calame : Lettre à Aziz

L'Editorial du Calame : Lettre à Aziz

Le Calame - Je n’écris pas pour faire amende honorable ou mon mea culpa, je reste ce que j’ai toujours été : le pourfendeur d’une rectification catastrophique pour le pays. Certains ont considéré que je suis allé un peu trop fort et vite, ils commencent à se rendre compte que ce sont eux qui avaient fausse route, les rangs des déçus de l’Azizisme ne cessent de s’étoffer.

Et, certes, c’est dès le départ que j’ai essayé d’attirer l’attention sur les dangers que faisait courir, au pays, le retour des militaires au pouvoir, après une transition relativement réussie et l’élection d’un civil à la tête de l’Etat. Sans guère de succès au début, tant la populace et une partie de la classe politique étaient subjuguées par votre discours, si ouvertement « révolutionnaire », sur la lutte contre la gabegie, le détournement des deniers publics…

Ah, « président des pauvres », comme cela sonnait bien à leurs oreilles, largement majoritaires, hélas, en notre chère Mauritanie ! C’était suffisant pour vous faire élire. Cela sera, tout aussi certainement, pour vous faire maudire.

Car, « chassez le naturel, il revient au galop », vous êtes apparu rapidement sous votre vrai jour. Les marchés de gré à gré, si médiatiquement combattus, les premiers temps de votre règne, alors qu’ils n’étaient que l’exception, sont devenus la norme et votre clan a fait main basse sur le pays : centrales électriques, routes, barrages, aménagements agricoles, places publiques, écoles… rien n’échappe à sa boulimie.

La Mauritanie est à l’arrêt, l’ouguiya dégringole, jusqu’aux abysses, face aux devises étrangères, l’endettement atteint des records, la situation politique est bloquée, les partis d’opposition absents de l’Assemblée nationale, devenue, quant à elle, simple chambre d’enregistrement, après la suppression d’un Sénat dont le seul tort fut d’avoir rejeté vos amendements anticonstitutionnels et de tenter d’ouvrir la boîte de Pandore que constitue la Fondation Rahma…

Et, comme pour noircir un peu plus ce navrant tableau, une sécheresse implacable qui risque de décimer le cheptel et de jeter, dans nos villes déjà surpeuplées, des hordes de citoyens désemparés.

Je suis persuadé que cette lettre, comme mes précédentes, ne vous plaira pas. Mais c’est mon devoir de continuer à attirer votre attention, inlassablement, sur ce que notre pays endure. Vous n’avez, certes, plus que deux ans à tirer et, probablement, guère plus de temps pour rectifier le tir. Aurez-vous celui d’un départ, sinon honorable, du moins sans tumulte ?

Las, de quelle sortie votre compte à rebours a-t-il entamé le processus ? Au lieu de jouer l’apaisement, vous montez une cabale contre des sénateurs, des journalistes et des syndicalistes ! Avec en ligne de mire, celui qui vous a fait roi. Mohamed Ould Bouamatou, qui a fait avaler votre coup d’état à la communauté internationale et a contribué à votre élection à hauteur de milliards d’ouguiyas, a été contraint à l’exil 16 mois après votre investiture.

Il fait à présent l’objet d’un mandat d’arrêt international pour…. délit de mécénat. Tout comme son adjoint, Mohamed Ould Debagh que vous n’avez pas hésité à jeter en prison en 2013 et que vous avez, lui aussi, poussé à abandonner femme, enfants et affaires depuis six mois.

Vous ne pouviez pas vous tromper plus d’ultime combat. C’est contre le tribalisme et le népotisme, en plein âge d’or, depuis 2008 ; contre le favoritisme par la loi duquel on ne peut prétendre à rien, si l’on n’est pas adossé à un membre de votre club ; contre le régionalisme que vos plus proches collaborateurs pratiquent à merveille ; qu’il vous faudrait jeter vos dernières cartouches.

Vous avez fermé toutes les vannes de financement, pour étouffer la presse libre. Votre justice, qui devait être nôtre mais que vous avez vassalisée à l’outrance, m’a placé sous contrôle judiciaire, parce qu’un ami mécène a aidé le journal dont j’assume la direction, et vous n’hésiteriez pas, j’en suis sûr, à m’envoyer en prison, si vous en aviez la possibilité.

Mais, en tous les cas, vous ne me ferez pas taire, vous ne ferez jamais taire « Le Calame », journal le plus censuré de Mauritanie, au temps d’Ould Taya. Où est, aujourd’hui, celui dont les services prenaient un malin plaisir à nous saisir ? Où sera, demain, celui qui s’acharne à nous couper les vivres? Nul n’est éternel et il faudra bien, un jour, rendre comptes. Monsieur le président de votre petit club, j’ai, moi, la conscience, tranquille, d’agir pour notre pays tout entier.

Et, précision certes pas superflue, je ne vous ôterai jamais ce qui revient à tout citoyen qui sentirait lésé par quelque publication du Calame : le droit de réponse. Est-ce par mansuétude, mépris ou indigence d’arguments que vous oublieriez d’en faire usage ? Il doit certainement y avoir, entre ces trois hypothèses, au moins une vraie…

Ahmed Ould Cheikh



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Commentaires (14)

  • bleil (H) 01/11/2017 19:39 X

    Le Calame, journal le plus censuré de Mauritanie par Ould Taya, est de nouveau le flambeau de la lutte pour la survie du pays ... Certains ont été trompés par le « révolutionnaire » comme vous dites alors qu’en fait la série noire des militaires continuait de belle ! croire ou faire croire qu’on avait réussi une transition démocratique avec le derviche Sidioca président … avec la bénédiction du Basep, c'est ne pas comprendre l'impasse que traverse le pays depuis 1978 ! Cher AOC continuez à agir pour un vrai transition politique qui permettrait de remettre le pays sur les rails du progrès socio-économique, la bonne gouvernance, l'honneur, la fraternité et la justice ...

  • jakuza (H) 01/11/2017 15:14 X

    abma (H), touché! Je suis encore là pour éviter que ce site qui a joué par le passé un grand rôle dans le débat démocratique ici ne soit livré à un duel de vandales anti Aziz contre ses laudateurs! Le choix ne se réduit pas à cela et concernant AOC je suis choqué de voir comment il a souillé l'héritage et la mémoire d'un Habib O/ Mahfoudh!

  • Sidikader200 (H) 01/11/2017 13:21 X

    Puisque vous proposez si aimablement , au journalistes du Calame, vos services pour indiquer l'origine de la fortune de BOUAMATOU, vous serez bien gentil de nous éclairer en même temps sur la fortune de Aziz qui aujourd'hui est l'une des hommes les plus riches l'Afrique. Vous nous expliquerez s'il vous plaît , en dehors du Hamam qu'il avait jusqu'à 2008, quels sont les investissements à l'origine de cette richesses immense. Avec tous mes remerciements .

  • Face-Mauritanie (H) 01/11/2017 13:09 X

    Une fois encore des vérités qui blessent pour ceux qui sentent les mots et les gestes, notre président à une peau d’Ours les mots ne le pénètre pas et il n’entend que les affaires d’argent et de marché de gré à gré, il ne sait plus ce qui se passe dans ce pays, il se contente de faire sa comptabilité et calculer ses rendez-vous arrangés de part et d’autres. Ceux qui ont aidés Aziz à devenir ce qu’il est aujourd’hui seront tous enterrés avant la fin de son mandat, d’autres seront appauvrit jusqu’à perdre leur dignité et se soumettre à ses désirs, donc Bouamattou les sénateurs, les hommes d’affaires, les laudateurs, l’UPR et les partis dialoguistes finiront tous par saignés leur cœur et diviser leur famille pour servir le dictateur, mais lui, il dira toujours que c’est normal parce qu’il se croit le maitre de l’univers du vrai et du faux, Aziz a dit qu’il n’est pas fait pour perdre et seul dieu ne perd jamais, il nous dira un jour qu’il n’est pas fait pour mourir et que la Mauritanie est son titre foncier, les populations mauritaniennes sont ses esclaves, donc on ne compte pas et nous ne compterons plus jamais avec Aziz, parce qu’il tient le robinet et fait ce qu’il veut, gare a ceux qui ne veulent pas courber l’échine.

  • leguignolm (H) 01/11/2017 12:21 X

    Jadis, on appelait "guide éclairé"

  • abma (H) 01/11/2017 12:17 X

    jakuza (H),Eh bien, c'est vous qui êtes encore là? Si vous n'êtes un sbire vous êtes tout comme.

  • rasshmar (H) 01/11/2017 12:15 X

    Cher AOC, vous n’ignorez pas que dès l’arrivée de Ould Taya, Président déchu, en Gambie, Mohamed Ould Bouamatou, en opportuniste éclairé, s’est démené pour se repositionner en faveur du « Mouvement de la Rectification » dénomination chère à Ahmed Ould Daddah. Il a pour cela engagé l’opération suivante : 1/ constitution d’un parmi les proches de Ould Taya dirigé par le frère ainé, celui qui avait été un de ses principaux bienfaiteurs, tous grassement motivés 2/ affrètement d’un avion pour les conduire à Banjul aux fins de convaincre leur parent de renoncer au pouvoir désormais définitivement perdu, et de abandonner l’idée de rentrer au pays. Il a ensuite incontestablement contribué à faire avaler le « Mouvement de la Rectification » à la communauté internationale, puis à l’élection d’Aziz à la présidence en 2009. Les efforts pharaoniques déployés par Mohamed Ould Bouamatou n’étaient pas désintéressés. Elles constituaient un investissement pour, en maitre absolu, mettre le pays en coupe réglée. La douloureuse était particulièrement salée. Jugez-en : 1/ un quota de 5 départements ministériels parmi les principaux secteurs économiques, 2/ Abandon du projet de compagnie aérienne nationale et cession des droits de trafic de la défunte Air Mauritanie à Mauritania Airways qu’il venait de créer avec le clan Trabelsi, 3/ Elimination de ses concurrents et notamment le Groupe AON pour avoir soutenu la candidature de Ahmed Ould Daddah en 2007(***). Mohamed Ould Bouamatou s’est cependant vu notifier le rejet de l’ensemble de ses prétentions par le HCE « Mouvement de la Rectification ». Après avoir échoué à engager Aziz pour les imposer à la Junte, et après son élection à la Présidence de la République, et face à une série de redressements fiscaux, c’est dépité et déprimé que Mohamed Ould Bouamatou a pris le chemin de l’exil jurant de se venger de ceux qu’il qualifie de traitres avec Aziz en pole position.

  • KANTAKI (H) 01/11/2017 10:57 X

    Quelle verve et quel lyrisme ! Mais ces deux "qualités" ne nourrissent pas leur homme, il manque les faits, les faits, les faits ...factuels. Regazrde, Al Akhbar, elle, elle donne des faits agrémentés de preuves irréfutables et c'est cela le journalisme ! Mais des mots, rien que des mots,même bien dits ne sont pas suffisants pour étayer les faits ! Tu te fais plaisir comme cela mais cela ne fais pas de toi le bn journaliste que tu peux être si tu acceptais d'ouvrir les oreilles !

  • medabdul (H) 01/11/2017 10:56 X

    OUI mais, critiquer pour critiquer, tu as oublie de mentionner le RACISME, la chose la plus abjecte pratiquée dans ce pays, ou bien es tu de ceux qui se croient supérieurs aux autres?

  • rasshmar (H) 01/11/2017 10:31 X

    Cher AOC, j’ai lu avec beaucoup d’intérêt votre « lettre à Aziz », et particulièrement retenu le passage suivant : « celui qui vous a fait roi. Mohamed Ould Bouamatou, qui a fait avaler votre coup d’état à la communauté internationale et a contribué à votre élection à hauteur de milliards d’ouguiyas, a été contraint à l’exil 16 mois après votre investiture. ». Vous avez ce sur ce point entièrement raison, et personne ne peut vous démentir. Ceci dit, avez-vous pris la peine d’interroger votre idole sur les raisons de son exil volontaire ? Comme pour l’origine de sa fortune, si vous n’avez pas réponse à cette fondamentale, je suis prêt à vous éclairer avec bien évidemment la bénédiction du service de censure de Cridem.

  • ASSOCIATION MAIN PROPRE (H) 01/11/2017 10:26 X

    Ahmed ould cheikh est un (journaliste) (***) manipulateur, prêt à utiliser toutes les ficelles possibles pour atteindre ses objectifs financiers :l'argent,l'argent ,l'argent . il est inclassable :opportuniste et (***), il a pratiqué tous les genres de mensonges, ce qui en fait une sorte d’archétype pathologique dans la mesure où il a énormément menti.En réalité, tous les journalistes ne sont pas à mettre sur le même plan. Mais il semble évident que seuls les menteurs éhontés (***) ont des chances de parvenir au bas de l'échelle . vive aziz et vive la mauritanie

  • ELVALLI (H) 01/11/2017 10:23 X

    Voilà pourquoi j’aime le Calame. Des jeunes mauritaniens qui, fils de princes du glorieux Trarza, ont préféré rester peuple, en optant pour une opposition sans concession aux faux présidents qui ont pris de force les reines du pouvoir dans notre pays. Ils osent être la voix discordante dans un pays de « safaghas », nouveaux griots qui osent donner des qualités divines aux petits arrivistes qui, une fois au gouvernes, détruisent notre unité nationale, détournent nos deniers publics, criminalisent nos hommes d’affaires, nos opposants politiques, nos journalistes, nos syndicats indépendants et rabaissent notre fierté d’être mauritaniens.

  • habouss (H) 01/11/2017 10:17 X

    C'est un honneur de se sentir compatriote à d'aussi bonne personne ! Ahmed nous témoignons de la véracité de vos dires et la justesse de votre vision de ce pays aux mains de cette gouvernance qui tourne à l'humeur d'une personne. Il suffit de regarder autour de soi, pour savoir qu'il existe une chape de plomb qui nous paralyse et nous ôte tout envie d'entreprendre même de penser. Nous voilà tous comme dans une file indienne en attendant quelque chose que nous ignorons les contours. Oui le pays est à l'arrêt, même la rentrée scolaire vécue comme un marasme n'y change rien. Mère nature a d'ailleurs compris pour nous envelopper dans une chaleur étouffante, de Zouérate à Bassikonou en passant par Gouraye. Attendons, on attend............

  • jakuza (H) 01/11/2017 10:14 X

    AOC, ce qu'il faut c'est que vous vous départissiez de ce ton véhément qui insinue le doute, (qui se sent morveux...?), que vous abandonniez l'injure et l'outrance et que vous cessiez de surfez sur l'héritage du "vrai Calame". Je suis d'avis que vous avez le droit de critiquez comme moi, comme tout citoyen de ce pays, mais tout lecteur avisé comprend dès les premiers mots que vous êtes motivé, (par qui?), à attaquer Aziz, attaquer, attaquer... A force, vos attaques semblent bien s'inscrire dans une cabale bien huilée qui vise ni plus ni moins qu'à liquider Aziz. Et cela est inacceptable!