05-11-2017 15:10 - Arabie Saoudite. Purge d'envergure pour consolider le pouvoir du prince héritier

Arabie Saoudite. Purge d'envergure pour consolider le pouvoir du prince héritier

Ouest-France - L’Arabie Saoudite a connu samedi soir une purge sans précédent, menant à l’arrestation de plusieurs princes, ministres et anciens ministres. Mohammed ben Salmane, prince héritier du royaume et qui promet une Arabie « modérée », cherche à consolider son pouvoir.

Onze princes et des dizaines de ministres, anciens et actuels, ont été arrêtés samedi soir en Arabie Saoudite, selon des médias, au cours d’une purge sans précédent qui doit permettre au jeune prince héritier de consolider son pouvoir.

Le célèbre milliardaire Al-Walid ben Talal fait partie des 11 princes appréhendés samedi soir, ont indiqué des médias, juste après la mise en place d'une nouvelle commission anticorruption présidée par le prince héritier, conformément à un décret royal.

Parallèlement, Metab ben Abdallah, chef de la puissante Garde nationale saoudienne, un temps considéré comme prétendant au trône, ainsi que le chef de la Marine Abdallah Al-Sultan et le ministre de l'Economie Adel Fakih ont été abruptement limogés dans le cadre de cette purge sans précédent.

Une source aéroportuaire a par ailleurs indiqué à l’AFP que les forces de sécurité avaient cloué au sol des avions privés à Jeddah, pour empêcher que certaines personnalités quittent le territoire.

Commission anticorruption

Ces arrestations et limogeages sont intervenus quelques heures après la création, par décret royal, d’une commission anticorruption dirigée par le prince héritier et homme fort du royaume ultra-conservateur, Mohammed ben Salmane, âgé de 32 ans et surnommé MBS.

Selon la chaîne satellitaire Al-Arabiya, à capitaux saoudiens, onze princes, quatre ministres et des dizaines d’anciens ministres ont été arrêtés alors que la commission a lancé une enquête sur les inondations qui ont dévasté en 2009 la ville portuaire de Jeddah (ouest), sur la mer Rouge, à la suite de pluies torrentielles, faisant une centaine de morts.

« Une nouvelle ère »

L’agence de presse officielle saoudienne SPA a indiqué que le but de la commission était de « préserver l’argent public, punir les personnes corrompues et ceux qui profitent de leur position ».

Avec ces arrestations, « le royaume ouvre une nouvelle ère et une politique de transparence, de clarté et de responsabilité », a déclaré dimanche le ministre des Finances Mohammed al-Jadaan, ajoutant que ces actions « décisives préserveront le climat pour les investissements et renforceront la confiance dans l'Etat de droit ».

Le Haut comité des oulémas, un organe religieux influent, a très vite réagi en affirmant que la lutte anticorruption était « aussi importante que le combat contre le terrorisme ».

Des arrestations « sans précédent »

« L’étendue et l’ampleur de ces arrestations semblent être sans précédent dans l’histoire moderne de l’Arabie saoudite », a affirmé à l’AFP Kristian Ulrichsen, spécialiste du Golfe à l’institut Baker de l’université Rice, aux États-Unis.

« Si la détention du prince Al-Walid ben Talal se confirme, elle constituera une onde de choc sur le plan intérieur et dans le monde des affaires internationales », estime cet expert.

Le cours de Kingdom Holding Company, société internationale d'investissement détenue à 95% par le prince et milliardaire saoudien Al-Walid ben Talal, a chuté de 9,9% à l'ouverture dimanche, au lendemain de son arrestation présumée.

L'indice Tadawul All-Shares (Tasi), la Bourse la plus importante des pays arabes, a également chuté de 1,6% une minute seulement après son ouverture, à la suite de l'arrestation de princes et de dizaines de ministres dans une purge sans précédent en Arabie saoudite.
Arabie modérée

Fin octobre, MBS, issu de la jeune génération princière saoudienne, a promis une Arabie « modérée », en rupture avec l’image d’un pays longtemps considéré comme l’exportateur du wahhabisme, une version rigoriste de l’islam qui a nourri nombre de jihadistes à travers le monde.

« Nous n’allons pas passer 30 ans de plus de notre vie à nous accommoder d’idées extrémistes et nous allons les détruire maintenant », avait-il assuré sous les applaudissements des participants à un forum économique baptisé le « Davos dans le désert » qui avait attiré 2 500 décideurs du monde entier.

Il a lancé plusieurs chantiers de réformes - droit de conduire pour les femmes et ouvertures de cinémas notamment - qui marquent le plus grand bouleversement culturel et économique de l’histoire moderne du royaume, avec une marginalisation de fait de la caste des religieux conservateurs.

Dans le même temps, il a œuvré pour renforcer son emprise politique sur le pouvoir, procédant notamment en septembre à une vague d’arrestations de dissidents, dont des religieux influents et des intellectuels. Des ONG avaient alors dénoncé « l'autoritarisme » de MBS.

Selon des analystes, nombre de ces dissidents critiquaient la politique étrangère musclée du jeune prince héritier, comme le boycott du Qatar, ainsi que certaines réformes comme la privatisation d’entreprises publiques et la réduction des subventions de l’État.

Contrôlant les principaux leviers du pouvoir, de la défense à l'économie, Mohammed ben Salmane semble chercher à étouffer les contestations internes avant tout transfert formel du pouvoir par son père. Des diplomates étrangers disent que, vu son jeune âge, MBS pourrait être roi pendant un demi-siècle.





Les articles, commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité


Source : Ouest-France
Commentaires : 4
Lus : 2699

Postez un commentaire

Charte des commentaires

A lire avant de commenter! Quelques dispositions pour rendre les débats passionnants sur Cridem :

Commentez pour enrichir : Le but des commentaires est d'instaurer des échanges enrichissants à partir des articles publiés sur Cridem.

Respectez vos interlocuteurs : Pour assurer des débats de qualité, un maître-mot: le respect des participants. Donnez à chacun le droit d'être en désaccord avec vous. Appuyez vos réponses sur des faits et des arguments, non sur des invectives.

Contenus illicites : Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes ou antisémites, diffamatoires ou injurieux, divulguant des informations relatives à la vie privée d'une personne, utilisant des oeuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).

Cridem se réserve le droit de ne pas valider tout commentaire susceptible de contrevenir à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, promotionnel ou grossier. Merci pour votre participation à Cridem!

Les commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité.

Identification

Pour poster un commentaire il faut être membre .

Si vous avez déjà un accès membre .
Veuillez vous identifier sur la page d'accueil en haut à droite dans la partie IDENTIFICATION ou bien Cliquez ICI .

Vous n'êtes pas membre . Vous pouvez vous enregistrer gratuitement en Cliquant ICI .

En étant membre vous accèderez à TOUS les espaces de CRIDEM sans aucune restriction .

Commentaires (4)

  • lass77 (H) 06/11/2017 07:22 X

    La Cia et le Mossad sont aux manettes, j'espere que ça sera bientot la fin de la royauté Saoudienne.

  • jakuza (H) 05/11/2017 21:40 X

    Le projet? ça va saigner!

  • leguignolm (H) 05/11/2017 20:57 X

    Avec cette histoire l’émir Qatarien va retrouver ses sourires et son souhait qu'elle s’enflamme de plus!

  • hachmi (H) 05/11/2017 20:03 X

    La déstabilisation en marche, l'Arabie Saoudite (les princes) commence à payer le Crime du 11 septembre 2001, les américains tiennent en ce jeune Roi le pion pour changer ce royaume obscurantiste de fond en comble. Wait and see !