11-11-2017 23:15 - Le Droit : cette science qui souffre en Mauritanie
Tandia Cheikhna Mbouh - Parler de Droit en Mauritanie, c’est prendre le risque de se faire passer pour un fou, un déséquilibré ; tellement que le non-droit est ancré dans les mœurs, les attitudes ; les aptitudes.
Tout le monde fait ce qu’il veut, comme il veut ; et quant il peut. Nous vivons sans le savoir dans une jungle formalisée où il y’a des règles de conduite, de comportement, qui ne sont jamais appliquées ou sinon très, trop rarement. Nous faisons semblant d’être civilisés alors que nous nous comportons presque comme « des animaux sauvages », les uns vis-à -vis des autres ; en fonction des situations, consciemment ou inconsciemment.
Et pourtant nous avons le Droit ; cette belle et passionnante science sociale, science de la société ; science pour la société qui a pour but de réguler, d’encadrer, d’ordonner la vie des hommes en société. Science dont les règles se déclinent dans les rapports gouvernant-gouverné ; en matière de santé, d’économie, d’éducation, d’emplois ; à tous les niveaux on a du Droit.
Alors pourquoi la vie des mauritaniens est-elle autant désordonnée ? Pourquoi les mauritaniens vivent-ils comme dans une jungle où l’on retrouve des prédateurs partout, qui s’en prennent aux faibles, où qui profitent des faiblesses ?
On a ancré dans le subconscient des mauritaniens le « koulchi aadi ; « le tout est possible, normal ou normalisable ». La tendance sera toujours de chercher une opportunité de transgresser les règles, de piétiner la discipline ; de violer la loi.
Citoyens, nous sommes pris dans ce piège ; constitué par un cercle vicieux où il faut mentir, trahir, voler, tricher pour évoluer. Du sommet de l’Etat au rapport entre citoyens « ordinaires » ; tout le monde ou presque veut tricher ou se sent obliger d’agir ainsi. On dit que c’est le système ; on dit qu’il faut faire comme tout le monde. Pas assez de places, pour le mérite, l’authenticité, l’intégrité, la dignité ; « c’est la Mauritanie !! ».
Beaucoup de jeunes ont intégré ce principe ; se taire et faire taire les injustices pour évoluer ; pour "avoir des opportunités, » « c’est la Mauritanie » ; vendre « père et mère » pour être reconnu, « c’est la Mauritanie ! » ; en Mauritanie il faut être doux comme un agneau face à la violation de ses droits les plus élémentaires.
Aucun pays ne s’est développé avec une aussi forte impuissance des règles de vie en société. Nous chantons le développement alors que nous ne cessons de piétiner la discipline de vie qui y conduit. Si ce n’est l’administrateur qui abuse du pauvre citoyen illettré ; ce sera l’employeur qui va piéger ses employés dans une logique inhumaine de travail parce que les sachant inconscients de leurs droits; ou alors l’avocat qui va profiter d’une certaine complaisance sociale pour violer son serment par des actes d’une perversité morale déconcertante.
Ou encore, cet enseignant qui s’engage vis-à -vis de la nation pour éduquer ses enfants ; sans jamais honorer sa fonction et encaissant l’indu. Ou bien ce médecin qui exerce comme un boutiquier de quartier, plus soucieux de ses rentrées que de ce qu’il administre à ses patients. Et que dire de ces citoyens véreux, tels des parasites qui exploitent la misère des populations à travers des ONG fictives ; se nourrissant par-là , du sang d’un peuple affamé ; que dire de ce juge facilement corruptible pour quelques billets, et affaire classée sans suites. Des citoyens qui défèquent en pleine rue se contrebalançant complètement de l’hygiène publique ; « c’est la Mauritanie ! ».
Où est le Droit ; où sont les règles de vie humaine qui nous distinguent des animaux sauvages ?
Citoyens, notre vie en société est un désastre, une catastrophe ; nous ne vivons pas en réalité ; on survit en s’affrontant, selon les règles de la jungle en version révisée. Etat de droit de façade mais jungle de l’intérieur ; c’est la loi du plus fort, du plus aisé ; la loi du plus connu ; du plus connaisseur. L’anarchie a pris le dessus sur le Droit ; dans les administrations publiques, dans les entreprises, dans la rue ; c’est le même désordre.
Alors on peut bien se demander à quoi sert d’avoir en vigueur des règles de vie en société ; si elles n’y ont aucun un impact ? Mais heureusement, il existe une minorité de mauritaniens qui travaille à redorer l’image du pays, qui croit en la capacité du Droit à reprendre le dessus sur l’anarchie. C’est la bougie de l’espoir qui doit être portée par une certaine jeunesse, loin de toute « prostitution intellectuelle ».
Cheikhna M’bouh Tandia
Juriste d’affaires
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