23-02-2023 20:01 - Chronique sur le Festival International Sooninke : Mariage en milieu sooninke (Partie 2)

Chronique sur le Festival International Sooninke : Mariage en milieu sooninke (Partie 2)

6. Hallande ou le leeginde
Le soir du jour J (Jeudi en général), la famille du marié vient chercher la mariée avec des vêtements blancs, une paire de sandale et un pagne traditionnel tissé (Goronyiraame) apportée par l’aînée des belles sœurs (guida yaxarin xoore).

Avant de rejoindre le domicile conjugal, la mariée est d’abord lavée, parfumée avec de l’encens traditionnel par ses sœurs, cousines et sa maman (saaxanu). En pratique, afin de ne pas porter la poisse à la nouvelle mariée, cette tâche de lavage de tout ce qui suit est confiée à sept femmes aux passés conjugaux irréprochables en termes de stabilité c'est-à-dire des femmes qui n’ont jamais abandonné leurs foyers malgré les situations difficiles et amères.

Ensuite, on donne à la mariée une cuillère traditionnelle (xaraxamme/Diba) qu’elle gardera sur elle tout au long de la période nuptiale. Le Diba symbolise l’abondance, la générosité et sa fonction nourricière est mise en avant pour rassurer la belle famille.

La mariée se présente alors devant son père accompagné d’un groupe d’hommes pour une bénédiction d’aurevoir (sarande). Au cours de cette cérémonie, indépendamment des douaas formulés, des précieux conseils sont prodigués à la mariée dans le sens de l’appeler à l’endurance et beaucoup d’endurance dans sa vie de foyer. Enfin, la mariée sera prise en charge par les femmes dont la Maañumaxa qui vont l'accompagner chez son mari avec des chants de :

Kassi Kassi ken guiri de Woni Kassi ka yaxare..

Sira jiidi je ngiri de Kassi Kassi ka yaxare

Arrivée chez son mari, on invite tout le monde à s'asseoir et on sert le dîner en plus du Sombi.

Et l’on chante :

Téréesì, táax'án kan dí dé

Téréesì Méréesì, táax'án kan dí dé

À nd'án yinmén karà, táax'án kan dí dé

À nd'án kittén xdsd, táax'án kân di dé

înd'án yaaxén karà, táax'án kán dí dé

Téréesì, táax'án kan dí dé

Téréesì Méréesì, táax'án kân dí di.

Ce qui signifie :

Téressil quoi qu'il t'arrive, reste dans ton foyer

Téressi Méressi quoi qu'il t'arrive, reste dans ton foyer

Même s'ils te cassaient la tête, reste dans ton foyer

Même s'ils te brisaient le bras, reste dans ton foyer

Même s'ils te crevaient l'œil, reste dans ton foyer

Téressi quoi qu'il t'arrive, reste dans ton foyer

Téressi Méressi quoi qu'il t'arrive, reste dans ton foyer

Cette chanson véhicule un message qui a pour but de conscientiser la mariée sur les difficultés de la vie conjugale. Le seul moyen de dompter ces difficultés est de s’armer de patience, d’endurance, de tolérance et de persévérance. A préciser que le marié aussi reçois des conseils de son père l’invitant à être très large et très compréhensif dans la vie de foyer.

Le lendemain, vendredi, plusieurs activités ont lieu :

a. un bœuf est sacrifié (Wolimangunbo). Une partie de la viande sera partagée entre les cousins germains et cousins à plaisanteries (kanloungooro), symbole des liens sacrés entre les familles. Il arrive même que ces cousins disent que le bœuf n’est pas assez gras pour avoir droit à d’autres cadeaux.

b. Les mamans de la mariée viennent saluer la mariée (saaxankuuñinde).

c. Le yokki deŋende (Transport des bagages de la mariée) durant lequel un cortège de femmes va aller chercher ces bagages chez les parents de la mariée. Cette étape est très riche en symbolique d’accoutrement et de coiffure. En effet, les femmes s’embellissent en s’uniformisant avec des boubous traditionnels sombres (yiranbinnu), portent des boucles d’oreilles en or au design traditionnel à moitié bandées de fil rouge (Dobi hananto). Dans ce cortège, les mamans (saaxanu) se distinguent par leurs tresses spécifiques (Bafi). Elles défilent entre les deux maisons jusqu’à ce que tout soit transféré dans la novelle famille de la mariée.

d. La mariée est placée sous une moustiquaire (Sanke) pendant 3 jours (une semaine réduite en trois jours). Elle ne s’alimente qu’avec de la bouillie (sonbi) préparée par la fille de sa tante paternelle (sonbi soosaana) désignée pour ce rôle depuis sa naissance et ne s’altère qu’avec un cocktail de boisson traditionnelle (Xaamaredji /gongoli). Elle sera aux petits soins de son Danbandaana et de son Maañumaxa ou sa Xusumanta.

e. Le soir du vendredi, les amies de la mariée viennent pour boire la bouillie « sonbi minne". Durant la période des noces, tous les jours, on prépare une grande quantité de bouillie qui sera partagée à tous.

f. Ensuite, les amies de la mariée qu’on appelle heddanremmu vont chanter le Tilo Tilo....

Tiilloo Tiilloo sugun ŋa

Sugun deena

Tiilloo Tiilloo jaxon ŋa

Jaxan deena

Xusunbee xusunbeen kin’o yi

Xusun xalle...

Yaa rabbii ay na a taga’n da Maama toxora

Yaa rabbii ay na a taga’n da Baaba toxora

Yaa rabbii ay na a taga’n da lenjaaaxa siru

Yaa rabbii ay na a xon’an ŋa marasan konpe

Yaa rabbii ay na a xon’an ŋa saahin konpe

Honde, honden wa (ŋa) ginen di, hondo liŋe

Soosi misen honden wa (ŋa) ginen di, hondo liŋe

Xaraxanmun kin’o yi m’o ga na a suruba…

Soosi misen xaraxanmun kin’o yi m’o ga na a suruba

Kiidi xoore xaraxanmu kin’o yi m’o ga na a suruba

Honde honden wa (ŋa) ginen di, hondo liŋe

Senemenen honden wa (ŋa) ginen di, hondo liŋe

Maaro misen honden wa (ŋa) ginen di, hondo liŋe

Xaraxanmun kin’o yi m’o ga na a suruba

Soosi mise xaraxanmun kin’o yi m’o ga na a suruba

Kiidi xoore xaraxanmu kin’o yi m’o ga na a suruba

Taanun wa (ŋa) xamen ŋa m’o gan n’i darasa

Maaňu yugon kittun wa (ŋa) xamen ŋa m’o gan n’i darasa

O ku sira kittun wa (ŋa) baren ŋa m’o gan n’i yanba

O ku sira kittun wa (ŋa) baren ŋa m’o gan n’i yanba

Bogu ti boten ŋa

Wulli yinme…

Maaňu yugon bogu ti boten ŋa

Saman yinme…

Maaňu yugon bogu ti boten ŋa

Muusin yinme…

A wa sikki xo xore

Maaňo yugon wa = (ŋa) sikki xo xore

Hooronso

A d’o ku kame

Maaňo yugon ga d’o ku kame

Hooronso

Kamen na ňeme

Maaňo yugon toxon nta ňeme

Hooronso

Ganin yugo kanŋe kuya

Ganin yugo godo kuya

Lenki yugo logama dare

Logoma dare sappe nta a y’i

Sappe nta yi, ji’n ma a kiňa

Ji’n ma a kiňa taxayen ta yi

Taxayen ta yi a nta dangini

A nta dangini dangira ta

Woyi tillo labo…

Woyi tillo la’bo…

BIS

O da besa kita

Besa xule kita

Autrefois, on le faisait au moment où on discutait des hujjanu mais, de nos temps c’est devenu rare.

7. Maañuntulle

Le dimanche, le troisième jour du mariage est consacré au maañuntulle (tressage de la mariée). Pendant de temps et toute la journée, le marié accompagné de ses amis vont de maison en maison pour saluer les familles. A l’occasion, excepté le marié, tous ses amis portent des habits neufs apportés par la mariée. Parfois, le même jour, il arrive qu’on partage à qui de droit les cadeaux offerts par la famille de la mariée à sa belle-famille des cadeaux (yokki taxande).

Tout un rituel entoure le maañuntulle. Le matin, on fait porter à la mariée un boubou de sa belle-mère. Ensuite dans une même pièce se réunissent autour de la mariée les mamans (saaxanu) et la tresseuse (Tulundaana). C'est l’ainé des belles sœurs (guidan yaxarin xoore) qui positionnera la mariée sur la tresseuse (maañu-Saxunde). Ensuite commence une sorte de contribution. La guidan yaxarin xoore est la première à apporter sa contribution par des pagnes et/ou une somme d'argent. Elle sera suivie par les autres guidanyaxaru. Cet acte sonne non seulement, comme un rappel consciencieux pour la mariée du rapport qu’elle doit créer, entretenir et pérenniser avec elles mais illustre d’une manière plus large l'importance des giidanyaxaru particulièrement la guidan yaxarin xoore. Comme le dit notre adage sooninke, la guidan yaxarin xoore ni saxé yayi.

Une fois les contributions enclenchées par le guidan yaxarin xoore, la tresseuse commence à tresser la jeune femme en mode Haaren maamadi.



Dans ces moments, pendant que certaines mamans chantent Gunbuyi yoo Gunbuyi.... d'autres confectionnent les accessoires qui orneront les tresses. Ces accessoires en perles multiformes, multi-dimensions et multicolores rouge -jaune -verte (kanŋinne, burubutu), de couleurs orange (ducunu). On y trouve aussi des accessoires en forme de "gris-gris" imprégnés d'encens (Gongo) pour maintenir une bonne odeur, des bandes de perles multicolores sur un tissu blanc (nahaade ou arc-en-ciel), des petits anneaux blancs (xottinrenmu), des perles en forme de fleur (xorobo), tapaade et de bijoux en or. Ces panoplies d’ornement sur la tête tressée de la jeune femme sooninke nouvellement mariée (soninka maano) a pour but de faire briller cette beauté exceptionnelle qu’elle porte en elle. Cette cérémonie de tresse dure presque tout une journée et cela non pas parce que les tresses sont compliquées à faire, mais ce n'est qu’un rituel stratégique pour la tresseuse en personne car plus elle prend du temps, plus elle a de l'argent car toutes les femmes qui arrivent pendant qu’elle tresse y mettent leur contribution dans sa cagnotte.

Quand la mariée finit de se faire tresser, elle va se laver et les mamans vont l'aider à porter ses habits. Elle s’habille d’un boubou bleu ciel (Baxandoroke), un pagne tissé Goro (Henqqala), une écharpe (Baayenkaala) (voir photo) et une parure constituée d’un assemble de bijoux en or. Son visage est couvert d’un tissu transparent noir (Xufa). Une fois prête, la mariée accompagnée de la maañumaxa ou Xusumanta va faire un acte de révérence au petit frère de son mari et ce dernier, en guise de récompense offre à la mariée une vache. Pendant plusieurs jours la mariée va se mettre en valeur en portant quotidiennement des habits traditionnels sooninke pour mariée. Chaque modèle est identifié par un nom spécifique dont certains sont récents tels que :





Traditionnellement, le port des boubous noirs traditionnels était uniquement destiné aux jeunes femmes mariées et les portaient dans des conditions spécifiques. Malheureusement, l’usage de ces habits exceptionnels s’est démocratisé et sont portés par tout le monde et en toute circonstance. Parfois même commercialisés comme de simples marchandises ordinaires aux plus offrants. Même l’interdit qui empêchait les jeunes filles sooninke de porter ses boubous avant leur mariage est transgressé au grand dam de nos ancêtres. Cette transgression pourrait porter préjudice à nos valeurs traditionnelles avec toutes les conséquences que cela pourrait englober. Il est intéressant de noter que chaque femme sooninke a dans sa garde-robe ces habits traditionnels et ne les portent que pendant des événements spéciaux :

1. Cérémonies de mariage

2. Quarantaine après l'accouchement. Ces boubous sont portés après que la jeune maman ait fait les tresses de Xaragante qu’on appelle Baffi (cf: photo).

En conclusion, je rends un hommage appuyé à nos ancêtres sooninke particulièrement celles de Kaédi et Gori pour leur esprit créatif dans le domaine teinturier et artisanal. Certains modèles de ces boubous traditionnels sont vieux de plus d’un siècle et demi et chaque modèle porte avec lui son histoire et sa légende illustrée par les deux exemples ci-dessous :

a. Le BAXAÑOXUNTE (photo)


Le modèle Baxañoxunte a été créé par trois sœurs Goundo Mahamedy, Khoumbaré Mahamedy et Halima Mahamedy. Elles étaient en plein air entrain de causer. Halima Mahamedy contemplait le ciel et elle été inspiré par la disposition et les mouvements des nuages dans le ciel. Créative, elle a voulu reproduire le modèle sur un tissu blanc. Elle fut aidée par sa sœur Khoumbaré Mahamedy Diagana pour attacher le tissu. La troisième sœur Goundo Mahamedy impatiente de voir le résultat de cette majestueuse inspiration de ses sœurs a choisi de tremper le tissu confectionné par ses sœurs dans une teinture noire (Namugu) ou folmate. Le résultat a été un succès d’une beauté extraordinaire. Le modèle continue à être produit mais teint en plusieurs couleurs tout en conservant l’appellation baxañexunte. Cependant, les créatrices des modèles l’appelaient TA BAXA ÑOXUNTE. (Source ; Mariame Bassa Diagana) Lors de la cérémonie d'ouverture du FISO 2020 en Gambie, l’Honorable Président Ousmane Bokar Diagana avait porté magnifiquement un grand boubou Baxañoxunte pour rendre hommage au savoir-faire de la femme sooninke (kaédi, Gori)



b. Le KARTO : PHOTO

Le modèle a été créé par Maama Binta Laadji Diagana et sa cousine. Elles se sont inspirées d’un motif d'un boubou wax que portait une dame en provenance de Saint Louis du Sénégal. Elles ont décrit le motif à leur cousin Nkisma Moussa Djeydi Diagana qui l’a reproduit sur un support en plaque métallique. Ensuite, elles ont posé la plaque sur un pagne tissé (kire) et dessiné le motif avant de l’agrafer (coudre) avec un fil et une aiguille. Le motif était une succession d’un symbole sous forme de plus (+) (yooni). Quand elles ont fini de confectionner le tissu, elles l'ont teint. Une fois le tissu teint et séché, à l'aide d'une aiguille, le fil est défait et le résultat est tel qu’apparu sur la photo ci-après. De nos jours, la technique reste inchangée et le modèle continue à être reproduit sur des tissus en cotton (Al khounti ou Bagi) (Sources : Oumou Néne Wagué).



L’histoire de ces deux motifs fait partie intégrante du patrimoine culturel sooninke (Kaédi et Gori). Il est dommage que ces créations ne soient pas protégées par un brevet. Par conséquent, elles sont piratées et produit en quantité industrielle par les industries textiles chinoises et occidentales et inondent nos marchés.

Ces créations prouvent combien de fois la femme sooninke est entreprenante et ingénieuse. Ce qui présage le sujet de ma prochaine chronique intitulée l’entreprenariat chez la femme sooninke.

Toute omission est non intentionnelle. C'est juste une femme sooninke qui a voulu partager une infime partie de son éducation et de sa culture avec vous.

Par Khoumbaré Djibril Diagana




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