30-05-2024 09:12 - Mauritanie: le racisme d’État, l’arbre qui cache la forêt

Mauritanie: le racisme d’État, l’arbre qui cache la forêt

Onde Info - Dans un contexte où l’on s’achemine vers la présidentielle de juin 2024, il est plus qu’ opportun de se poser la question de savoir à quand un Noir mauritanien sera locataire du palais ocre.

Après 64 ans d’indépendance, la question est toute légitime et ne manque pas de pertinence au regard de la composition sociologique de la Mauritanie. Même si certains y verront un réflexe raciste, sans se rappeler qu’un tel ressentiment vient naturellement de quelque part.

Il est l’expression, et la cristallisation des politiques odieuses et nauséabondes mises en place par les différents régimes qui se sont succédé au pouvoir depuis la naissance de la Mauritanie.

Résultat : la méritocratie n’a plus droit de cité.

Désormais, les seuls critères qui vaillent pour les nominations ou cooptations se fondent exclusivement sur l’origine raciale, sociale, tribale, régionale ou encore le clientélisme etc.

Ainsi des quotas sont affectés aux différents groupes communautaires de la république, avec une constante toujours respectée et perpétuée de génération en génération, telle une mauvaise tradition qui a la dent dure, et dont la toile de fond est de privilégier la composante dirigeante (Arabe, arabophone et arabophile) pour asphyxier les autres composantes sociales et linguistiques du pays.

Ce raisonnement fait écho chez tous ceux qui sont victimes d’exclusion, de racisme et de discrimination. Il rassemble tous les déshérités de la république au-delà de la couleur de peau. Si bien que critiquer vertement l’élite Arabe est plutôt bien perçue.

C’est le sport favori de la plupart d’entre nous à chaque fois que l’occasion se présente : dans les colloques, dans les salons, dans nos articles de presse et maintenant surtout sur les réseaux sociaux notamment groupes Whatsapp et Facebook . Nous n’avions d’autres choix que de critiquer, des critiques constructives pour la plupart du temps pour que la situation change positivement.

En réalité, on manque de logique. En effet ceux qui crient au racisme sont eux-mêmes racistes à l’intérieur de leur communauté. Si le fauteuil de président de la république est taillée sur mesure pour la composante Beydane, ce qui est injuste, il faut rappeler tout de même que depuis 1960, chez les Noirs aussi les choix ne se font que dans certaines familles, au sein des mêmes cercles, qu’on peut citer sur les doigts d’une seule main.

Il y a désormais une nouvelle dynamique qui est en train de reconfigurer la société mauritanienne . Celle-ci s’intéresse plus aux injustices subies à l’intérieur des communautés noires, par d’autres noirs. Des questions laissées en rade au profit de la partie visible de l’iceberg : le racisme d’État qui frappe toutes les communautés noires de manière générale.

Ce qui revient à dire que parmi les Noirs, il y a ceux qui sont doublement opprimés et marginalisés. S’ils partagent avec tous les Noirs de Mauritanie les affres et les malheurs du système racial, à l’échelle communautaire, ils sont victimes d’une forme d’ostracisme alors qu’ ils constituent la majorité d’un point de vue démographique.

Dans la plupart du temps, ils sont exclus de la propriété foncière, des nominations politiques. Et au plan religieux, ils ne peuvent diriger la prière, et ce quel que soit leur niveau d’instruction à cause de leur origine sociale et parfois des traditions en vigueur.

Le racisme d’État érigé en système de gouvernance en Mauritanie est une realite évidente. Mais qui peut porter ce message en toute cohérence ?

Les intellectuels . Quels intellectuels ?

L’une des qualités premières d’un intellectuel, c’est la constance, la cohérence et la crédibilité : des principes et des valeurs qui ne peuvent s’écarter de la recherche de la justice et de l’égalité entre les hommes. Et qui ne peuvent être à géométrie variable.

Le palais Ocre sera occupé par un Noir mauritanien, le jour où le Noir comprendra que son ennemi, c’est plus lui-même, son orgueil et sa vanité. Finalement, le procès fait aux Beydanes n’est pas sérieux : on les accuse de développer des politiques hégémoniques qui excluent, dominent et font de nous des citoyens de seconde zône etc., c’est exactement ce que nous faisons à l’intérieur de nos communautés. Nous posons les mêmes actes.

Tant que le Noir mauritanien s’accommode et se satisfait d’être meilleur que son frère sur la base de la naissance, il peut dire adieu à la prestigieuse magistrature suprême. Il ne sera qu’ un faire-valoir ad vitam aeternam.

Le racisme en Mauritanie cache d’autres formes de racismes et de discriminations peu médiatisées et qui ne semblent intéresser personne.

Seyré SIDIBE



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Commentaires (1)

  • Buwuelm (H) 30/05/2024 14:52 X

    A - En Aout 2022, j’avais lu sur CRIDEM un article intitulé « LE FRANÇAIS EN AFRIQUE ET LA MALÉDICTION DES LANGUES, EN MAURITANIE ». M. SIDIBE a été très percutant et j’avais épousé son raisonnement. Ces derniers temps, j’ai remarqué que M. Seyré n’est plus préoccupé par les menaces culturelles venant de l’extérieur, mais qu’il est plutôt, assailli par un danger illusoire qui serait à côté de lui, indexant de prétendus prédateurs ou fossoyeurs culturels. Je suis bien d’accord sur ses craintes relatives à l’esclavagisme qui mine la société mauritanienne et plus particulièrement son groupe ethnique.

    B - Récemment le 22 mai 2024, CRIDEM avait repris un article de M. SIDIBÉ, titré : « L’EMPIRE DE WAGADU OU L’ANTÉRIORITÉ DU PEUPLE SONINKÉ ». Dans cet article, l’auteur dénigre les TdR (Termes de Référence) d’un projet de documentaire sur cet empire, dont est issu celui du Ghana. Pour ne pas énumérer ses constats, je dirai simplement que les histoires ont toujours été falsifiées par ceux-là même qui voulaient s’octroyer un prestige imaginaire, ou qui y trouvaient un autre intérêt dissimulé. Ces derniers se sont empressés de distribuer leurs copies aux quatre coins du monde, pour endoctriner les peuples, à travers des récits créés de toutes pièces. L’Histoire de la Mauritanie ne fait pas exception. Certains individus peu avisés, sont tombés malheureusement dans le piège de cette pratique, mais d’autres analystes plus regardants ont refusé le fait accompli. M. SEYRÉ risque de se casser les doigts en voulant réécrire l’Histoire en général, et africaine en particulier. Je veux aussi, faire comprendre à M. SIDIBÉ, qu’il est très facile de faire une « alchimie des mots » et lui trouver une explication taillée sur mesure.

    C - Dans son article du 28 courant : « GUIDIMAKHA : PRÉSERVONS LES NOMS DE NOS VILLAGES DE LA PRÉDATION CULTURELLE », il cite l’exemple de Bokedianby qui est appelé par certains habitants du village : Sambatougeux. Il prend cela pour une tentative de remplacement volontaire des termes existants. Son attitude prouve qu’il est sujet à une phobie qui le mène hors sentier. « SAMBATOUGEUX » est l’histoire racontée d’un certain Samba qui était l’unique livreur dans la zone, de « Tougueu », fruit du dattier du désert. Les gens se déplaçaient de partout pour acheter son produit. Avec le temps, pour se rendre à « Bokedianby », il fallait dire « SAMBATOUGEUX », et tout le monde comprenait. Le même exemple existe à Nouakchott pour : « Rebinat Bou gouffeu ». Là aussi, c’est l’histoire d’un monsieur (atteint de maladie mentale pour d’aucuns, simple SDF (Sans Domicile Fixe) pour les autres. Il avait élu domicile à côté d’une borne fontaine, pour de longues années. Après sa disparition, ce lieu est devenu un repère et une adresse pour les taximen de la capitale. Personne ne s’en émeut. Un troisième exemple plus frappant, est celui du nom Pékin. Le nom initial est Beijing 北京, cela n’empêche pas M. Seyré de garder la prononciation : Pékin, et les arabes : Bikînn. Combien de centaines de millions de personnes ont donné une autre résonance à Beijing ? Les chinois n’ont pensé à une quelconque PRÉDATION CULTURELLE.

    Pour voir un jour, un président non baydan, il faut que les personnes de couleur (comme si le blanc n’était pas une couleur), unissent leurs forces et dissipent la haine que portent les uns pour les autres. Avec les ralliements fantaisistes de certains leaders négros, à des groupes berbères, démontrent qu’il sera difficile d’accorder les violons pour un éventuel changement à la tête de l’État. Cette frange très importante de la population, a un atout non négligeable : le nombre, mais beaucoup parmi eux, son malléables.

    Il y a des idées qui freinent le développement psychique de l’individu. On ne doit pas se focaliser sur le passé pour bâtir l’avenir.