26-01-2026 06:33 - "Ça fait très, très mal": des milliers de personnes rendent hommage à El Hacen Diarra, mort en garde à vue dans un commissariat à Paris
BFMTV - El Hacen Diarra, un homme mauritanien âgé de 35 ans, est mort dans la nuit de mercredi à jeudi dans les locaux du commissariat du 20e arrondissement en garde à vue.
"On n'est pas contre la police, on est contre la police qui nous tue": plusieurs milliers de personnes ont défilé ce dimanche 24 janvier à Paris pour soutenir la famille d'El Hacen Diarra, Mauritanien mort en garde à vue dans la nuit du 14 au 15 janvier.
Une foule de visages endeuillés s'est réunie en début d'après-midi au pied du foyer de travailleurs migrants dans le 20e arrondissement où vivait El Hacen Diarra et devant lequel il a été violemment interpellé. Environ 2.300 personnes étaient présentes, selon la préfecture de police de Paris.
"Quelqu'un de gentil"
Derrière une banderole réclamant "Justice" pour El Hacen Diarra et souhaitant "paix à son âme", plusieurs membres de sa famille arboraient des T-Shirts noirs exigeant encore "Justice et Vérité" en lettres blanches. "Ça fait très, très mal", confie à l'AFP sa cousine, Diankou Sissoko. "On est là car c'est notre devoir, nous sommes sa famille. Mais je ne crois pas du tout qu'il y aura une justice. Parce qu'avant qu'El Hacen soit mort, il y avait déjà eu d'autres morts, et il n'y a jamais eu de justice", livre-t-elle d'une voix calme.
"Mon cousin, c'était quelqu'un de gentil, souriant, réservé", décrit-elle.
"Quelqu'un de tranquille", en somme, ajoute-t-elle, se disant "vraiment surprise" du récit des policiers le dépeignant comme agressif. La version de ces derniers fait l'objet d'investigations.
Sur une vidéo captée par un voisin, et qui a circulé sur les réseaux sociaux, on distingue deux policiers, dont l'un, à genoux, donne deux coups de poing à El Hacen Diarra, plaqué au sol. On l'entend crier: "Vous m'étranglez !", selon l'analyse du son réalisée par la famille du défunt. Amené au poste, El Hacen Diarra, 35 ans, y est mort.
Une information judiciaire a été ouverte pour violences volontaires ayant entraîné la mort par personne dépositaire de l'autorité publique et des examens complémentaires à l'autopsie ont été ordonnés.
"Peur de sortir"
Près du muret où El Hacen Diarra a été interpellé, des fleurs et des lettres de condoléances. On y lit: "On n'est pas d'accord avec la violence de la police française contre les immigrés". "Les policiers passent tout le temps" devant le foyer, témoigne auprès de l'AFP Mamadou Dia, Sénégalais de 65 ans qui y réside depuis 20 ans. "Chaque fois, ils veulent qu'on rentre... mais il faut qu'on prenne l'air quand même !".
Aux fenêtres du foyer en tôle, quelques visages se dessinent. Ceux des résidents qui ont "peur de sortir" désormais car les "deux policiers" ayant interpellé El Hacen Diarra "sont toujours en exercice", explique à l'AFP l'adjointe à la mairie du 20e, Anne Baudonne. "On ne comprend pas pourquoi le ministre de l'Intérieur n'a pas trouvé légitime de les suspendre", insiste cette élue communiste.
"Rien ne dit, à ce stade, quelles sont les causes de la mort" d'El Hacen Diarra, a répondu le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez dans un entretien dimanche au Parisien, tout en ajoutant que "le fonctionnaire qui, sur les images, met deux coups de poing, devra s'expliquer".
Cette peur s'étend au-delà du foyer. "Je suis habitant du 20e arrondissement, et si j'ai un problème, c'est à ces policiers que je dois m'en remettre", relève un éducateur de 29 ans qui a requis l'anonymat. "Je suis ici pour exprimer que ce n'est pas possible, qu'il y a trop de problèmes avec ce commissariat."
Dans le cortège, du haut d'un char, plusieurs organisateurs prennent la parole, dont Assa Traoré, figure de la lutte contre les violences policières. "Si nous laissons passer pour El Hacen, il y aura de nombreux El Hacen", scande-t-elle, le poing levé. "On n'est pas contre la police, on est contre la police qui nous tue", renchérit Doums Coulibaly, délégué d'un intercollectif pour les sans-papiers. Cette police-là , il faut la "filmer". "Quand vous voyez une situation avec un policier, filmez-le, montrez-le, partout !"
O.E avec AFP
