16-04-2026 12:02 - Afrique : la FAO appelle à transformer le potentiel agricole en moteur de prospérité
LE RÉNOVATEUR QUOTIDIEN - Le Premier ministre mauritanien, Moktar Ould Diay, a donné le coup d’envoi officiel de la 34e session de la Conférence régionale de la FAO pour l’Afrique, marquant le lancement de travaux consacrés à l’avenir des systèmes agroalimentaires du continent.
À cette occasion, le Directeur général de la FAO, Qu Dongyu, a lancé un appel fort à un changement de cap : il est temps pour l’Afrique de rompre avec le récit de la dépendance alimentaire et d’assumer pleinement son rôle dans la sécurité alimentaire mondiale.
S’adressant aux dirigeants africains et aux partenaires réunis à Nouakchott, il a dressé le portrait d’un continent souvent perçu à travers ses défis — vulnérabilité climatique, insécurité alimentaire, dépendance aux importations — mais qui recèle en réalité des atouts exceptionnels. L’Afrique concentre en effet 60 % des terres arables non exploitées dans le monde, dispose d’une biodiversité riche et s’appuie sur une population jeune, dynamique et innovante.
Pour autant, ce potentiel ne saurait se concrétiser sans une transformation profonde des systèmes agroalimentaires. « Le potentiel n’est pas une destinée », a-t-il souligné en substance, appelant à des choix stratégiques, des investissements ciblés et une mise en œuvre efficace des politiques publiques.
Au cœur de cette transformation, la FAO met en avant son approche des « Quatre Mieux » : améliorer la production, garantir une meilleure nutrition, préserver l’environnement et offrir une vie meilleure à tous. Cette vision globale vise à concilier performance agricole, durabilité écologique et inclusion sociale, en s’appuyant à la fois sur l’innovation technologique et sur les savoirs locaux.
Dans cette perspective, le Directeur général a insisté sur la nécessité de passer de la vision à l’action. Le développement des infrastructures rurales, indispensable pour connecter les producteurs aux marchés, doit permettre de réduire des pertes post-récolte encore très élevées. L’intégration des marchés, notamment à travers la Zone de libre-échange continentale africaine, est également appelée à jouer un rôle déterminant pour faciliter la circulation des produits alimentaires à l’échelle du continent.
Parallèlement, l’innovation et la digitalisation apparaissent comme des leviers essentiels pour moderniser l’agriculture africaine. L’accès aux données, aux prévisions climatiques et aux services numériques peut transformer en profondeur les pratiques agricoles, améliorer la productivité et renforcer la résilience face aux aléas.
Mais au-delà des outils et des politiques, la réussite de cette transformation repose sur une approche inclusive. Le Directeur général a particulièrement insisté sur le rôle central des jeunes et des femmes. Dans un continent où la jeunesse représente une part croissante de la population, il est impératif de faire de l’agriculture un secteur attractif, moderne et porteur d’opportunités. De même, investir dans les femmes, qui jouent un rôle clé dans les systèmes alimentaires, constitue un levier puissant de développement économique et social.
Dans un contexte international marqué par des contraintes financières croissantes, le responsable de la FAO a également rappelé une exigence fondamentale : celle de résultats concrets. La crédibilité des politiques agricoles dépend désormais de leur capacité à produire des impacts mesurables, à grande échelle et dans des délais raisonnables, condition essentielle pour mobiliser durablement les investissements publics et privés.
La FAO, a-t-il assuré, entend accompagner les pays africains dans cette dynamique à travers plusieurs initiatives structurantes, tout en appelant à une mobilisation collective. États, secteur privé, institutions financières et partenaires techniques sont invités à agir de concert pour créer un environnement propice à l’investissement, à l’innovation et à la transformation.
En filigrane, le message porté à Nouakchott s’inscrit dans une ambition plus large : repositionner l’Afrique dans le système alimentaire mondial. Il ne s’agit plus seulement de répondre aux urgences, mais de construire une trajectoire durable faisant du continent un acteur clé — capable non seulement d’atteindre l’autosuffisance alimentaire, mais aussi de contribuer à nourrir le monde.
Ainsi, plus qu’un discours, c’est une vision stratégique qui a été esquissée : celle d’une Afrique qui transforme son potentiel en prospérité, et qui passe du statut de continent dépendant à celui d’architecte de la sécurité alimentaire globale.
