17-04-2026 20:16 - Réquisitoire contre une dérive régionaliste du pouvoir de Mohamed Cheikh Ould Ghazouani
Comment est-il encore possible, en 2026, de devoir poser une question aussi fondamentale : la Mauritanie est-elle un État national… ou le prolongement administratif d’une seule région ?
Car les faits, eux, sont têtus. Ils dessinent une réalité troublante, presque indécente.
Lorsque le ministre des Affaires étrangères, celui de l’Intérieur, de l’Hydraulique, de la Culture, de l’Enseignement supérieur, de la Pêche- ; tous ou presque, proviennent de la même ville, Kiffa, il ne s’agit plus d’une simple coïncidence.
Lorsque les directions stratégiques de l’État ; cabinets du Premier ministre et de la Présidence, port de Nouakchott, sociétés minières, électricité, sont concentrées entre les mains d’individus issus de ce même bassin géographique, il ne s’agit plus d’un hasard administratif.
Lorsque les circuits économiques, des hydrocarbures aux marchés publics, semblent captés par des réseaux identifiés, toujours rattachés à la même origine régionale, alors il faut appeler les choses par leur nom.
Ce n’est pas une anomalie passagère.
C’est une architecture du pouvoir.
Une architecture qui repose non pas sur la compétence, ni sur le mérite, ni sur l’équilibre national, mais sur un critère implicite, dangereux et profondément injuste : l’appartenance régionale.
Faut-il rappeler que la Mauritanie est une mosaïque de peuples, de territoires, d’histoires et de contributions ?
Faut-il rappeler que chaque région porte une part de la légitimité nationale ?
Ou faut-il accepter, en silence, que l’État devienne la propriété informelle d’un cercle restreint ?
Ce type de gouvernance n’est pas neutre. Il produit des effets destructeurs :
- Il fracture la cohésion nationale
- Il installe un sentiment d’exclusion durable
- Il alimente la défiance envers les institutions
- Il tue toute idée d’égalité des chances
Et surtout, il envoie un message glaçant à toute une génération : peu importe ton talent, ton travail ou ton engagement… si tu n’es pas du bon endroit, tu resteras à la porte.
C’est ainsi que naissent les crises. Pas dans le bruit, mais dans l’accumulation silencieuse des injustices.
Alors non, la question n’est plus de savoir si c’est une coïncidence.
La vraie question est :
jusqu’à quel point cette concentration du pouvoir est-elle assumée ?
Et combien de temps encore le reste du pays devra-t-il observer, impuissant, cette confiscation ?
La Mauritanie n’appartient pas à Kiffa.
Elle n’appartient pas à une région, à un clan ou à un réseau.
Elle appartient à tous les Mauritaniens.
Et un État qui oublie cela cesse d’être un État. Il devient un système.
Ibrahima Diallo
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