04-06-2026 17:10 - Dialogue politique au point mort : le mandat présidentiel, principale pierre d’achoppement
LA DÉPÊCHE -
Le dialogue politique peine toujours à redémarrer. Au cœur du blocage : la question du mandat présidentiel, qui continue d’opposer frontalement majorité et opposition.
En mars 2026, le coordinateur du dialogue politique, Moussa Fall, avait annoncé la suspension des sessions préparatoires afin de permettre aux différentes parties de surmonter leurs divergences. Cette décision intervenait dans un climat de forte tension, marqué par un désaccord profond sur la possibilité de débattre des dispositions constitutionnelles relatives au mandat présidentiel.
D’un côté, certains acteurs politiques considèrent ce sujet comme intouchable. De l’autre, l’opposition refuse même son inscription à l’ordre du jour, estimant que la Constitution est sans équivoque : le mandat présidentiel est fixé à cinq ans, renouvelable une seule fois.
Face à cette impasse, le ministre de l’Intérieur, de la Décentralisation et du Développement local, Mohamed Ahmed Ould Mohamed Lemine, a entrepris en avril 2026 une série de consultations avec les dirigeants des partis politiques. L’objectif affiché était de relancer les préparatifs du dialogue national, interrompus quelques semaines plus tôt.
Selon plusieurs sources, le ministre a cherché à rassurer ses interlocuteurs sur la volonté du président de la République de voir le dialogue reprendre. Il leur aurait également indiqué que la question d’une éventuelle révision des dispositions relatives au mandat présidentiel — à l’origine du retrait de l’opposition — ne figurait pas à l’ordre du jour. Une position interprétée comme un signal destiné à mettre fin aux spéculations prêtant au chef de l’État des intentions de modification constitutionnelle.
Parallèlement, en mai 2026, la commission permanente du parti au pouvoir, El Insaf, a réaffirmé son attachement à l’option du dialogue national défendue par le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. Réunie sous la présidence de Mohamed Ould Bilal, l’instance dirigeante du parti a renouvelé son soutien à cette démarche, plus d’un mois après la suspension des réunions préparatoires.
Plus récemment encore, lors de sa deuxième session ordinaire, le bureau politique d’El Insaf a de nouveau insisté sur la nécessité de poursuivre le dialogue national. Cette réunion s’est tenue dans un contexte marqué par un important rassemblement de l’opposition, dont les trois principaux pôles ont mobilisé une foule considérable autour des préoccupations liées à la cherté de la vie.
Malgré ces multiples initiatives visant à remettre le processus sur les rails, le coordinateur du dialogue national, Moussa Fall, peine toujours à rapprocher les positions des différents acteurs politiques. Les relations entre majorité et opposition demeurent fragilisées par un climat de méfiance, alimenté par des déclarations contradictoires et l’absence de consensus sur l’agenda du dialogue.
Dans ce cadre, Moussa Fall a multiplié les consultations avec les responsables des différents pôles engagés dans le processus. Il a notamment rencontré Ibrahim Ould El Behi, président du pôle du Rassemblement des Forces Démocratiques (RFD), Mohamed Ould Maouloud, président du pôle de la Coalition de l’Opposition Démocratique, Hamadi Ould Sidi El Mokhtar, président du pôle de l’Institution de l’Opposition Démocratique, ainsi que Mohamed Ould Bilal, à la tête du pôle de la majorité.
À l’issue de ces longues concertations, le constat reste inchangé : les deux camps demeurent inflexibles sur la question du mandat présidentiel. La majorité et l’opposition continuent de défendre des positions diamétralement opposées, rendant tout compromis difficile.
Confronté à cette situation, Moussa Fall a choisi de poursuivre ses efforts de médiation en donnant rendez-vous aux différents acteurs la semaine prochaine, dans l’espoir que le temps favorise un rapprochement des points de vue.
Au-delà de la seule question du mandat présidentiel, ce bras de fer révèle les ambitions et les calculs politiques de chaque camp à l’approche des prochaines échéances. Le débat sur l’agenda du dialogue apparaît ainsi comme le reflet d’une lutte plus large pour définir les rapports de force qui structureront la vie politique nationale dans les années à venir.
J.D
