08-10-2026 13:14 - ITIE : Après 20 ans de mise en œuvre, quel avenir ?
Il est évident que l'ITIE a considérablement amélioré la divulgation et l'accès aux données dans le secteur extractif dans les pays qui mettent en œuvre la norme ITIE.
Mais plus de deux décennies de mise en œuvre il est important de se poser des questions en vue de faire évoluer cette norme et de changer certains de ses paradigmes.
La norme a certes évolué dans ces principes mais sa mise en œuvre et son approche de validation doivent être reconsidérées si on veut avoir un réel impact en accord avec les objectifs visés de transparence et de lutte contre la corruption pour une prospérité partagée.
Les rapports ITIE doivent pouvoir rendre compte des chiffres mais aussi des événements heureux et malheureux en rapport avec la gestion de nos ressources naturelles qui constituent les moteurs de nos économies.
Les exercices de mise en œuvre et de validation du processus ITIE doivent aller au delà de l'observation mécanique de ses seuls principes.
A ce rythme et compte tenu du niveau d'engagement des membres des différents comités multipartites en Afrique (du à plusieurs raisons manque d'expertise et d'appuis ) nous finirons par la production de rapports purement superficiels qui répondent plus aux soucis immédiats de conformité qui intéressent les gouvernements sans rendre compte des réalités qui affectent la vie des communautés et du citoyen en terme de corruption, d'impact environnemental, de violation de droits, accès à l'énergie et changement climatique etc....
A ce titre, nous assisterons de plus en plus à la publication de rapports quantitatifs plats qui n'offrent aucune chance de fournir de l'information au sens communicatif du terme qui suppose un élément nouveau et différent qui remplit un gap.
Pour corriger cette situation et rendre les rapports ITIE plus communicatif et intéressant pour le public il est nécessaire de changer de paradigmes.
Pour palier cette insuffisance, les représentants de la société, civile compte tenu de leur statut, ont un rôle très important à jouer.
La solution se trouve au moins à deux niveaux :
D'abord au niveau national :
Dans la définition des notes de cadrage pour les termes de référence de l'élaboration du rapport qui prévoit de manière claire une analyse des données basées sur les risques en termes de récurrence et de probabilité.
Ainsi que la prise en compte des résultats de cette analyse dans l'appréciation de la validation.
Ensuite sur le plan international pour que le Secrétariat ITIE en plus de son appui aux Coordinations nationales apporte un appui direct et significative aux organisations de la société civile des pays de mise en œuvre.
Cela permettra de leur assurer plus d'autonomie et d'indépendance pour jouer pleinement leur rôle de veille.
Il est curieux de voir un rapport qui occulte les principaux incidents économiques, sociaux et politiques qui surviennent dans un pays.
Dans un pays riche en ressources il est difficile de voir une revendication dans les domaines de l'éducation, de la santé , de l'espace civique, des élections etc qui ne soit pas directement ou indirectement liée à la gestion de cette manne.
En prenant en compte ces aspects on éviterait la banalisation progressive des rapports ITIE qui déjà dans beaucoup de pays commencent d'être supplantés par d'autres sources d'informations comme les rapport des cours des Comptes, ( l'exemple de la Mauritanie).
C'est donc la crédibilité et l'image de ce processus qui sont en jeu.
L'ITIE est sans nul doute la pionnière dans la divulgation systématique. Elle a également servi comme un important outil pédagogique d'amélioration des cadres légaux des différents pays à travers les mesures correctives.
Mais pour plus d'efficacité et surtout d'innovations a besoin d'aller au-delà des législations et des principes dans but d'avoir un impact réel et plus direct sur la vie de la majorité des citoyens en terme de droit des communautés, des travailleurs, des jeunes et des femmes mais aussi du secteur privé. Cela est d'autant plus réalisable si l'on sait que ces innovations sont déjà clairement prises en compte dans la nouvelle norme 2023.
Ainsi les ressources assureront un contenu local réel qui profitera à tous et assurera du coup une prospérité plus partagée et une paix sociale plus durable.
Ba Aliou Coulibaly
Président de PWYP mauritania / Resources Justice Network
