26-10-2012 00:46 - Portrait : Un étudiant mauritanien partagé entre la nostalgie de son pays et le savoir
Venu poursuivre ses études en France, Moussa Ousmane Ba se bat tant bien que mal pour supporter le vécu quotidien parisien afin d’améliorer ses connaissances. Portrait
Dans une des chambre des appartements Adagio à Bercy, entre un grand gaillard couvert d’habits chaud. Dans un geste nonchalant, l’étudiant mauritanien fait tomber sa veste et s’effondre dans un fauteuil.
Son visage grassouillet, ses lunettes aux verres blancs lui donnent l’allure d’un intellectuel. Derrière ces dernières, se cachent des yeux clairs laissant apparaitre en flagrant délit sa timidité. Ses regards braqués sur la table où se trouvent un bloc-notes et un stylo, prouvent son interrogation. Son parfum mêlant avec l’odeur de cuisson d’un steak, l’homme demande quelque chose à boire dans une voix autoritaire.
A 32 ans, ce natif de Boghé, une ville située à 320 km de Nouakchott, Moussa Ousmane Ba ou Moïse comme l’appellent ses intimes, est un étudiant originaire du pays du million de poètes, la Mauritanie, venu en France pour poursuivre ses études supérieures en Droit des Affaires.
Il dit dans de gestes très vifs : « je suis venu en France pour faire mon troisième cycle parce que dans mon pays, il y a que des études pour le premier et deuxième cycle. Mais j’ai la nostalgie de mon pays. Il me manque beaucoup ». Malgré sa nostalgie du pays, l’envi du savoir prend le dessus. Il lance : « être en France, c’est un mal nécessaire ».
Comme plusieurs de ses compatriotes Mauritaniens voire africains, Moïse aux rires d’un petit garçon, est désillusionné une fois dans le pays de Hollande. « J’avais une vision positive de la France avant de venir. Pour moi c’était l’eldorado, un pays où tout est possible. En vérité ce qu’ils montrent à la télé est très différent de la réalité. C’est pire que la Mauritanie en termes de racisme ou du manque de solidarité.
C’est chacun pour soi » S’exclame-t-il. Poursuivant son écœurement, il ajoute entre deux gorgées de jus de fruits : « c’est un pays très cool sur le plan de la formation. J’arrive mal à trouver mon horizon. Tu ne peux pas faire tout ce que tu veux ».
À l’instar des autres étudiants, le Mauritanien est un débrouillard et du genre à rester à la maison bien que son lieu de résidence soit un quartier populaire fréquenté de toutes les communautés : la Courneuve. Il souligne : « malgré la difficultés de la vie en France, j’arrive à subvenir à mes besoins par mes petits boulots par-ci, par-là . Je ne sors pas et j’ai pas beaucoup de fréquentations ».
Auparavant bien avant son arrivé en France, Moïse était un étudiant exemplaire et un syndicaliste redoutable. Après avoir décroché en Mauritanie sa maîtrise en droit en 2010, évitant le taux de chômage important qui frappe les étudiants une fois la fin du second cycle, l’étudiant modèle décide de chercher des préinscriptions dans les Universités françaises pour approfondir ses connaissances juridiques.
Hormis ses études, l’homme aux allures militaires est un bon croyant .mais n’arrive pas à faire correctement sa religion dans un pays catholique comme la France. « Je ne pratique pas comme je voudrais. Les employeurs s’en fichent de ta religion. Ce qui compte pour eux c’est le boulot et le temps. Par conséquent, à l’heure du boulot, tu ne peux pas t’excuser pour aller faire tes prières. Du coup certaines heures de prières, je les fais une fois rentré chez moi ».
C’est aussi un grand romantique et fidèle à sa promise malgré sa solitude. Il affirme : « à part ma fiancée qui est en Mauritanie, je ne vois pas d’autres femmes. Je n’aime pas les femmes noires ou blanches ici, par contre celles qui sont en Afrique, celles qui sont authentiques du point de vu personnel, elles peuvent me terrasser». « Je rêve d’apprendre beaucoup de choses, pour mettre ça en valeur dans mon pays. Je ne suis pas venu ici pour y rester mais pour aider mon pays dans son développement » conclue l’étudiant mauritanien.
Cheikh Oumar NDiaye pour L’Authentique (Paris)
