29-03-2013 11:39 - Le périple africain de Mohamed VI : L’UMA en perte de vitesse

Le périple africain de Mohamed VI : L’UMA en perte de vitesse

La visite que Mohammed VI, roi du Maroc, a effectuée du 16 au 25 mars dernier, dans trois pays d’Afrique au sud du Sahara serait non pas un retour en force du royaume chérifien sur la scène internationale, mais la consolidation de bons rapports entre le Maroc et les pays cibles qui datent des premières années de l’indépendance.

Le périple qui a conduit le roi Mohamed VI du Sénégal au Gabon, en passant la Cote d’Ivoire, pose les jalons de la nouvelle stratégie du Maroc sur le plan politique, diplomatique et économique. Mais c’est surtout au regard des relations au sein de l’Union du Maghreb Arabe (UMA) que cette tournée est perçue.

Si l’on considère qu’il y a des raisons objectives qui empêchent le roi du Maroc de se rendre en Tunisie et en Libye, pays qui vivent encore intensément les remous des « printemps arabe », ou encore l’Algérie, à cause de la question du Sahara, en Mauritanie, on ne cache pas cette sorte d’appréhensions et de jalousie que suscite ce périple africain.

Lequel remet au-devant de la scène ces rumeurs de « froideur » dans les relations entre la Mauritanie et le Maroc. Toujours est-il que la coopération bilatérale entre Rabat et les trois capitales visitées prouve que le Maroc, qui entretient des relations privilégiées avec l’Europe n’a pas pour autant oublier la place de l’Afrique dans sa vision stratégique : Celle qui le maintient entre l’appartenance à un Continent et le positionnement géostratégique dans un contexte euro-méditerranéen qui profite également à bon nombre de pays Africains au sud du Sahara.

L’exemple du Maroc est la preuve que la coopération Nord-Sud ayant montré toutes ses limites à apporter le développement à l’Afrique, celle Sud-Sud se positionne comme une alternative. L’économie marocaine, en pleine effervescence, a besoin de débouchés sur le Continent tout comme des pays comme le Sénégal, la Cote d’Ivoire et le Gabon « ouverts » aux capitaux étrangers, notamment arabes, sollicitent fortement cette coopération sud-sud.

Une relation de cœur et de raison En fonction des préoccupations duales, Rabat et Dakar particulièrement, ont discuté d’accords sur le transport international de voyageurs et de marchandises. Un domaine où le Maroc force l’admiration avec ses compagnies aériennes, maritimes et routières très « agressives » sur le marché international. L’inauguration, dans la foulée, de deux projets médicaux à Dakar est perçue comme l’illustration de la détermination du Roi Mohamed VI et du Président Macky Sall à promouvoir la coopération bilatérale.

L’unité de production de « West Afric Pharma » permettra d’approvisionner en médicaments génériques de qualité non seulement le Sénégal, mais aussi les pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Un investissement de 5,2 milliards de FCFA (8 millions d’euros) qui participera également au développement du tissu industriel pharmaceutique au Sénégal par le transfert de technologie et du savoir-faire des laboratoires Sothéma Maroc.

L’inauguration de la clinique d’ophtalmologie Mohammed VI est vue, elle, comme « l’engagement permanent du Souverain en faveur d’une coopération Sud-Sud solide, agissante et solidaire », souligne un quotidien dakarois. La clinique, réalisée par la Fondation alaouite pour le développement humain et durable, est appelée à servir de plateforme de formation pour les praticiens de l’Afrique de l’Ouest. Sa capacité d’environ 10.000 malades par an dépasse largement celle de la grande structure spécialisée dans ce domaine, l’Institut d’ophtalmologie tropicale de l’Afrique (Chu-Iota) du Mali.

C’est donc à juste raison que le président sénégalais Macky Sall a évoqué la visite de Mohamed VI comme « l’avant-goût » de la coopération qu’il veut développer avec le roi du Maroc. A Abidjan, la visite du souverain marocain a suscité le même enthousiasme qu’à Dakar. Le président Alassane Ouattara a vu en elle l’un des moments les plus importants de la coopération bilatérale entre le Maroc et la Cote d’Ivoire matérialisée, depuis le Traité d’amitié signé le 22 septembre 1973, par de nombreux accords sectoriels.

La visite du roi Mohamed VI n’a pas dérogé à la règle avec la signature de six accords de coopération : Le Mémorandum d’entente entre les ministères des Affaires étrangères, l’accord sur l’encouragement et la protection réciproques des investissements, l’accord de coopération en matière de pêche maritime et d’aquaculture, l’accord relatif aux services aériens, la convention relative à la formation professionnelle dans le domaine du tourisme et l’accord en matière de protection civile.

Tous ces projets d’Accord devront être examinés et harmonisés au cours de la première session de la Grande commission mixte de Coopération qui se tiendra à Abidjan, très prochainement. Concernant la question du Sahara, le président Alassane Ouattara a réaffirmé la position constante de la Côte d’Ivoire et souligné que l’initiative marocaine d’une large autonomie au Sahara constitue une solution idoine pour le règlement définitif de ce conflit.

Le Gabon a constitué l’ultime étape du périple du souverain marocain. Le rapprochement entre le Maroc et ce pays d’Afrique centrale date du milieu des années 70, lorsqu’Albert Bernard Bongo se convertit à l’Islam, pour devenir El Hadj Omar Bongo. C’est alors le roi Hassan II qui l’aidera à acquérir les préceptes de la religion musulmane.

Il se développera alors entre les deux Etats des relations privilégiées dont la visite à Libreville du roi Mohammed VI est vue comme la consécration. La preuve la plus manifeste de ces affinités a été le soutien du Gabon à Rabat quand le Maroc s’est retiré, en 1984, de l’Organisation de l’Union Africaine, ancêtre de l’Union Africaine, pour protester contre l’admission controversée de la République arabe sahraouie démocratique (RASD).

Sur le plan économique, les deux pays œuvrent pour le renforcement des échanges et partenariats de coopération commerciale et stratégique gagnant-gagnant favorisée, il est vrai, par une marge de manœuvre encore très grande. Dans la ligne de mire de ceux qu’animent une telle volonté de booster cette coopération à l’occasion de la visite du souverain marocain, la seconde édition des Journées Economiques et Commerciales Maroco-gabonaises qu’abritera les 4 et 5 juin prochains la capitale Libreville.

Ce sont près de 120 opérateurs économiques issus d’une très large palette de secteurs d’activité du Maroc qui sont attendus à Libreville pour discuter avec leurs homologues du Gabon des voies et moyens de dynamiser les relations économiques entre les deux pays.

Et sans doute que la prise de parts de Maroc Télécom à 51% de Gabon Télécom inspirera d’autres investisseurs du Royaume dans les secteurs d’activité choisis, allant de l’électricité à l’agroalimentaire en passant par l’électronique, l’industrie métallurgique et mécanique, les nouvelles technologies de l’information et de la communication, les BTP, l’industrie pharmaceutique et les produits de la mer.

Sneiba Mohamed


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Commentaires (9)

  • abraham (H) 29/03/2013 16:56 X

    Le Maroc n'a pas de probleme avec son arabité: c'est un pays qui sait reconnaitre son histoire africaine, berbere et arabe sans se fatiguer avec des concepts haineux de l'arabité.

    N'oubliez surtout pas que les arabes du Moyen Orient n'ont pas toute la considération pour nous ,à la limite ils nous considérent comme de gentils bergers qui leur rapellent les anciens temps.

  • Belphegor (H) 29/03/2013 15:51 X

    Sahélien,
    Vos remarques sont pertinentes mais ce pas demain la veille que notre politique étrangère changera de vision, pas sous le régime actuel en tous cas… D’ailleurs le simple fait de nommer Hamadi ould Hamadi aux affaires étrangères démontre l’amateurisme, le manque de vision globale et de pragmatisme en matière de politique étrangère de nos dirigeants.

    Je n’ai aucune animosité contre ce Monsieur mais j’estime que le poste de MAE est un costume trop grand pour lui.

    Les inconditionnels de l’arabisme à outrance devrait savoir que : « Le tigre ne proclame pas sa tigritude : il rugit », quand on se sent vraiment arabe on n’a pas besoin de le clamer a tout bout de champ et on n’a pas besoin non plus d’une quelconque « reconnaissance » d’autres nations arabes pour s’en assurer personnellement.

    Le problème c’est que les adeptes de cette doctrine qui croient pouvoir transposer le nassérisme Egyptien et le Baathisme Irakien aux réalités socio-politiques de la Mauritanie tellement différentes de l’Egypte et l’Irak persistent dans le ridicule absolu et ce depuis l’ère Maawiya.

  • Belphegor (H) 29/03/2013 13:59 X

    D'accord à 100% avec vous And Bader il n'y a que la Mauritanie qui s'obstine à s'accrocher à cette coquille vide (à la différence de tous les autres pays membres que vous avez cité) sûrement plus pour flatter l’ego de ceux parmi nous qui se considèrent « Maghrébins » et qui estiment que notre appartenance passée à la CEDEAO était une aberration que pour une autre raison car l’UMA n’a rien produit de concret depuis sa création a commencer par la simple application de la libre circulation des personnes et des biens.

    Mohamed VI est trop pragmatique, mature et visionnaire (économiquement et politiquement parlant) pour perdre son temps avec cette union de façade, il a des relations très lucratives à renforcer avec les pays d’Afrique subsaharienne et personne ne pourrait lui en vouloir pour ça a moins d’être de mauvaise foi.

  • sahelien (H) 29/03/2013 13:55 X

    Il ne s'agit pas vraiment de contrsater le maghreb avec le reste de l'Afrique. Ce role que le Maroc joue aujourdhoui aurait du etre le role "naturel" de la Mauritanie, si les dirigeants de ce pays n'avait pas choisi de sacrifier le tres grand sens commercial des Mauritaniens au profit d'une politique accee juste sur l'ideologie d'arabite.

    Les Mauritaniens sont des commercants superbes, et ils ont laisse ce role de connecteur entre ces differentes parties du continent au profit maintenant d'un Maroc qui connait ses interets et qui est d'ailleurs le seul pays du Maghreb a ne pas avoir succombe a cette idiotie d'Arabite......

    La prescription est simple:

    (1) Retournez la Mauritanie a ses racines de commercants, mettez l'accent sur les interest economiques du pays. c'est un pays de "traders" qui ont un superbe sens du commerce. il est temps d'exploiter cet avantage.

    (2) Reintegrer la Cedeao tout en elargissant le role dans le Maghreb et servir ainsi de tissue connecteur entre ces deux ensembles economiques

    (3) jouer un role plus aggressif dans le Maghreb, mais un role economique/commercial, plutot que de mettre l'accent sur le cote ethnique (arabite) du regroupement. A ce sujet ca serait bien de simplement other le "A" dans l'UMA pour renforcer le'aspect economique de l'union

    Voila une possible solution a l'agrandissment de l'ame Mauritanienne et development economique du pays

  • hachmi (H) 29/03/2013 13:25 X

    Le Souverain Marocain doit maintenant ramener son pays à l'UA où ce grand pays a un rôle à jouer, dès l'ors que cette chose créée par l’Algérie, n'est plus qu'une organisation trans saharienne du crime (islamisme, trafic de drogue, d'humains......

  • balbastika (H) 29/03/2013 13:22 X

    La caravane du progrès passe tranquillement alors que les extrémistes nationalistes arabes .(Nasséristes et Baathistes notamment) continuent de lorgner du côté des pays et de la culture arabe qui les ignorent totalement.

    La Mauritanie est bien un pays africain, n'en déplaise aux sympathisants de SADDAM, NASSER et KHADDAFI.

  • hamaboubou (H) 29/03/2013 13:13 X

    Le Roi semble ne pas vouloir se compromettre avec des régimes comme ceux de la Mauritanie aux méthodes douteuses. Un général de pacotille qui ne sait pas où se situe l'intérêt de son pays et brade son économie, ses richesse et ses richesses humaines.

    Le Roi préfère les pays dynamiques aux potentialités économiques promises à un bel avenir comme le Sénégal, la Côte d'Ivoire ou le Gabon à la Mauritanie statique et dont le président est sans ambition pour son pays.

  • And Bader (H) 29/03/2013 13:02 X

    Nous attendons toujours des réalisations concrètes de l'UMA pour y croire, surtout quand on sait que le Maroc, l'Algérie et la Tunisie lorgnent plutôt du coté de l'Union Européenne, la Lybie est confrontée à ses propres contradictions et peine à se resaisir tout comme la Tunisie d'ailleurs, seule donc notre Mauritanie croit encore à cette Union .

  • Belphegor (H) 29/03/2013 11:57 X

    Pour que l'UMA soit en perte de vitesse il faut qu'elle ait déjà été crédible dans le passé or elle a toujours été une coquille vide depuis sa création.

    Les sommets qui se tiennent ca et la sont justes organises pour sauver les apparences : c’est l’archétype d’une organisation fantoche.