10-04-2013 19:11 - Une conférence internationale sur le Sahel ?

Une conférence internationale sur le Sahel ?

L’analyse de la situation au Mali a donné lieu à d‘innombrables commentaires, avis et conseils tant publics que confidentiels. Tous ses aspects ont été étudiés par des spécialistes aussi bien que par des néophytes.

Même si on ne dira pas plus à propos des causes et des soubassements politiques, sociologiques, culturels et territoriaux de ce conflit, le lecteur nous pardonnera de revenir à la source pour en comprendre mieux d’autres aspects.

1° Retour sur les vraies causes d’un conflit

On avait peur de parler de certains artifices ou tabous qui semblent, aujourd’hui, prendre leur revanche sur la marche ou plutôt le piétinement du continent africain.

L’artifice le plus facilement évoqué est le hasard topographique des limites des Etats initialement formés sur la base de territoires coloniaux dessinés sur des cartes, sans égard aux exigences de compatibilités socioculturelles. Ailleurs, en Europe et en Asie, les formations étatiques ont pris le temps de réduire les risques inhérents à l’hétérogénéité quand elles n’ont pas épousé les contours d’entités culturellement homogènes.

Un autre artifice doit être noté : celui de notre apparente capacité à vivre notre diversité et à accepter réellement le droit à la différence. Des raccourcis tels la fraternité ou la religion commune sont souvent utilisés lorsque nous sommes en paix et dans une situation d’opulence, du reste exceptionnelle. En réalité, même nos élites intellectuelles sont incapables de mettre en valeur ces raccourcis, lorsqu’ils sont brouillés par la misère ou par la recrudescence de slogans populistes racistes ou ethnocentristes.

L’artifice le plus dangereux et le plus pernicieux demeurera, cependant, notre soi-disant aptitude à construire un système démocratique et à en défendre les valeurs. Depuis qu’ils ont vu venir chez eux d’interminables vagues d’opposants arguant le fait d’avoir été flagellés dans leur pays pour leur attachement aux idées libérales, les Occidentaux ont déployé tous les efforts pour financer la démocratie et le respect des droits de l’Homme dans les pays africains. A ces deniers, ils ont fait croire qu’ils peuvent construire une démocratie résumée en définitive à un jeu des urnes dont la régularité est attestée par des hordes d’observateurs étrangers.

Les régimes en place qui n’étaient rien d’autre qu’une sainte alliance entre une aristocratie militaire aux abois, une féodalité prise au dépourvu par les changements climatiques et une bourgeoisie à courte vue, pensaient de la démocratie ce que Monsieur Jourdain disait de la prose. Mais peu importe ! Plus personne ne peut invoquer le droit d’asile politique et chacun doit rester chez lui, même si tout lui échappe, y compris le contrôle sur l’utilisation de ses ressources et de son territoire.

En tout état de cause, une démocratie à laquelle un capitaine peut mettre fin n’en est pas une. La réalité que nous avons peur de regarder en face, c’est que sous ne sommes pas capables de fonder un Etat sur des bases de démocratie et de bonne gouvernance, faute de pouvoir payer le prix de la liberté et de comprendre que l’Histoire ne fait jamais cadeau à la pusillanimité.

On qualifiera ce diagnostic de pessimiste en invoquant l’expérience démocratique d’un pays francophone appelé Sénégal. Concédons cette exception, mais dans quel autre pays africain anciennement colonisé par la France voit-on s’ériger un Etat réellement démocratique ? Est-ce inhérent à l’héritage français comme le disent certains ? La France est-elle à l’image de certaines tribus mauritaniennes dont les anciens esclaves ne s’émancipent jamais quant au fond ?

La revanche des artifices et des raccourcis n’a d’égale que celle de la géographie. Les Etats issus de la décolonisation sont parfois aussi vastes que pauvres et n’arrivent pas à gérer leur diversité sur une grande assise territoriale. La négligence involontaire de certaines zones ou leur retard pour des raisons culturelles ou climatiques suscite des remous faciles à attiser surtout que l’Etat post colonial est arrivé à terme depuis qu’il manque du carburant idéologique dont il s’est servi pendant les années d’indépendance.

Il doit remettre d’urgence son organisation territoriale en cause pour tenir compte des impératifs de bonne gouvernance et de gestion équitable de sa diversité culturelle. N’échapperont donc à ce retour de manivelle de l’histoire que les Etats intelligents qui auront trouvé des formules de décentralisation optimale, conjuguant le volume de leurs ressources et leur géographie.

Le conflit du Mali a également pour cause le hasard de la géologie. Le Sahel regorge de ressources stratégiques. Des gisements de pétrole dorment sous le bassin de Taoudéni, d’autres d’uranium sont au Niger, au Sud de l’Algérie et au Nord de la Mauritanie qui possède une réserve de fer parmi les plus importantes au monde. L’énergie solaire et éolienne du Sahel pourra un jour alimenter une bonne partie des deux continents africain et européen. Qui acceptera que ce potentiel soit exploité au profit d’un seul pays ?

Le Nord du Mali est devenu à partir des années 1990, un lieu de prédilection pour les bandes de trafiquants de tous genres fortement liés à des pans des armées de certains Etats de la région. Ces pans ont laissé se constituer dans ce pays paisible une force hybride pour tirer profit de la rente du trafic en question, offrir au spectre du terrorisme un autre territoire pour prospérer et rendre hasardeuse, voire impossible, l’exploitation des ressources de la zone.

2°Qui a tendu un piège à qui ?

D’emblée, on ne pouvait que soutenir l’intervention de la France pour écarter la menace sur le pouvoir central de Bamako des groupes terroristes, en particulier celui d’Ansar Dine. Maintenant que le danger est partiellement et provisoirement écarté, on ne peut que se demander qui a posé un piège à la France et pourquoi.

Le Gouvernement français préparait lentement son intervention, prenant le temps de préparer son opinion publique, celle de la communauté internationale ainsi que les forces maliennes qui doivent assumer la plus grande responsabilité dans ce conflit. Trois facteurs auraient facilité le succès d’une telle entreprise si elle avait été différée : l’opinion publique nationale africaine et internationale l’aurait mieux soutenue.

Les groupes terroristes auraient davantage sévi contre les populations pour en être définitivement rejetés. La campagne aurait commencé en perspective d’un climat plus clément et non au début la saison des grandes chaleurs. Qui avait donc intérêt à voir la France agir dans la précipitation, avant même la mise en place du dispositif africain ? On semble accuser le Capitaine Sanogo et Iyad Ag Ghali d’avoir été de connivence en déclenchant la descente des groupes terroristes vers Konna, mais pour le compte de qui ces deux hommes auraient-ils agi ?

3° L’enlisement militaire et diplomatique de la France

On constate malheureusement, sans s’en réjouir, bien entendu, que la France est tombée dans un piège sur les plans militaire et diplomatique. Certes, la guerre contre les groupes terroristes ne pouvait pas donner de meilleurs résultats, mais quel bilan aurait-on pu faire après une confrontation entre les beaux mirages français et ceux plus évanescents du désert ? Loin de s’en féliciter, on constate que les forces terroristes sont demeurées quasiment intactes. Des sources conforment cette amère réalité en se fondant sur le fait que les morts parmi ces groupes n’ont pas été montrés, ce qui veut dire qu’ils ne les laissent jamais sur le terrain ou qu’ils en ont eu très peu.

Si la France se désengage ou réduit ses forces comme elle l‘a déclaré, elle laissera un vide que personne d’autre ne pourra combler. Les troupes africaines ne continueront pas à se battre contre l’harmattan pour défendre l’intégrité du Mali et les intérêts supposés d’un autre pays. L’armée malienne n’a pas moins de mérite que toutes celles du continent, mais elle est structurellement incapable de tenir pendent deux jours devant des groupes armés dont chaque élément croit fermement qu’un instant après sa mort, il sera accueilli au perron du paradis par la muse à laquelle il a passé bien des nuits à rêver.

Ce n’est pas une faiblesse propre à l’armée malienne, mais les soldats africains ne combattent plus comme dans l’ancien temps où ils se sacrifiaient pour plaire à leur roi qui, en retour, se hâtait d’adopter leurs enfants après leur mort. Aujourd’hui, ils se battent pour un personnage appelé Etat, anonyme et ingrat qu’ils ne voient pas et qui, après les avoir sacrifiés, laisse leurs enfants mourir de faim.

Quoi qu’il en soit, le processus de reconstruction de l’Armée malienne sera moins rapide que la reconstitution des groupes terroristes qu’on pourrait estimer à plus de sept mille éléments répartis entre les pays du Maghreb, en plus des apports des pays d’Afrique Noire. La réduction des forces françaises pourrait donc être une erreur fatale d’un point de vue tactique, étant donné l’étendue de la zone et les difficultés de communications dans certaines de ces parties. La théorie du Général Von Giap aura un bon terrain d’application, même en l’absence d’une jungle. Le nombre de soldats engagés sera déterminant pour faire échouer cette stratégie fondée sur la dispersion des forces ennemies.

Pour reconstruire les forces armées maliennes, il faudrait nécessairement les unifier. Or, en l’état actuel des choses, la France se voile la face en feignant que le Capitaine Sanogo ne pose plus de problème et que l’Armée est unie derrière un seul commandement. Il faut bien se rendre à l’évidence qu’il existe malheureusement trois armées à savoir celle du Mali, celle du Capitaine Sanogo et celle du MNLA et consorts.

Les élections présidentielles ne changeront rien aux intentions du capitaine putschiste et aux revendications du mouvement sécessionniste, car ces deux acteurs ne contestent pas la légitimité du Président Amadou Toumani Touré. L’élection d’un président dans les meilleures conditions de transparence ne changera donc rien à ces deux logiques, mais le gouvernement français ne semble pas l’avoir compris.

Il tient à ce que les élections s’organisent au mois de juillet, comme si, à cette date, la guerre aura pris fin. Personne ne peut ignorer cependant, que des compétitions électorales dans un tel climat de tension et de multi polarisation de la force armée, peuvent provoquer, au-delà de la classe politique malienne, des divisions dangereuses. Mais le gouvernement français semble croire qu’il est aussi facile de raccommoder les chefs d’Etat que les Etats eux-mêmes.

4° Les conséquences d’une débâcle

Tout le monde sait que les objectifs de l’intervention de la France sont loin d’être atteints et qu’en dehors des troupes tchadiennes adoubées par quelques émoluments qui ne leur ont pas été versés semble-t-il, les forces africaines se sont avérées inopérantes. La plupart des aides militaires se sont limitées à des missions de logistique ou de renseignement. En dépit du succès de quelques opérations et de la mort encore présumée de l’un des chefs des groupes terroristes, le mythe de ces derniers est plus enraciné qu’auparavant dans la mémoire de soldats africains.

A l’effet de ce demi-échec, s’ajoute que les soldats maliens ont commis une grave erreur stratégique monumentale en sévissant, après leur retour à Gao et à Tombouctou, contre les ethnies de l’Azawad sans distinction. Ils sont scellé contre eux l’unité des Touaregs et des Arabes dont l’Etat malien a toujours exploité la contradiction séculaire. Ce sont d’ailleurs ces purges ethniques qui ont justifié la tolérance par les Français de la présence exclusive des forces du MNLA dans la région de Kidal.

Dans ces conditions, la réduction des effectifs français d’un seul homme sera considérée comme une victoire des terroristes et une preuve de leur invincibilité. Cette réduction entrainera également une débandade des forces interafricaines et maliennes et remettra tout en cause. La dernière attaque de Tombouctou, après le repli sur Kidal, a prouvé la justesse de cette crainte.

L’effet le moins important de cette débâcle - puisque s’en est une - sera le déferlement des vagues de jeunes mauritaniens après avoir hésité un moment à rejoindre le champ de bataille. N’est-ce pas tenir le diable par la queue ?

5° Quelle paix maintenir ?

On parle du maintien de la paix au Mali comme si cette dernière était déjà rétablie ou en voie de l’être. C’est un moyen efficace pour se voiler la face, car même si la paix est déjà effective, il faudra que les parties acceptent d’en respecter les conditions. Or, l’une des parties ne reconnait guère la légalité dont se prévaudront les futurs casques bleus. Les groupes en question sont encore ensanglantés par les attaques de l’armée françaises et continueront à s’attaquer à toute force qui viendrait pour les suppléer. Quel sera le coût de ces attaques pour les Nations Unies et les pays participant au maintien de la paix ou plutôt au maintien de la guerre ?

Par ailleurs, il faudra que le problème du MNLA soit résolu d’une manière ou d’une autre avant l’envoi d’une force des Nations Unies au Sahel. C’est une longue et dure négociation que les gouvernants maliens actuels doivent mener, alors qu’ils refusent de l’envisager avec des interlocuteurs autres que les organisations de la société civile de l’Azawad. Il ne suffit pas de dire au MNLA de déposer les armes comme si on parlait à ses propres enfants. Il faudra lui arracher les armes par la force ou négocier avec lui.

Et si les Maliens ne peuvent pas envisager la première alternative en comptant exclusivement sur leur propre force, ils devront s’engager, sans complexe, à opter pour la seconde. C’est d’autant plus nécessaire que si les Arabes du MAA (Mouvement des Arabes de l’Azawad) font des concessions au gouvernement central de Bamako comme d’habitude, le MNLA qui est formé exclusivement de Touaregs lâchera difficilement la région de Kidal.

6° Une solution extrême, mais la seule qui vaille

Déjà, les enjeux du Sahara ont coûté au Maghreb une guerre fratricide qui aura duré bientôt un demi-siècle. Le micro-nationalisme empêche encore la région d’avancer sur le chemin de l’intégration, comme partout dans le monde arabe où, paradoxalement, le discours unitaire ne fait que dissimuler une réelle volonté de division.

Or, les enjeux du Sahara sont beaucoup moins importants que ceux du Sahel. Cette dernière région est plus vaste, plus nantie en ressources du sous sol et mieux placée par rapport aux circuits d’échanges inter continentaux. La recherche d’une solution du conflit qui enflamme cette région et la définition d’une stratégie de lutte contre le terrorisme collatéral doivent se fonder sur six données principales qui s’imposent à l’analyse.

1° Toute solution du conflit mettant en cause l’unité et l’intégrité territoriale du Mali déclenchera une avalanche de scissions des Etats du continent dont aucun n’est hétérogène sur le plan socioculturel. La solution à rechercher devra se concevoir sur le socle de l’unité et de l’intégrité de ce grand pays qui a servi de moule d’assimilation pacifique des peuples du Sahel. Le MNLA et toutes les autres forces revendiquant des droits politiques ou territoriaux doivent renoncer de leur propre chef à tout ce qui serait radicalement contraire à ces deux impératifs majeurs.

2° Le conflit du Sahel est à l’origine la manifestation d’un malaise chronique des populations touaregs, réparties, comme les Kurdes le sont ailleurs, dans tous les pays de la sous région, à l’exception la Mauritanie. C’est une grande ethnie qui cherche à trouver, dans un pays ou dans un autre, un miroir spatial à l’instar des grandes ethnies du Sahel et du Maghreb, en l’occurrence les Arabes en Algérie, les Maures en Mauritanie, les Bambaras au Mali, les Haoussa au Niger et les Mossi au Burkina.

Ce complexe de « miroir cassé » pourrait toucher également les Peuls qui sont, à des différences près, dans la même situation que les Touaregs. Il ne sert donc à rien pour les gouvernants maliens de répéter sans cesse qu’il n’existe pas de problème touareg, car ce sont eux qui l’ont créé, ne serait-ce qu’en négociant avec les mouvements représentant cette ethnie depuis les années 1960.

3° Le conflit couve en réalité un antagonisme entre deux pays qui se prévalent de légitimités historiquement différentes, aggravées tantôt par une opposition d’intérêts économiques. Mais la sous région ne peut pas demeurer éternellement tributaire d’un antagonisme de ce genre qui, de surcroit, trouvera difficilement une solution à moyen terme.

4° Les ressources minières et énergétiques de la région ont trois caractéristiques qui imposent de les exploiter dans le cadre d’une formule partenariale : elles sont immenses, probablement concentrées dans des bassins chevauchant plusieurs pays et certaines d’entre elles (uranium) doivent être exploitées dans des conditions internationalement contrôlées.

5° Le terrorisme est alimenté par trois facteurs essentiels que sont : la rente du trafic de cocaïne d’armes et de cigarettes dont le sanctuaire principal est la Mauritanie contrairement à ce que croiraient les Maliens, le chômage des jeunes dans les pays maghrébins et les programmes d’enseignement dans certains pays de la région.

6° Le peuple malien est certes un grand peuple tolérant, attaché autant qu’il le peut à la démocratie. Il demeure, cependant, victime du « syndrome Sanogo » dont il n’a jamais été réellement guéri. Même le passage du Président Alpha Oumar Konaré a été un simple intermède nécessaire pour tromper la classe politique malienne.

Les pays riverains de la zone du conflit sont dirigés par des juntes militaires qui sont toutes responsables, plus que le général Amadou Toumani Touré, de ce qui se passe dans l’Azawad. Même là où des civils sont assis sur les fauteuils présidentiels, ce sont les généraux qui dirigent effectivement. Et là où des élections ont eu lieu, elles n’ont été que l’occasion de fourbir les uniformes après les avoir utilisés pour faire un hold up d’Etat.

On peut déduire des données développées plus haut que toute solution artisanale, provisoire ou partielle du conflit ne fera que l’envenimer, disloquer l’Etat malien et enflammer les pays de la région, à commencer par la Mauritanie et le Niger. La solution doit donc être juste radicale, durable et internationalement soutenue. Ce n’est pas une mince affaire pouvant donner lieu à des tournées de présidents ou de ministres dont on chatouille l’orgueil en arborant le drapeau de leur pays en guise de reconnaissance.

C’est plus que cela ! Il n’est même pas sûr qu’une conférence internationale sur le Sahel puisse apporter une solution adéquate au conflit. Préconisons malgré tout que cette conférence soit organisée pour regrouper autour de la même table les pays de la région y compris la Nigéria, le Maroc et le Sénégal, les organisations internationales et régionales concernées, les Etats Unis, la Chine, la France, la Russie, le Japon et l’Allemagne.

Cette conférence devra traiter les problématiques liées au conflit, notamment :

1° La reconstruction du Mali sur des bases démocratiques et consensuelles tenant compte, à travers la Constitution et l’organisation territoriale, de deux impératifs majeurs que sont l’intégrité spatiale et la promotion des identités essentielles. La reconstruction du Mali suppose aussi le traitement définitif du syndrome Sanogo » et la civilisation réelle du pouvoir politique.

2° La formulation d’une convention internationale pour l’exploitation des ressources de la région, de manière à en faire bénéficier en priorité les peuples concernés et à utiliser la technologie des grands entreprises, notamment africaines, françaises européennes et américaines. Ce serait une sorte d’accord d’Achnacary sur l’exploitation des ressources du Sahel, y compris l’énergie solaire et éolienne.

3° Une partie des produits de l’exploitation des ressources du Sahel devrait être consacrée à la réalisation de programmes de développement visant principalement à résorber le chômage des jeunes dans les pays du Sahel et du Maghreb. Aucune stratégie de lutte contre le terrorisme négligent cette option ne saurait avoir de résultats durables.

4° La conférence aura à définir une stratégie résolument axée sur la lutte contre le trafic de toutes sortes à travers l’espace sahélien. La recherche des responsables ne doit mettre personne au–dessus de tout soupçon, car la prise du pouvoir qui était auparavant motivée par l’idéologie ou la quête de gloire, est aujourd’hui le fait de groupes mafieux qui utilisent des slogans pouvant attirer le « tout-venant » des sociétés affamées et organisent des élections truquées pour se légitimer.

5° Il est vrai que la démocratie ne se donne pas, mais qu’elle s’arrache au prix de sacrifices constants et substantiels. La conférence internationale sur le Sahel devra seulement interdire de reconnaître, sous quelque prétexte que ce soit, un régime issu d’un coup d’Etat. C’est ainsi qu’elle aura contribué à interrompre le processus actuel d’implantation au pouvoir d’aristocraties militaires, cherchant à prendre exemple sur l’un des pays de la région où les généraux font la pluie et le mauvais temps. En un mot, la conférence devra participer à démilitariser les régimes dans la région, ne serrait-ce que pour tarir les principales sources de conflit.

6° La définition de normes à imposer aux Etats en matière de formulation de programme d’enseignement, car aucune lutte contre le terrorisme ne saurait aboutir à des résultats concrets si les écoles publiques et privées enseignent la haine et le mépris de la différence.

7° La conférence internationale devra trouver une solution au conflit du Sahara dont la gangrène commence à avoir un impact négatif le Sahel. Les Touaregs et les Sahraouis doivent accepter un statut d’autonomie interne qui leur permette de préserver leur identité spécifique tout en évitant d’avoir à gérer des amertumes et des contradictions accumulées et refoulées depuis des dizaines d’années.

8° C’est seulement lorsque les axes précédents auront été traités que les aspects purement sécuritaires pourront être résolus. Les conférences régionales actuelles sur la sécurité ne seront autre chose que des occasions de voyages et de séjours dans les hôtels luxueux, des discours, des murmures et des engagements non tenus. C’est d’autant plus logique qu’on ne peut jamais chasser la fumée avant d’éteindre le feu.

A bon entendeur salut !

Isselmou Ould Abdel Kader
Ecrivain / consultant


Commentaires : 4
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Commentaires (4)

  • jeibgmg (H) 10/04/2013 21:06 X

    une analyse pertinente de la situation au mali qui a été rédigée avec soins vous méritez vraiment d'être lu

  • marlon (H) 10/04/2013 20:48 X

    Analyse inconhérente et pleine de contradictions. C'est le prototype même du pseudo intellectuel mauritanien qui se prend pour le messie et s'improvise en donneur de leçons à des communautés, des peuples et des nations issues de civilisations millénaires.

    Ce sous fifre créé par Taya du néant aurait mieux fait de se "taire à jamais"

  • DEBELLAHI (H) 10/04/2013 20:36 X

    On dit que ce qui se conçoit bien, s'énonce clairement. Ce article en est une éloquente illustration. No comment!

  • shouda (H) 10/04/2013 19:54 X

    A votre place je dirais tous ces aspects et non le contraire! small thing but important, does not it?