15-04-2013 16:13 - France-Mauritanie : « Les Etats n’ont que des intérêts, pas d’amis » (C. De Gaulle)
Cette célèbre boutade du Général De gaulle risque bien d’être la norme dans les affaires franco-africaines et singulièrement dans les rapports franco-mauritaniens y compris par la Gauche française. Mais jusqu’à quand cette vision étriquée des relations bilatérales l’emportera-t-elle sur les exigences d’une coopération normalisée, franche, amicale et séculaire?
Le régime de Aziz, qui prend l’eau de partout, est toujours dans les bonnes grâces du gouvernement français en dépit du changement de gouvernement survenu dans la «métropole» où les socialistes ont repris les commandes de la politique, avec le succès de François Hollande contre Nicolas Sarkozy, à la dernière élection présidentielle.
Une éventualité qui effarouchait à Nouakchott avant que la « realpolitik» ne soit le maître mot des socialistes en France. Les craintes à la pratique se sont d’ailleurs vite dissipées.
Bien au contraire, aucun nuage ne vient aujourd’hui assombrir cette nouvelle lune de miel; si ce ne sont les brouhahas d’un recensement décrié par les travailleurs mauritaniens pour son caractère « discriminatoire » et les accusations d’antisémitisme proférées contre notre ambassadeur à Paris, qui visiblement en retardent la présentation de ses lettres de créances.
Il faut cependant reconnaitre que le régime du président Aziz sorti du manche de Nicolas Sarkozy n’était pas, à priori, le legs préféré des socialistes. Il n’est donc que l’épilogue d’une histoire mouvementée dont les socialistes semblent bien s’accommoder de nos jours sur le Continent.
Les socialistes jouent double jeu !
Un communiqué sans équivoque rendu public le 13 avril dernier et dans lequel le parti socialiste partage, tout en affirmant son soutien au président du RFD, « son inquiétude vis-à -vis de la situation intérieure de son pays et du maintien de la stabilité et de la sécurité en Mauritanie et dans la région». Un appui qui, en d’autres temps, aurait certainement pesé de tout son poids dans l’échiquier politique intérieur de notre pays.
Mais voilà , la rupture « épistémologique» avec un Pouvoir assis par la force du coup d’Etat par la droite française, ne se fait même pas de façade. Pourvu que les intérêts français soient préservés. On peut comprendre dès lors que la France puritaine n’a pas non plus eu le dessus avec le succès socialiste. Les enjeux sécuritaires et économiques sont énormes pour cette France là .
L’essentiel semble aujourd’hui pour la diplomatie française, prise entre mille et un feu, de sauver les apparences ; de jouer à l’équilibrisme avec un partenaire «idéologique» (L’Opposition traditionnelle) et une situation de fait sur le terrain où l’ancien gouvernement français à appuyer la continuité de l’Armée dans le jeu politique. Une diplomatie bien trapéziste dont l’équilibre tient à un cheveu.
En effet, pour le commun des mauritaniens, et à l’orée de la visite, à Nouakchott, du Chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, à la faveur d’une réunion des 5+5, la situation politique, sécuritaire et économique délétère risque de ne pas transparaitre tant que les autorités à Nouakchott satisfont aux besoins stratégiques de la France dans le pays et dans la sous-région en matière de bases arrières de lutte contre le terrorisme notamment.
C’est à cet autel que les autorités françaises pourraient continuer de fermer les yeux sur les violations des droits de l’Homme, sur la déliquescence morale de l’Etat, sur sa gestion calamiteuse et bien sûr sur la non participation de l’Armée mauritanienne à l’opération «Serval» au Mali.
La Diplomatie française continuera-t-elle à mettre en avant les intérêts stratégiques de la France au détriment d’une coopération saine et durable avec les Peuples? Dans un pays où les soubresauts de la vie publique soufflent sur le feu incandescent du Printemps arabe, l’histoire ne peut s’arrêter à des désidératas occasionnels.
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