17-04-2013 07:54 - La féodalité et le Juge nous ont spoliés de notre terre à Barkeywel

La féodalité et le Juge nous ont spoliés de notre terre à Barkeywel

Nous voulons, à travers cette lettre, interpeller les autorités compétentes et l'opinion publique nationale et internationale sur l'injustice manifeste et l'arbitraire caractérisé dont nous sommes victimes; le Juge nous a spolié de la terre (Lieu-dit "Boulehrath", Moughataa de Barkeywel) qui nous a vu naître, que nous avons toujours travaillée et que travaillaient nos ancêtres depuis plus d'un siècle au profit d'un individu qui l'a revendique prétextant que notre père fut son esclave.

La terre en question est une terre agricole que notre père, Mohamed Ould Amar, cultivait pour nourrir ses enfants (Sidi Ould Amar, 75 ans, Mohamed Salem Ould Amar, 62 ans et Elhacen Ould Amar, 70 ans; les deux premiers sont visibles sur la photo). Mais, pour le dénommé Mohamed El mokhtar Ould Khatra, alias Hakka, cette terre est la propriété de son père, feu Mohamed Mahmoud Ould Khatra.

Nous nous rappelons bien de ce Ould Khatra qui nous rendait régulièrement visite et qui prétendait être notre maître et celui de notre père. Il venait à chaque moisson et repartait avec la moitié de la récolte comme le font tous les maîtres d'esclaves qui sévissaient dans les différents oueds de la région.

Mais ce qui est remarquable dans cette affaire est le fait que Ould Khatra n'a jamais habité Boulahrath. Il réside à Diouk, localité située dans la Moughataa de Guérou. Il n'a jamais travaillé cette terre et ne faisait que cueillir le fruit du travail des autres sous prétexte qu'ils furent ses esclaves.

Pour revenir au litige actuel, il se trouve que notre père, feu Mohamed Ould Amar, avait autorisé la dénommée Bayka Mint Mahmoud à cultiver un lopin de sa terre. Après Bayka, sa fille, Lezeiba Mint Soueilem, l'avait aussi cultivée. Après la mort de ces deux femmes, la fille de Lezeiba, Rakya Mint Bilal, a prétendu que son fils, Abdellahi Ould Fati, avait acheté la moitié du lopin en question à Mohamed Elmokhtar Ould Katra (qui tient son titre de propriété du fait que notre père fut esclave du sien).

Quand nous eûmes vent de cette vente, nous contactâmes Rakya pour lui rappeler que la terre nous appartenait et que notre père l'avait seulement prêtée à sa grand mère et que personne ne pouvait en disposer sans notre consentement.

C'est Ould Khatra qui porta l'affaire devant le juge de Barkeywel. Nous expliquâmes au Juge que cette terre appartenait à notre père qui tirait sa propriété des aménagements qu'il y fit, de sa mise en valeur depuis plus d'un siècle et ce selon la règle de base qui dit que "la terre appartient à celui qui la met en valeur".

Nous lui expliquâmes que nous sommes nés sur cette terre et que nous y vécûmes jusqu'à cet âge avancé et y avons investi le travail de toute une vie malgré les sécheresses, les invasions de criquets et autres fléaux naturels. Comment alors comprendre que quelqu'un d'autre puisse avoir le droit de la vendre et d'en disposer juste parce qu'il prétend être le fils de celui qui prétendait être le maître de notre père.

Pour le plaignant, la terre appartenait à son père qui l'a confiée à ses esclaves (allusion à notre père et à Bayka).

Le Juge demanda à chacune des deux parties de produire des témoins à l'exclusion de tous documents ou écrits et en précisant que chaque partie assisterait à la consignation des témoignages de la partie adverse.

Pour ce qui nous concerne, nous avons présenté 13 personnes ayant, toutes, côtoyé notre père et attestant de notre attachement à cette terre. Le Juge les a toutes déclarés recevables et en a consigné les témoignages en la forme convenue.

Quant à la partie adverse, elle produisit une liste de noms dont la majorité des porteurs n'est plus de ce monde et que le Juge a récusée tout à fait logiquement exigeant la présence physique de tous les témoins comme convenu.

Mais que ne fut pas notre surprise quand, quelques jours plus tard, nous apprîmes que Ould Khatra avait présenté dix témoins que le juge avait agréés en notre absence. Parmi les noms de ces prétendus témoins au moins trois correspondaient à des personnes décédés et un à une dame très âgée et aveugle qui habite Nouakchott et dont les fils ont démenti le fait qu'elle ait pu aller témoigner. Les autres sont de nouveaux venus et ne connaissent rien à l'histoire de cette terre.

Mais nous comprendrons la raison de cette volteface quand nous apprenons, de sources particulières, que notre adversaire avait été l'hôte du juge Mahfoudh Ould Mohamed Lemine et que ce dernier avait accepté l'invitation du premier à passer une journée à ses frais à Boulehrath!

C'est ainsi que le Juge avait fini par rendre son verdict en faveur de Mohamed Elmokhtar Ould Khatra lui octroyant la terre sur laquelle nous travaillons. Nous apprendrons plus tard que le même juge aurait voulu rendre son jugement exécutoire pour nous chasser manu militari de notre terre si ce n'était l'intervention du Préfet qui obtint qu'on puisse finir la saison agricole que nous avons déjà commencée. Mais c'est maintenant la deuxième saison que nous ne semons plus alors que cette terre est notre gagne pain unique. Nous ne pourrons pas envisager l'hypothèse d'en être privés la saison prochaine.

Evidemment, nous avions interjeté appel contre ce jugement inique et partisan. L'appel a été introduit près la cour de cassation de la capitale de l'Assaba depuis le mois de Ramadan mais il est pour le moment resté sans réponse. Toutes les portes commencent à se refermer devant nous et nulle part dans cette République une main ne veut nous secourir. Nous continuons pourtant à vouloir régler cette question par les voies pacifiques mais nous commençons à prendre conscience de la vraie discrimination.

Aux autorités compétentes, au Président de la République, au Ministre de la Justice, à l'Administration et aux Organisations de défense des droits de l'Homme nous lançons un appel pressent pour nous venir en aide. Nous sommes des hommes libres et personne ne peut disposer de nos biens ni de nos corps sous prétexte qu'il tenait notre père en esclavage.

L'évocation d'un tel prétexte est un aveu de culpabilité et devrait faire honte à son auteur plutôt que le servir devant la justice. Nous dénonçons ici la collusion et la connivence entre la Justice et les forces féodales en vue de nous spolier de notre unique gagne pain en violation de la Chariaa et du code pénal en vigueur.

Sidi Ould Amar
Mohamed Salem Ould Amar


Le 16 avril 2013



Source : IRA Mauritanie
Commentaires : 9
Lus : 2066

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Commentaires (9)

  • Muhammad (H) 17/04/2013 19:36 X

    Afin une prise de conscience! et c'est déjà positif, si cet escroc revient chez vous renvoyer le se balader.

  • conseil (H) 17/04/2013 17:21 X

    Les Mauritaniens doivent dire la vérité si la justice existe tous ceux qui ont des papiers d’attributions des terres par l’administration dans des zones dont ils ne sont pas originaires doivent eux-mêmes avoir une peur inuit de laisser cette héritage par exemple dans la chamama .

    Il reste des exceptions comme les grandes villes et Nouakchott.

  • hamadel (H) 17/04/2013 12:21 X

    je me rappelle il y a pas longtemps les haratines cachaient leur récoltes chez leurs voisins des que les beydanes débarquent dans le village

  • diallo2256 (H) 17/04/2013 12:21 X

    Vraiment si le président lit cet article il doit donner ordre immédiatement au Wali concerné pour remettre à ces gens leur terres.

    Tous les faits de ce genre doivent etre traités avec la plus grande célérité.

    Des fainéants qui ne foutent rien et vivent sur le dos des autres en emportant la moitié de leurs recoltes: ils doivent tous etre mis au gnouf pour l'éternité.

    Quel honte pour ce pays!

  • Ould Yarg (H) 17/04/2013 10:00 X

    Le gouverneur de L'Assaba c'est cheikh Ould Abdallah Ould elWah, bien que tu as ajoute le Elwah après nos études universitaires, et hier nuit il était a télévision nationale entrain de parler de l'autosuffisance alimentaire et que la population vivait en toute harmonie et que tu en es fier, car sont les directives de notre très haute guide Mohamed Ould Abdel Aziz.

    Mon cher le Gouverneur, the Mederdra Boy lèves toi, et refuse cette injustice contre des Hartines (il parait que tu n’es plus Harto comme ton collègue de classe Bamba ou Ould Billal).

    As-tu oublié tes cours de droit foncier avec Maitre Hacen ? A quoi t’a servit tes études si c’est pour perpétuer l’injustice. Je sais que tu n’es un administrateur d Etat mais un Universitaire et que ta place est plutôt a la Faculté des sciences juridiques et non au gouvernorat, mais au moins c’est trop flagrant cette expropriation

    1-La loi foncière de 1983: « La terre appartient à celui qui la met en valeur » La famille EHEL Amar mettait bien en valeur cette terre, oui ou non ? Oui

    2- La loi sur l’abolition de l’esclavage de1981 & 2007« L’esclavage en Mauritanie a été aboli sous toutes ses formes » et ces lois invalidaient tout argument base sur l’esclavage. Donc il n y a pas de matière ici.

    Kafdha

  • hamadel (H) 17/04/2013 09:22 X

    chers pères
    nous dans la vallée le patronat et des colonels beydans occupent nos terres depuis ould taya et ce régime aussi garde un silence complice ou consentant on ne peut plus attendre de ce gvt

    il faut voir le problème des noirs dans l’enrôlement ils sont humilies chaque jour

  • mohamed hanefi (H) 17/04/2013 08:55 X

    Voilà un problème qui plane sur toutes les terres agricoles depuis les temps immémoriaux.

    Voilà un champ de bataille qui permet au président Mohamed ould Abd Al Aziz de montrer à Dieu et aux hommes qu'il est l'homme du redressement du tort et l'un des soldats d'Allah qui fait régner la justice sur cette terre.

    Dans la Chamama la situation est beaucoup plus grave et plus injuste.

  • Adiekodda (H) 17/04/2013 08:31 X

    Etant fils de ce pays ; je cautionne avec exactitude l’existence de ces propos .En effet ces Bédanes venaient dans les Douabas après chaque récolte cueillir du mil de gré ou de force auprès de ceux qu'ils prétendent être leurs esclaves .Tout le monde le sait et ces pratiques continuent de dominer certains de nos citoyens .Et les vrais lascars profitent toujours .

    Par ailleurs l'Etat sait aussi que certains maures continuent de réclamer la moitié de tout un département ou une région comme étant leur patrimoine .Est-ce que c'est normal ça ?

  • hamaboubou (H) 17/04/2013 08:30 X

    Normalement c'est la CNDH qui devrait prendre en charge ce dossier mais comme cette commission n'existe que de nom et pour établir de faux rapports. C'est IRA qui s'en saisit avec tous les tapages qu'elle commence à nous habituer et c'est tant mieux si ces personnes pauvres arrivent à arracher leurs droits spoliés par un régime corrompu dont sa justice est à son image. br>
    Il suffit de donner à manger au magistrat musulman pour avoir gain de cause, c'est ça la Chariaa, il y a là un problème avec des magistrats musulmans qui ne craignent pas Dieu.