08-05-2013 01:27 - Le Maghreb combat le narco-terrorisme
Tandis qu'al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) ne cesse de raffermir ses liens avec les trafiquants de drogue d'Amérique du Sud et les terroristes colombiens, les états du Maghreb passent à l'action pour lutter contre ces menaces.
Le mardi 30 avril dernier dans la ville portuaire de Nouadhibou, les autorités mauritaniennes ont procédé à l'incinération de plus d'une tonne de narcotiques. Ce butin - record - avait été saisi trois jours auparavant à Zouerate, une municipalité située au nord-ouest du pays.
Le commandant de la seconde région militaire de Mauritanie a indiqué que ces opérations sécuritaires récentes avaient permis "des saisies importantes de drogue", et que des "dizaines de voitures" avaient été également trouvées.
"Les trafiquants et les terroristes qui ont perpétré des attaques dans la zone comme à Tourine et Lemgheity" ont aussi été appréhendés, a indiqué le colonel Mohamedou Ould Ould Bilal.
La semaine dernière encore, le bureau d'Interpol à Nouakchott a annoncé l'arrestation à Madrid de "Farid ", un baron de la drogue qui opérait dans la zone frontalière avec le Maroc. Il s’agit d’un Français d’origine algérienne.
Interpol a publié au mois de mars dernier un rapport identifiant la Mauritanie comme "l’un des pays prisés par les bandes de narcotrafiquants en raison de l’étendue de son territoire, qui rend difficile le contrôle de ses frontières."
Les statistiques de la Gendarmerie nationale font état d’une recrudescence des entrées de produits et de substances psychotropes en Mauritanie.
"Nos services ont procédé à la saisie de 84 kg de chanvre et de 6,246 tonnes de cannabis", a expliqué le colonel Ahmed Ould Eleyouta à Magharebia. "L’an dernier, 60 personnes ont été arrêtées, dans les différents postes de gendarmerie disséminés à travers le pays. 44 kilos de cocaïne, 455 grammes de chanvre indien et 16 grammes de cannabis ont été confisqués".
Selon l’Observatoire Géopolitique des Drogues (OGD) basé en France : "La position à cheval sur le Maghreb et l’Afrique noire de ce pays font que ce territoire commence à être utilisé comme voie de transit alternative des drogues". "La Mauritanie est également une étape entre l’Amérique du Sud et l’Espagne, via les Canaries, qui a commencé à être utilisée par les trafiquants de cocaïne. L’existence d’une diaspora très active de commerçants mauritaniens à travers le monde est également l'un des éléments qui favorise le trafic des substances illicites", indique l'OGD.
"D’autre part, les mesures de répression mises en place dans les pays voisins pourraient inciter les trafiquants à chercher de nouvelles routes, et cela d’autant plus que le processus de paix au Sahara occidental va ouvrir plus largement encore celle du nord. En ce qui concerne la cocaïne, il semble que des trafiquants aient commencé à utiliser la Mauritanie comme voie de transit alternative. La drogue vient par bateau du Brésil, transite par le port de Nouadhibou avant de repartir pour l’Espagne ou la France", ajoute le rapport de l'OGD.
De nouveaux rapports parus dans la presse britannique, la semaine dernière, soulignent les liens croissants entre AQMI et les opérations de trafic de drogues en provenance d'Amérique du Sud.
Le 28 avril, le Sunday Mirror a confirmé les liens entre AQMI et les trafiquants de drogue sud-américains, affirmant qu'AQMI tentait de convertir l'argent tiré du trafic de stupéfiants pour financer les attentats terroristes en Europe.
Le reportage publié dans le journal britannique a affirmé que les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) sont l'un des fournisseurs sud-américains de stupéfiants de contrebande majeurs d'AQMI.
Le journal a indiqué qu'al-Qaida avait adopté des plans visant à trafiquer quatre tonnes de cocaïne - d'une valeur de 168 millions de livres - au Royaume-Uni. Le reportage ajoute que le groupe terroriste a troqué la cocaïne contre des armements dérobés en Libye.
Le 29 avril, l'al-Arab daily, basé à Londres, a fait savoir que les autorités britanniques avaient conscience des liens existants entre AQMI et les trafiquants sud-américains et qu'elles prenaient les précautions nécessaires pour se prémunir contre tout éventuel complot terroriste.
"Dans le passé, la relation entre la branche maghrébine d'al-Qaida et les gangs de trafic de drogue se restreignait à un cercle fermé, principalement représenté par Laaouar," explique l'analyste Abdel Hamid al-Ansari à Magharebia.
Le groupe s'est trouvé embarrassé, précise-t-il, lorsqu'il a fallu "évoquer cette relation avec les gangs de trafic de drogue, dans la mesure où cela venait contredire son projet djihadiste".
"Mais, et même si il ne traite pas de façon directe avec les trafiquants, il les utilise comme clients, les considère comme des partenaires dans le désert, et comme une source de financement", ajoute al-Ansari.
"Aujourd'hui, al-Qaida pourrait recourir à la drogue de façon professionnelle".
Par Bakari Guèye et Jemal Oumar à Nouakchott pour Magharebia
