08-05-2013 10:06 - Loupe du Jour : Pour une relecture lucide des manifestes contre l’oppression et l’esclavage (suite)
Plusieurs années après sa publication, les conséquences du manifeste du négro-mauritanien opprimé ont continué à poursuivre une communauté comme si le droit de dire non à l’arbitraire et à l’oppression est un crime. Quoi de plus pacifique que d’écrire un document pour dresser un constat et proposer des solutions pour régler la question de l’unité nationale.
Surtout à une période cruciale de l’avenir politique de la Mauritanie. La communauté négro-africaine dans son ensemble a subi l’injustice, la négation de ses valeurs de la part d’un pouvoir pris en otage par des lobbies extrémistes qui ont investi toutes les sphères de décision.
Les administrations ont été nettoyées de leurs cadres francophones assimilés à des valets de l’occident et stigmatisés comme des étrangers, des venus d’ailleurs. Cette image fabriquée de toute pièce vise à justifier les plans de liquidation des négro-africains pour débarrasser le pays de sa composante non arabe.
Ce fut la plus grande violence contre le genre humain dans ce pays qui n’a rien à envier aux nettoyages ethniques dans d’autres contrées. Ce qui est dramatique dans ces faits, c’est quand c’est l’Etat qui dressa des citoyens contre d’autres en violation flagrante des droits humains.
Les préjudices nés de cette croisade odieuse sont énormes et irréparables. Il faut qu’ensemble les mauritaniens tirent les leçons de ces faits pour œuvrer à la construction de l’unité nationale et à la criminalisation de tout discours faisant l’apologie de la négation des autres.
Aussi comme la si bien insinué le Manifeste du » négro- mauritanien opprimé », l’arabité de la Mauritanie ne doit pas se bâtir sur les ruines des autres cultures nationales. Il faut que les mauritaniens apprennent à s’écouter, à se respecter et à se tolérer dans leurs différences. Il est dommage de continuer à jouer sur la fibre communautaire et s’en prendre aux autres parce qu’ils sont différents.
Les dernières résurgences de cette instrumentalisation de l’Etat se sont manifestées à travers les opérations d’enrôlement qui ont réveillé les tensions épidermiques. Un pays qui veut avancer doit renforcer d’abord son unité qui passe par la reconnaissance culturelle de ses fondements historiques.
La Mauritanie a existé avant les indépendances. Toutes les populations qui la composent viennent d’un passé lointain dont les traces sont visibles aux quatre coins de ce vaste territoire qui a vu des royaumes et des empires exister et rayonner pendant des siècles. Les grands Etats doivent leurs forces à l’intégration de toutes les énergies culturelles.
En Mauritanie cette réalité souffre d’une résistance des démons du mal à libérer le pays des préjugés abominables qui portent atteinte à la cohésion sociale. Les citoyens vivront en paix et en harmonie tant que leur pays est perçu comme un kaléidoscope riche de leurs diversités. Pour que cesse l’image dévalorisante et déformante que le négro- mauritanien porte sur l’arabe ou que la Hartin porte sur les autres.
Cheikh Tidiane Dia
