17-05-2013 12:40 - Un salarié de la Croix rouge soupçonné d'avoir aidé le djihadiste Gilles le Guen

Un salarié de la Croix rouge soupçonné d'avoir aidé le djihadiste Gilles le Guen

Mohamed Ould Ali a rencontré Gilles le Guen à Tombouctou. Par ailleurs, il aurait reconnu l'avoir aidé à récupérer de l'argent venant de France, à plusieurs reprises.

Un employé du Comité international de la Croix rouge a été placé en garde-à-vue à Bamako. Il est soupçonné d'avoir aidé Gille le Guen, le djihadiste français expulsé vers Paris en début de semaine, à percevoir de l'argent envoyé de France.

Ce sont les gendarmes qui sont venus chercher Mohamed Ould Ali chez lui, mercredi après-midi, pour le mener au Camp 1 de Bamako, où il est depuis retenu. Ce ressortissant de la ville de Tombouctou est soupçonné d'avoir aidé Gilles le Guen, le djihadiste français expulsé vers Paris en début de semaine, à percevoir de l'argent.

Selon une source sécuritaire malienne très proche du dossier, c'est le Français lui-même qui, dans sa déposition, affirme que sa mère envoyait de l'argent de France vers Bamako, où Mohamed Ould Ali le réceptionnait avant de le lui donner, à Tombouctou.

Selon cette même source, le Français affirmerait que le procédé se serait répété tous les mois, de juin 2012 jusqu'à son arrestation, avec Mohamed Ould Ali ou avec son beau frère. «On peut penser qu'au début, il ne savait pas, explique cette source, mais il a continué même après avoir vu la vidéo où il se présente en jihadiste et menace la France.»

«Il voulait une guerre sainte»

Interrogé par les gendarmes maliens, Mohamed Ould Ali aurait reconnu avoir joué l'intermédiaire à deux ou trois reprises, en son nom propre et non en celui de son employeur, le Comité international de la Croix rouge (CICR). Alexandre Faîte, chef de mission du CICR au Mali, affirme qu'il «ne se prononce pas sur la véracité ou non des faits», qui demeurent selon lui «pas très clairs à ce stade», mais souligne: «c'est une affaire qui concerne un de nos employés mais qui n'a rien à voir avec ses responsabilités au sein du CICR.»

Mohamed Ould Ali ne se cachait du reste pas d'avoir rencontré Gilles le Guen, lorsque ce dernier habitait à Tombouctou. «Je l'ai connu, confiait-il au Figaro il y a quelques semaines, il est contre l'ordinateur, contre l'électricité, contre tout ce qui détourne de la prière! C'est un intégriste qui ne parle que d'Islam et de désert.» Et d'expliquer qu'«à la fin, il était en colère contre les gens d'Aqmi qu'il ne trouvait pas assez dévoué: il voulait une guerre sainte, sans banditisme.»

Le père de Mohamed Ould Ali aurait été enlevé par des soldats maliens

Mohamed Ould Ali
ne semblait alors pas inquiété par l'arrestation du jihadiste français. Inquiet, en revanche, il l'était pour son père: le vieux Ali Ould Mohamed Kabbad est en effet l'un des commerçants arabes enlevés le 14 février dernier dans le quartier d'Abaradjou, à Tombouctou, vraisemblablement par des militaires maliens. Depuis, Mohamed Ould Ali remuait ciel et terre pour tenter de découvrir ce qui était arrivé à son père.

Six soldats maliens ont été arrêtés à Tombouctou et rappelés à Bamako, dans le cadre de cette affaire. De source militaire, les six hommes seraient passés en conseil de discipline mais les conclusions se font toujours attendre. Selon l'ONG de défense des droits de l'homme Human Rights Watch, «il semblerait qu'ils [les commerçants arabes, ndlr] aient été tués quelques jours plus tard alors qu'ils se trouvaient sous leur contrôle.»

Mohamed Ould Ali avait également choisi de quitter Tombouctou et de s'installer à Bamako avec ses jeunes frères et sa femme. Son dossier doit être transmis au procureur qui décidera d'éventuelles poursuites.

Par David Baché



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