04-07-2013 01:29 - ONUFemmes : Communiqué de presse
L’an dernier, alors que les rebelles mettaient la main sur les principales villes du nord du Mali, ONU Femmes a enregistré une augmentation soudaine et spectaculaire des viols durant la première semaine qui a suivi la prise de Gao et de Kidal, en des lieux où la plupart des femmes ne racontent jamais à personne ces violences, pas même au personnel médical.
Nous avons entendu des histoires de filles âgées de douze ans à peine, enlevées de leur foyer et conduites dans des camps militaires, violées collectivement durant des jours entiers, et abandonnées ensuite à leur sort;
Des histoires de salles d’opération et d’accouchement envahies par des hommes armés imposant des codes vestimentaires et occupant les établissements de santé; des histoires de jeunes femmes punies, fouettées et torturées parce qu’elles étaient enceintes sans être mariées.
Cette semaine, le Conseil de sécurité des Nations Unies a pris connaissance d’atrocités semblables perpétrées dans d’autres endroits du monde. En cinq ans seulement, il a adopté sa quatrième résolution consacrée exclusivement à la question de la violence sexuelle durant les conflits armés.
Ces crimes qui étaient, jusqu’il y a peu, invisibles, ignorés, ou considérés comme une conséquence inévitable de la guerre, sont maintenant régulièrement combattus par l’organe mondial chargé du maintien de la paix et de la sécurité internationale. Cette victoire politique, destinée à transformer en aberration la pandémie de violence envers les femmes, n’est pas la seule à avoir été engrangée ces derniers mois.
En mars, la Commission de la condition de la femme, le principal organe directeur consacré à la promotion des droits des femmes, a conclu un accord historique sur la violence envers les femmes. Cette déclaration tournée vers l’avenir engage les États membres à entreprendre des actions qui n’avaient encore jamais été explicitées aussi clairement dans des documents internationaux, y compris en cas de conflit ou de situation post-conflictuelle.
En avril, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté un nouveau Traité sur le commerce des armes, qui impose aux États exportateurs d’armes signataires du Traité de tenir compte du risque que les armes soient utilisées « pour commettre ou faciliter de graves actes de violence fondée sur le genre ou de violence envers les femmes. »
Toujours en avril, la Représentante spéciale du Secrétaire général chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit a dénoncé nommément les auteurs de ces crimes dans son rapport annuel au Conseil de sécurité.
En outre, les huit nations les plus riches du monde ont conclu un accord historique par lequel elles s’engagent à collaborer pour mettre fin à la violence sexuelle en temps de conflit. Sous la présidence du Royaume-Uni, le G8 a convenu de six mesures importantes pour mettre un terme à l’impunité et a promis un nouveau financement de plus de 35 millions de dollars US.
Ces développements politiques s’accompagnent d’exigences croissantes en faveur de l’autonomisation des femmes et de l’égalité des sexes, et d’un refus de plus en plus net de la violence envers les femmes. Cette année a commencé par des manifestations massives dans les principales villes indiennes, à la suite d’un viol collectif brutal à Delhi.
Des révoltes populaires contre la violence sexuelle ont ensuite éclaté au Brésil, en Afrique du Sud et dans d’autres pays. Jamais auparavant, on n’avait vu un tel niveau mondial de mobilisation populaire à la suite de cas de violence envers les femmes.
Ce qui est encore plus frappant, c’est que cette mobilisation a lieu alors que le fondamentalisme croissant, l’austérité généralisée et un militarisme continu menacent de faire régresser les droits des femmes et de reléguer la défense de l’égalité des sexes au second plan. Aujourd’hui, les militants des droits des femmes doivent risquer leur vie pour dénoncer les viols perpétrés au Mali.
Les réfugiées qui fuient la Syrie sont soumises à des mariages forcés et précoces au sein des communautés de réfugiés dans les pays voisins. En Afghanistan et au Pakistan, des attentats révoltants sont commis contre des filles qui veulent simplement avoir accès à la scolarité. Les réalités que l’Organisation mondiale de la santé a récemment qualifiées de « problème de santé mondial aux proportions épidémiques » sont pratiquement inchangées.
Que ce soit dans des pays riches ou pauvres, en paix ou en guerre, plus d’un tiers des femmes et des filles connaîtront la violence au cours de leur vie, et pour la très grande majorité d’entre elles, de la part de leur partenaire.
La dernière résolution du Conseil de sécurité et les autres victoires politiques récentes sont des signes de progrès.
Désormais, il convient de transformer ces paroles encourageantes en actions. En effet, l’investissement dans l’autonomisation et le leadership des femmes est la plus efficace des stratégies de lutte contre la violence à leur égard.
Ce n’est pas un hasard si la majorité des progrès accomplis par la jurisprudence internationale dans la répression des crimes de guerre contre les femmes ont eu lieu sous l’impulsion de pionnières à la tête de tribunaux internationaux ou diligentant des poursuites internationales.
Dans le même esprit, des lois et des actions policières ne suffisent pas à aider une femme battue à échapper à sa situation et à commencer une autre vie. Seule une plus grande égalité entre les sexes pourra inverser la tendance et prévenir la violence envers les femmes et les filles, et y mettre un terme.
Ces mesures positives doivent être concrétisées par des actions décisives entreprises par les gouvernements nationaux. Ceux-ci doivent veiller à ce que la violence envers les femmes et les filles ne puisse sévir. Et lorsque la violence éclate, ils doivent y réagir de façon rapide et adéquate, notamment en assurant aux victimes un accès effectif à la justice.
Une étroite coopération internationale entre les entités multilatérales et régionales, dont ONU Femmes, sera nécessaire pour autonomiser les femmes et les filles et pour mettre fin aux atrocités commises. Les organisations de la société civile et le mouvement mondial des femmes devront déployer des efforts intenses pour rappeler aux gouvernements nationaux et aux organisations internationales que les mots ne suffisent pas, que quelques actions ne suffisent pas, et que nous devons viser plus haut et garder le cap.
Par Lakshmi Puri
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