20-07-2013 14:11 - M’Bagne : Les citoyens peinent à s’enrôler
Les populations venus de presque tous les villages de la moughataa assister, vendredi dernier, au meeting des cadres de l’UPR à M’Bagne, étaient tous unanimes à réclamer des papiers d’état-civil.
Tous se sont plaints des obstacles et obstructions auxquels ils sont confrontés pour se faire recenser. Certains se sont même demandés s’il ne s’agit pas d’une « conspiration » visant à empêcher les populations de la vallée du fleuve Sénégal de voter pour Mohamed Ould Abdel Aziz et les listes qui le soutiennent, lors des prochaines élections.
De Winding à Belel Gawdé, de Sorimalé à Woloum Hatar, les populations des cinquante-deux villages subissent comme une espèce de privation.
Selon elles, les obstacles dressés ne sont attribuables qu’au soupçon de ce que, riveraines du fleuve, elles faciliteraient les « infiltrations » de leurs cousins sénégalais. Comment cohabiter, alors, avec des gens qui continuent à considérer que tous les noirs du fleuve sont des sénégalais ? C’est inadmissible.
Les obstructions se situent à deux niveaux. D’abord, au centre d’accueil où il faut supporter les lubies des agents qui, à en croire les recensés, vous posent les plus insolites questions. « On nous demande les noms et origines de nos arrière-grands-parents », nous ont raconté plusieurs villageois.
Par ailleurs, le personnel des centres entre en week-end dès le mercredi et ne commencent qu’à bosser tard, n’hésitant pas, en cette période de grande chaleur, à laisser cuire les gens en rang, dès les premières heures de la matinée. Seuls les citoyens qui savent s’armer de patience ont quelque chance de faire partie des rares qui arrivent se faire recenser. C’est un vrai parcours du combattant qu’ils doivent accomplir.
Mais la plus grosse difficulté demeure l’absence coutumière du cadi de la moughataa. Personne, donc, pour établir jugement. Des actes pourtant indispensables à l’enrôlement, parce que nombre de citoyens de la vallée demeurent confrontés à des problèmes d’état-civil.
C’est devenu fréquent, pour ne pas dire quotidien, que des personnes soient obligées de parcourir des dizaines de kilomètres, en louant voiture ou charrette, avec leurs témoins à leur suite, pour seulement s’entendre dire que le cadi est absent. Pour régler le problème, il suffirait d’affecter, à M’Bagne, un natif de la moughataa qui n’osera dire qu’il craint les moustiques et qu’il ne peut, par conséquent, pas dormir sur place.
A l’occasion du meeting de M’Bagne, les militants et sympathisants de l’UPR mais, aussi, d’autres partis politiques espéraient recevoir, de la bouche des cadres, la bonne parole ; c'est-à -dire la fin ou, à tout le moins, l’adoucissement de ces contraintes. Beaucoup sont repartis déçus, après avoir interpellé les acteurs politiques. « Nous voulons voter pour vous mais, sans papiers d’état-civil, c’est impossible ! », ont lancé certains.
Unanimement salués à leur ouverture dans les communes, les centres d’accueil n’ont donc pas facilité la tâche aux citoyens de la vallée qui devaient, auparavant, se déplacer jusqu’à Nouakchott pour se faire recenser. Bien au contraire. Pourtant, les responsables de l’agence d’enrôlement n’ont cessé de clamer que tous les Mauritaniens disposant de papiers ou pouvant justifier leur citoyenneté seraient enrôlés. Chez eux. Pas M’Bagne, apparemment.
