27-07-2013 20:02 - Aux obsèques de Brahmi, la foule scande : «Nous te vengerons, martyr !»
Alors que le gouvernement islamique d'Ennahda est sous la pression de la rue depuis l'assassinat, jeudi, de l'opposant Mohamed Brahmi, une marée humaine a assisté ce samedi aux funérailles du député de gauche.
Signe fort : le chef de l’armée, Mohamed Salah Hamdi, était présent dans le cimetière pour accompagner le défunt jusqu’à sa tombe. La famille de Brahmi a en revanche refusé la présence de représentants du gouvernement lors de cette cérémonie.
Enveloppé du drapeau national rouge et blanc, et escorté par un imposant dispositif militaire, le cercueil de l'élu, exécuté par balles devant chez lui, à 10 km au nord de Tunis, a quitté le domicile de la famille un peu avant 10 heures.
Ce cortège conduit par sa veuve et sa mère a rassemblé des milliers de personnes en empruntant un parcours longeant l'avenue centrale Habib-Bourguiba de Tunis jusqu'au cimetière d'El Jellaz, décoré par de nombreux drapeaux nationaux, dans le sud de la capitale.
«Une nouvelle révolution est nécessaire !»
Sur le parcours, les manifestants ont entonné l'hymne national en criant des slogans hostiles au pouvoir. «Par notre âme, par notre sang, nous te vengerons martyr», a scandé la foule d'une seule voix. Des centaines de personnes ont aussi fait le déplacement de Sidi Bouzid, ville natale du défunt et berceau du soulèvement qui a renversé le régime de Ben Ali en 2011, théâtre de manifestations la nuit dernière contre le gouvernement.
Seul incident sur le parcours : vers 11 heures, la voiture transportant la dépouille de Mohamed Brahmi est tombée en panne. Plusieurs personnes ont été obligées de pousser le véhicule jusqu'au cimetière.
A son arrivée, les manifestants ont une nouvelle fois entonné l'hymne national avant de lancer des slogans hostiles au pouvoir : «Mohamed Brahmi, Chokri Belaïd : une nouvelle révolution est nécessaire !» ou encore «Le peuple veut la chute du gouvernement !» Dans son discours l'avocat Nasser Laouini, qui s'est fait connaître pendant la révolution de Jasmin en Tunisie en 2011 pour son opposition au régime de Ben Ali, a appelé l'armée «à rester comme elle l'a toujours été, à côté du peuple».
Le défunt devait ensuite être mis en terre dans le «carré des martyrs» où repose déjà Chokri Belaïd, homme politique assassiné lui aussi par balles devant son domicile en février.
Manifestation devant l'Assemblée
Après les obsèques, les manifestants ont décidé d'aller manifester pour demander la dissolution de l'Assemblée nationale constituante (ANC) alors qu'une quarantaine de députés ont déjà démissionné. La police a dispersé ce rassemblement, en tirant de grande quantité de gaz vers les manifestants qui affluaient sur la place du Bardo.
La famille de Brahmi accuse Ennahda et les autorités d'être impliqués dans ce crime. C'est sans doute un islamiste salafiste proche d'Ansar Ashariaa, une organisation jihadiste liée à Al-Qaïda, qui a ouvert le feu. «Les premiers éléments de l'enquête ont montré l'implication de Boubaker Hakim, un élément salafiste extrémiste», a pour sa part déclaré vendredi le ministre tunisien de l'Intérieur, Lotfi Ben Jeddou. Et d'ajouter : «L'arme utilisée pour abattre Mohamed Brahmi est la même qui a servi à tuer Chokri Belaïd.»
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