30-07-2013 09:30 - Gendarmerie de Ould Yenge (Guidimagha) : Deux enfants torturés pour avouer un vol
Selon les familles des jeunes Adama Khalilou Bâ (11 ans) et Sidi Mohamed Ould MBareck (10 ans), résidant à Ould Yenge (Wilaya du Guidimagha), leurs enfants sont détenus depuis jeudi 25 juillet 2013 à la Brigade de gendarmerie.
Torturés pour leur faire avouer un vol commis sur un gendarme dénommé Cheikh Ould Saïd, l’un des gosses, Adama Khalilou Bâ serait gravement malade selon ses parents, qui indiquent que la brigade leur a refusé l’autorisation d’amener leur gosse se faire consulter par un médecin.
Tout serait parti lorsque le gendarme Cheikh Ould Saïd déclara que son argent, qu’il avait gardé dans une valise, a été volé. Il aurait entrepris de mener sa propre enquête. Au bout de quelques jours, n’ayant pas trouvé de piste, il aurait croisé le jeune Adama Khalilou Bâ, né en 2002, en train de prendre de l’eau dans une fontaine.
Il aurait demandé au gosse de lui amener de l’eau chez lui. Une fois que l’enfant s’est exécuté, Cheikh Ould Saïd l’aurait menacé, lui demandant d’avouer que c’est lui et ses amis qui ont volé son argent ou qu’il subira les pires sévices. Effrayé, l’enfant aurait avoué. Comme le gendarme insistait pour avoir un complice, il lâcha le nom de son ami Sidi Mohamed Ould MBareck, âgé de 10 ans.
Les deux gosses selon les témoignages de leurs familles ont été torturés au point que le jeune Adama Khalilou Bâ souffrirait de douleurs pulmonaires à cause des mauvais sévices. Ses parents qui ont demandé à le faire consulter se seraient heurtés à un refus catégorique de la gendarmerie locale. Sa mère est depuis lors assise sous le soleil et la fraîcheur de la nuit devant la brigade, jurant qu’elle ne quittera les lieux que lorsqu’on lui rendra son enfant.
La tension serait actuellement à son comble à Ould Yenge où les populations semblent de plus en plus excédées par les exactions des autorités locales, notamment la gendarmerie. Aux dernières nouvelles, des ONGS des droits des enfants seraient en route vers Ould Yenge comme ont été informés les responsables d’UNICEF.
Pourtant, les femmes voisines du gendarme Cheikh Ould Saïd lui auraient révélé que c’est sa femme qui a volé son argent et qu’elles en ont les preuves. Rien n’y fait.
Selon l’association des jeunes de Ould Yenge qui a pris l’affaire en main, la tension est actuellement vive dans leur ville et que la situation risque de dégénérer, d’autant plus que ce n’est pas la première fois, selon elle, que les populations peulhs et haratines largement majoritaires, fassent l’objet d’exactions.
Ils citent des assassinats et des viols camouflés avec la complicité de la brigade locale, citant le cas d’un infirmier d’état resté impuni à ce jour. Les éleveurs peulhs seraient particulièrement visés, eux qui font l’objet de menaces récurrentes et de rackettes, selon l’association qui note que très souvent, les gendarmes leur prennent de force des moutons chaque fois qu’ils amènent du bétail à vendre dans la ville.
Selon l’un des porte-paroles de l’Association des jeunes de Ould Yenge, Diallo Abdoulaye, c’est ici l’occasion d’interpeller le président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz sur la situation dangereuse dans cette Moughataa du Guidimagha. Situé loin de la capitale régionale, Sélibaby et encore plus loin de la capitale politique du pays, Nouakchott, désenclavé et oublié, Ould Yenge serait depuis des années sous la férule d’autorités administratives et sécuritaires qui y mèneraient leur propre loi, faisant souffrir la population locale.
Traités en citoyens de seconde zone à qui les pogroms des années 86-91 sont souvent rappelés pour les intimider, les habitants peulhs de Ould Yenge vivraient ainsi dans une véritable peur. Aussi, ont-ils tenu à rappeler qu’ils avaient voté massivement pour Ould Abdel Aziz en 2009 pour vivre en toute dignité et qu’ils en appellent à sa sollicitude et à celle de NDiaga Dieng, Chef d’Etat-major de la gendarmerie nationale, pour que les populations de Ould Yenge puissent jouir des mêmes droits que le reste de la population mauritanienne.
MOMS
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