31-07-2013 19:54 - Les mendiants de Nouakchott : « Ma profession ? Mendiant »
Malgré les multiples opérations menées par les Autorités publiques visant à mettre un terme à la mendicité, les mendiants restent nombreux. Les programmes de lutte ou d’éradication de la mendicité ne semblent pas pouvoir mettre fin à ce phénomène.
Les mendiants sont partout à Nouakchott, dans les quartiers aisés comme dans les quartiers pauvres. Ils fréquentent les administrations, les commerces, les maisons, occupent les rues et les carrefours.
Jointes par nos soins, deux mendiantes se confient : « la mendicité est ma profession, c’est mon métier, c’est grâce à elle que je subviens aux besoins de ma famille » dit notre première interlocutrice qui ne semblait pas trop se plaindre de sa situation : « il m’arrive de gagner quelques pièces de monnaie comme il m’arrive de me retrouver avec beaucoup d’argent en fin de journée »
A la question de savoir combien gagne-t-elle par jour, elle restait vague, affirmant : « je peux gagner de grosses sommes ! ». En fait, les mendiants gagneraient entre 2 000 et 10 000 UM par jour !Cependant, il arrive, dans de rares occasions, qu’ils rentrent chez eux les poches légères. Pendant le Ramadan, les gens semblent plus portés vers la religion et donc plus généreux et les mendiants gagneraient beaucoup plus d’argent !
Il arrive qu’ils finissent leur journée avec 20.000 UM ou plus ! Et notre seconde interlocutrice de dire : « je suis trop vieille et bien trop faible pour travailler. Mes filles n’ont pas atteint l’âge de travailler. Nos seuls revenus nous proviennent de la mendicité ».
Ces deux mendiantes disent avoir chacune comme logis, un squat ou un logement précaire dans un quartier périphérique de Nouakchott. Chaque matin, elles prennent un taxi pour se rendre à leur « lieu de travail », le centre ville de la capitale.
Le transport leur coûte environ 500 UM pour la course soit 1.000UM par jour en aller et retour.
Les mendiants sont des personnes de tous âges. Il y a des enfants, des jeunes filles, des femmes et des personnes âgées.
Il y a parmi eux, des handicapés physiquement ou mentalement mais aussi des handicapés simulés. Il y a lieu de se demander si, parmi les mendiants, il n’y a pas une proportion de mendiants simulés.
Pour ceux-ci, plusieurs stratégies sont adoptées afin d’attirer l’attention, la sympathie voire la clémence des individus.
Le mendiant se vêt en haillon, il se procure un masque triste ou une situation affligeante par exemple : il existe des femmes qui louent des bébés et les exposent à l’égard des passants.Elles ciblent en général de petits jumeaux de familles pauvres qu’elles trainent avec elles durant leurs pérégrinations dans la capitale.
On les retrouve dans les grands centres commerciaux et aux portes des bureaux administratifs.Il existe différents types de mendiants à Nouakchott. Certains font des quartiers résidentiels, leur cible ; ils y demandent la charité en faisant du porte à porte, acceptant des pièces de monnaie, des vêtements et des denrées alimentaires.
Il s’agit soit de jeunes garçons communément appelés « Almoudos », soit de personnes âgées. D’autres fréquentent les administrations (bureaux, sociétés…). Ceux-là ne prennent en général comme aumône que de l’argent.
D’autres encore occupent les grandes avenues et les rues, sollicitant à tout bout de champs les usagers des espaces publics. Ce sont souvent des jeunes garçons ou des hommes du troisième âge.Ils visent leur « cible », savent choisir le moment idéal pour l’aborder, et inlassablement, répètent le même refrain, en tendant la main : « je n’ai pas mangé depuis deux jours… ».
D’autres, tenant en main une ordonnance, tentent de persuader leur interlocuteur pour une contribution à son achat des médicaments qui lui seraient prescrits.
De nombreux mendiants ont leur point de chute dans les grands carrefours du centre ville, où du matin au soir, tentent de profiter de l’arrêt des voitures aux feux rouges pour demander la charité. Ils se faufilent entre les véhicules, y compris les handicapés, au risque de leur vie, entre les voitures, introduisant leurs mains à l’intérieur de celles-ci.
Une autre catégorie de mendiants est formée de ceux-là qui prennent pied devant les mosquées, les centres de santé, les hôpitaux, persuadés qu’en ces lieux, la sympathie, l’esprit de solidarité, d’entraide et de pitié poussent davantage les hommes à la générosité. C’est cette générosité que recherchent des mendiants d’un style nouveau, qui attendent la fin de prière dans une mosquée, pour se dresser devant la foule de musulmans et demander de l’aide.
Il existe toutefois, des personnes qui sont dans une extrême pauvreté, sont dans des situations humaines pitoyables et en danger. Elles ont des problèmes familiaux, n’ont pas de logement, ne disposent pas de moyens pour se soigner et sont obligées de mendier pour survivre.
Ils sont des milliers de sans logis, certains handicapés physiques ou mentaux, qui vivraient avec beaucoup moins d’un dollar par jour. Des handicapés, des vieux affaiblis, des femmes porteuses d’enfants et des enfants errants.
Ce sont ces milliers d’hommes et de femmes qui, pour survivre, passent la journée à sillonner la ville de Nouakchott en quête de pitance. Ce sont aussi ces centaines de jeunes Almoudos que les parents ont confié à des marabouts « indélicats » qui leur fixent une dime quotidienne.
Il est incontestable qu’une pauvreté terrible gangrène Nouakchott où certaines familles n’ont pas le moindre revenu. D’autres familles gagnent moins de 10.000 UM par mois. En fin de compte, le métier de mendiant est plus lucratif.Faut-il noter depuis quelques années la présence de réfugiés touareg, complètement démunis, qui a contribué à l’amplification des mendiants de Nouakchott.
Aussi, dans la misère globale qui sévit en Mauritanie, la question à se poser c’est :comment donc distinguer les véritables mendiants des mendiants simulés - ou des personnes pauvres mais qui pourraient gagner leur pain plus dignement moyennant un petit coup de main ? Pourquoi certains mendiants gagnent mieux leur vie que d’autres ?
Peut être parce que les plus nécessiteux s’imposent moins et sont plus discrets. Les vrais pauvres qui ont le plus besoin d’aides sont ceux qui dorment dans les rues.
Sehiya. D, en collaboration avec MOMS
