29-09-2017 12:00 - Mauritanie, l’honneur perdu du juge Jean Louis Brugière

Mauritanie, l’honneur perdu du juge Jean Louis Brugière

Mondafrique - Comment l’ancien patron français des enquêtes judiciaires contre le terrorisme, Jean Louis Brugière, peut-il participer en Mauritanie à la police politique du régime du colonel Mohamed Ould Abdel Aziz?

Le lundi 25 septembre, l’ancien juge anti-terroriste Jean Louis Brugière s’offrait un discret et rapide voyage à Nouakchott. L’ex star du pôle anti-terroriste de Paris était accompagné par un avocat franco-mauritanien, Jemal M. Taleb, “l’ambassadeur” officieux à Paris du président Aziz dont il gère les basses besognes et les interventions discrètes auprès des parlementaires ou des journalistes français.

Les liens sont étroits entre l’avocat et la Présidence mauritanienne, ponctués pourtant de brouilles passagères lorsque voici deux ans, la propre sœur de Jemal et fonctionnaire à Nouakchott était jetée en prison, accusée d’avoir touché de spots de vin. Depuis, le malentendu a été dissipé et la sœur de Jemal libérée.


L’avocat Jemal M. Taleb, avocat franco mauritanien, est “l’ambassadeur” officieux du président Aziz,. Il participait, lundi à Nouakchott, à la réunion d’un cabinet noir qui organisait la traque des opposants.

D’après nos informations, Brugière et Jemal qui se voient fréquemment à Paris auraient été accueillis à la Présidence de la République par les plus proches conseillers de Mohamed Ould Abdel Aziz.

Un cabinet noir


Normal, pouvait-on penser, que Jean Louis Brugière, expert incontestable en matière de terrorisme, réfléchisse avec un chef d’Etat d’Afrique de l’Ouest sur les meilleurs moyens de lutter contre les djihadistes.

Après tout, les cinq pays du Sahel membres du G5 (dont la Mauritanie) mettent actuellement en place, dans des conditions difficiles, une force militaire commune. Le juge Brugière qui bénéficie d’un contrat d’un montant, d’après nos informations, de 100000 euros avec la Mauritanie, a un solide alibi pour se rendre à la Présidence.

Et il y a beaucoup à faire sur ce terrain: le Président Aziz, au mieux avec les Saoudiens, est engagé dans des liens troubles avec la mouvance salafiste qui envoie à Nouakchott ses Imams les plus rétrogrades. Sans parler des communiqués que publient les groupes djihadistes sur des sites internet contrôlés par le pouvoir.

Sauf que le juge Brugière et l’avocat Jemal n’étaient pas à Nouakchott pour parler des menaces sécuritaires qui planent sur le régime mauritanien.

Une justice d’exception

Lundi à Nouakchott, le cabinet noir improvisé se serait penché sur les meilleurs moyens de pourchasser les opposants qui se dressent de plus en plus nombreux contre un régime mauritanien liberticide qui a lancé des mandats d’arrêts contre tout ce qui bouge: de nombreux sénateurs, des journalistes et des syndicalistes indépendants ainsi que des hommes d’affaires, qu’il s’agisse de l’ancien patron des patrons mauritaniens et grand mécène, Mohamed Bouamatou, ou son directeur général, Mohamed Ould Debagh (représentant de l’opposition devant l’UE et la CEDEAO).

Tous deux, réfugiés à l’étranger, sont devenus les ennemis publics numéro un du régime.

Face à une opposition résolue, le régime piétine toute séparation des pouvoirs. La Présidence prend l’initiative d’enquêter elle même sur les personnes inculpées par la justice. De l’inédit.

Afin de faciliter la tenue de la réunion de lundi, la Banque centrale mauritanienne (BCM) aurait été ainsi sommée de fournir des liasses bancaires sur les activités de la BCM, l’établissement financier du groupe de Mohamed Bouamatou, longtemps le premier du pays.

“Il s’agit pour le régime mauritanien, explique une source contactée à Nouakchott, de retrouver tous les flux financiers de l’homme d’affaires, connu pour ses activités de mécène, que ce soit vers des ONG, les médias indépendants, les politiques ou des militants humanitaires”.

Interrogé par Mondafrique sur sa participation à cette offensive contre les opposants mauritaniens, Jean Louis Brugière a répondu le 29 septembre, via son épouse, qu’il était “trop occupé” pour répondre à nos questions.

Il s’agit désormais pour le régime mauritanien de criminaliser toute dissidence. Discrédité auprès de ses voisins sénégalais et marocain, critiqué par les Etats-Unis depuis qu’il refoule, cet automne, les militants anti esclavagistes venus de Chicago et sans vrai relais dans l’entourage d’Emmanuel Macron, le président français, Mohamed Ould Andel Aziz repose sur sa seule garde prétorienne, le fameux BASEP, quelques centaines de mercenaires bien nourris et dévoués corps et âme. Jusqu’à quand?

ENCADRE. “Jemal m’a écouter”

L’auteur de ces lignes peut témoigner des méthodes de l’avocat et “ambassadeur” Jemal M. Taleb. Bien introduit à Paris au Parti Socialiste, au mieux avec l’ancien conseiller Afrique de Manuel Valls et fréquentant certaines loges maçonniques, cet ancien opposant au régime mauritanien est un habile communicant qui a vendu ses services à Aziz. Ses liens étaient étroits avec un des fils Aziz, qui était chargé des économies privées de son père et qui est décédé l’année dernière après un grave accident.

Maitre Jemal n’a jamais hésité à utiliser des méthodes déloyales. C’est ainsi qu’aux débuts du site Mondafrique en 2014, l’auteur de ces lignes devait rencontrer à Paris le patron d’un journal mauritanien. Lequel s’était fait accompagné de maitre Jamel qui ne dévoila pas, ce jour là, son identité. Histoire, semble-t-il, de mieux enregistrer notre conversation.

Ces écoutes, l’intéressé les a démenties lorsque nous l’interrogions l’année dernière, lors d’une participation commune à un colloque à Bruxelles. Mais il admettait qu’il avait bel et bien masqué son identité. N.B.



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Source : Mondafrique
Commentaires : 12
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Commentaires (12)

  • abouth (H) 02/10/2017 20:54 X

    Des balivernes... La désignation d'Ould Debbagh au poste de représentant de l'opposition radicale auprès de l'Union européenne et de la CEDEAO, témoigne du niveau de déliquescence de cette opposition, prête à cèder des responsabilités politiques à des hommes d'affaires, novices en politique, sans raison autre que ***...

  • guarej (H) 02/10/2017 09:34 X

    Que du mensonge,l'honeteté de donner toujours les preuves,le monde aaaa fric a l'habitude de faire le montage des scenarios dignes de la fiction Quel est l'interet pour Aziz d'espionner l'opposition ni de creer une cellule noir au palais Les gens du BASEP ne sont pas des mercenaires plutot des soldats de l'armee.....

  • Socrateplaton (H) 30/09/2017 10:43 X

    Une véritable république bananière où on déroule le tapis aux barbouzes et aux espions . Le president fondateur est paniqué. Il eut été plus sage de terminer calmement son second mandat et partir sur la pointe des pieds. Les mauritaniens sont magnanimes mais il y a des limites. Si on pille les richesses de leur pays et on veut en plus s'incruster au pouvoir , il vous font déguerpir , la queue entre les jambes. L'histoire est pleine d!exemple.

  • Socrateplaton (H) 29/09/2017 23:48 X

    Nous sommes devenus une véritable république bananière.On déroule le tapis rouge aux espions et aux barbouzes. Notre guide éclairé ne sait plus à quel saint se vouer. Il eût été plus sage de terminer son mandat et de partir sur la pointe des pieds. LES MAURITANIENS SONT MAGNANIMES mais il y a des limites. Si on veut s'incruster au pouvoir après avoir pillé leur pays, ils vous feront déguerpir la queue entre les jambes.

  • maham68 (H) 29/09/2017 17:57 X

    Pure jalousie et aigreur car le camp de l'auteur n'a pas des hommes du même calibre ou de la même trempe que Me Jemal et le juge Bruguières . Calomniez calomniez ,il en restera toujours quelque chose Mond à fric veut se faire de la publicité car son article tombé sous le coup de la diffamation,mais ce cadeau ne lui sera pas offert ,leurs ragots ruissèleront sur la carapace de l'indifférence et du mépris

  • jakuza (H) 29/09/2017 15:29 X

    Le Titan (H), 100 000 euro cela fait 40 000 000 et non 4 000 000! Nulle part il est dit que ce montant est mensuel... D'après l'auteur-fureteur, il y a un contrat ... qu'il n'a point vu!

  • jakuza (H) 29/09/2017 15:18 X

    Bruguière perd son honneur? Après vous! après vous N.B alias X ou Z! A chacun son franççais et à l'occasion sa française, allusion à leurs deux épouses, avait répondu Senghor à Wade qui l'attaquait sur la présence de la statue de Faidherbe en face du Palais présidentiel tant d'années après l'indépendance! N.B, vous faites plus barbouze que journaliste......

  • jakuza (H) 29/09/2017 15:01 X

    "...accusée d’avoir touché de spots de vin..."? Ouf! pour elle bien sûr, vu que ce sont pas des ... pots de vin!

  • Le Titan (H) 29/09/2017 14:57 X

    100 000 Euros, c'est-à-dire 4 000 000 UM quatre millions d’ouguiya par mois payé à un espion contre Aziz pour son ami Bouamattou, Aziz devrait savoir que les français veulent sa chute au plus vite que possible à cause des ses liens avec les mouvements rebelles Touaregs au Mali, qui constitue l’essentiel de sa garde prétorienne, Jean louis Bruguière le français espion est l’ami Intime de Bouamattou qui vient chercher les dernières faiblesses du Général en mal avec tout le monde, comme Jemal, il est lui aussi très lié à l’homme d’affaire, ils ont prit plusieurs fois le thé ensemble, mais comment monsieur Bruguière peut il être l’ami de Bolloré et des Qataries qui sont ami à Bouamattou, pour être ami d’Aziz contre Bouamattou, même s’il est payé à 4 000 000 UM par mois, Aziz doit comprendre qu’il paye son tueur au profit de la France, qui n’aimerai pas notre coopération pétrolière et gazière avec le Titan qui est la CHINE.

  • maham68 (H) 29/09/2017 12:44 X

    Article truffé de ragots L'auteur ne connaît même pas le nom de la banque de son mécène Pauvre africain qui nourrit un faux journaliste has been

  • medabdul (H) 29/09/2017 12:27 X

    et pourtant, il y'a des compétences avérées en matière d'espionnite, de détection privée dans ce pays qui peuvent aider Aziz et qui ont des relais avec beaucoup de services,Français,anglais et même avec la C I A, ou le MOSSAD,Jemal Taleb est un agent double, voire triple, il a des accointances avec même Bouamatou,mais Aziz, désespéré qu'il est est très crédule,a mettre sur le compte de l'inculture .

  • lhraki (H) 29/09/2017 12:22 X

    Monde à fric