05-10-2017 11:54 - M. Samba Thiam, président des Forces du Progrès pour le Changement (FPC) : ‘’La glace est brisée, les FPC sont aujourd’hui une force politique reconnue, crédible, qui pèse dans l’échiquier politique’’
Le Calame - Le 24 septembre marque l’anniversaire de votre retour au pays, après 23 ans d’exil forcé. Pouvez-vous nous dire ce qui s’est passé depuis ?
Samba Thiam : Vaste question ! Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis ! Je ne saurais donc, ici, m’attarder sur tout, mais seulement sur quelques points forts …
Lorsque nous considérons d’où nous venons, il serait difficile de nier les effets bénéfiques engendrés par ce retour au bercail …Nous venons de loin !
Prenons d’abord le regard, nouveau, porté maintenant sur Nous …
Il m’arrive parfois d’arpenter les rues du centre ville, abandonnant la voiture ; bien souvent je croise sur mon chemin de jeunes mauritaniens –Haratines, Négro-africains, Arabo-berbères – que je ne connais pas, mais qui s’arrêtent, se présentent et me saluent respectueusement, cela bien avant les bains de foule du dialogue « national » ou du G8.
Deux évènement m’ont particulièrement ému à ce sujet ; l’un s’est produit aux abords du marché aux poulets, l’autre à la chaîne de télévision El Watanya . J’entrais dans le marché , frôlant une voiture garée à proximité lorsque deux jeunes arabo-berbères me reconnaissant , en surgissent et s’avancent vers moi avec un sourire, juste pour me dire bonjour … Le second évènement eut lieu à la Télé El Watanya où, en fin de débat, un jeune haratine a tenu absolument à prendre une photo avec moi …
Ces jeunes, par leur attitude loin du rejet, témoignaient au contraire que ces ‘’ anciens flamistes’’ aujourd’hui militants des FPC , sont passés du statut de pestiférés à celui d’hommes dignes de considération , respectables et respectés. C’est leur manière de reconnaître et saluer la légitimité et la justesse de notre combat…
Il n’y eut pas deux ou trois rencontres de ce genre, mais plusieurs, avec des personnes matures, de toutes races et de toutes catégories sociales. Ce sont de rares points de réconfort moral dans ce combat de tous les jours …
La glace est brisée, les FPC sont aujourd’hui une force politique reconnue, crédible, qui pèse dans l’échiquier politique. Les lignes bougent …
J’y ajoute un autre élément, fondamental celui-là ; en interpellant, sans répit, la classe politique sur les préoccupations de l’heure, nous avons replacé au centre du débat actuel la question cruciale du ‘’ vivre –ensemble ‘’ ’. Le Pouvoir en place, bien que vicieux, ne peut plus esquiver cette question vitale, existentielle aigue.
-Après ce retour, vous avez décidé de créer un parti, les FPC que le pouvoir a refusé de reconnaître. Vous aviez enclenché une procédure pour attaquer ce rejet. Où en êtes-vous aujourd’hui ?
-C’est exact. Le recours court toujours à la Cour suprême. Le dossier est chaque fois programmé pour être jugé, mais à chaque fois reporté. On devine pourquoi !!! .Sur le plan des normes légales requises, notre dossier est inattaquable .Nous sommes simplement victimes d’un blocage politique.
Dans notre pays, je l’ai déjà dit, le Prince se substitue au droit, se considère comme ‘’ la loi personnifiée’’ ! Vous comprendrez qu’avec une telle mentalité, nous sommes mal partis…
-Pouvez-vous nous dire comment les FPC sont perçues aujourd’hui par la composante « maure blanc du pays »?
Positivement je crois, par un bon nombre de nos compatriotes. La campagne active de sensibilisation menée après le redéploiement en direction de la classe politique, son élite intellectuelle et ses acteurs économiques et sociaux, a donné des fruits. N’oubliez pas les deux évènements décrits plus haut, entre autres, qui illustrent le changement, positif, du regard porté sur nous, la modification du prisme initial déformant qui nous enserrait et nous desservait.
-Vous avez pris part au dialogue politique de 2016, ce qui vous a valu des critiques de vos détracteurs. Vous vouliez passer votre message. Quel était-il ? Comment a-t-il été perçu ? Vous reconnaissez-vous dans les résolutions de ce dialogue ? Sinon, regrettez-vous aujourd’hui d’avoir pris part à ce conclave ?
-Vous dites bien ‘’ vos’’ détracteurs, ils ne nous intimident pas, car ils ne nous épargneront pas de toute façon, quoiqu’on fasse. Personnellement je fais mienne cette remarque d’E. Roosevelt qui disait, à propos justement de la peur qui entourait les critiques, que de toute façon, que vous agissiez ou non, vous serez critiqué. Alors, suggérait-elle, en filigrane, agissez ! J’en fais ma philosophie …
Quel message nous voulions passer au dialogue ? D’abord expliquer, rappeler à ceux qui semblent l’ignorer, le méconnaître ou délibérément l’oublier, comment la Mauritanie a été constituée, historiquement, par la France. Le colonialisme français a rassemblé, pour f
