12-10-2017 01:00 - Pour éviter l'Algérie à sa frontière, Senghor a voulu créer la République du Walfougui

Pour éviter l'Algérie à sa frontière, Senghor a voulu créer la République du Walfougui

Le360 - Front de Libération du Walo, du Fouta et du Guimakha (Walfougui), ce mouvement a l’acronyme plutôt compliqué, fondé par un gendarme du nom de Alioune Diaw, fût révélé à l’attention des journalistes et des analystes politiques au début des années 1980.

C'est un épisode sur lequel revient Babacar Justin Ndiaye, journaliste sénégalais, fin analyste politique à la plume alerte, dans sa chronique «Laser du lundi» publié chaque semaine sur le site d’informations en ligne «Dakaractu». Son exercice pour l’histoire et la mémoire est entrepris dans un contexte de relations passablement tendues entre Dakar et Nouakchott, à l’origine de la crainte du réveil des vieilles rancœurs.

Sous le titre «les jointures, les fractures et les abysses sénégalo-mauritaniens» le célèbre politologue revient, à travers les éphémérides, sur un épisode très mal connu des relations entre ces 2 pays frères, aux liens aussi multiples qu’inextricables.

D'abord, Justin Ndiiaye dresse un constat selon lequel «toutes les jointures sont ancrées dans les entrailles de la relation ou, plus exactement, dans les tréfonds de l’osmose entre le Sénégal et la Mauritanie. Tout a collé, voire soudé les 2 pays: la géographie, la religion et les 3 séquences essentielles de l’histoire (avec un grand H) que sont les phases précoloniales, coloniales et postcoloniales».

Il rappelle l’amitié et la bonne entente entre les présidents Léopold Sédar Senghor et Mokhtar Ould Daddah, le début des incompréhensions sous l’ère du régime militaire et la terrible déchirure de l’année 1989.

Sur la séquence de l’aventure de Diaw, le journaliste écrit: «Affolé par la perspective d’avoir une frontière commune avec l’Algérie de Houari Boumediene, via une Mauritanie infiltrée et dominée par le Polisario, le président Senghor, un an avant son départ du pouvoir, nourrit l’idée d’un glacis (une sorte de cordon sanitaire) le long du fleuve Sénégal.

A cet effet, les services secrets sénégalais ont enrôlé un sous-officier de la gendarmerie mauritanienne, du nom de AD, initiales qui se révèleront être celles d'un certain Alioune Diaw.

La mission du sous-officier et déserteur avait été de créer un front de libération du Fouta, du Walo et du Guidimakha (Walfougui). La manœuvre avait pour but de favoriser la naissance- sur une ligne tampon qui va du barrage de Diama à la ville de Selibaby- d’un Etat tampon (fantoche) et protecteur du Sénégal dans le cas de figure où l’Algérie, via le Polisario et avec la complicité du colonel Ould Haidallah, prendrait le contrôle de la Mauritanie».


Senghor avait raison de procéder ainsi, puisque lui et Houari Boumediene ne se sont jamais sentis. Et si le Polisario venait à prendre le dessus sur l'armée mauritanienne, l'Algérie ne manquerait pas de chercher des noises au Sénégal. D'où la démarche de Senghor qui a toujours été un fidèle ami de Mokhtar Ould Daddah, renversé quelques mois plus tôt.

En fin analyste, Babacar Justin Ndiaye ne s'est pas arrêté à ce seul épisode de l'histoire entre les deux pays et a rappelé deux actes témoignant des liens entre Senghor et Ould Daddah. "Ces liens-là ont des volets secrets et moins secrets qui, à deux reprises, ont mis la Mauritanie à l’abri de la déstabilisation et/ou de l’effondrement. Le défunt Président Mokhtar Ould Daddah révèle dans ses Mémoires un geste très amical de son homologue sénégalais", écrit-il,

Le premier épisode intervient quand Senghor offre à l'aviation française l'occasion de bombarder le Polisario à partir de la base militaire de Dakar. Par le second, il a pris le soin d'atterrir brièvement à Nouakchott pour informer son ami Ould Daddah de se méfier du nouvel ambassadeur de France d'alors, Jean François Deniau. Ce dernier n'avait pas que de bonnes intensions à son égard.

Mais lors de l'après Senghor-Daddah, il y a eu les évènements de 1989-90, quand les deux pays ont failli en venir aux armes et que plusieurs milliers de citoyens ont été chassées de part et d'autres du fleuve. Encore aujourd'hui, ils sont encore nombreux à demander leur retour en Mauritanie.

Selon Justin Ndiaye, "en vérité, Nouakchott a tiré les leçons traumatisantes de la fracture des années 89-90, puis élaboré une «doctrine sénégalaise» faite de rancœurs, de vigilance et de précautions". Et il conclut en affirmant que "l'histoire ne se répète pas, elle bégaie".

Par notre correspondant à Nouakchott
Cheikh Sidya




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Source : Le360 (Maroc)
Commentaires : 6
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Commentaires (6)

  • jakuza (H) 12/10/2017 15:47 X

    Article sans objet sinon de remuer la boue! Bon vent le 360 fidèle à sa feuille de route de nuire à ce pays à tout prix...

  • overview (H) 12/10/2017 12:12 X

    Merci pour le nom "Walfougui", nous étions à la recherche d'un nom qui conviendrais aux Trois régions. il est plus que temps de faire naitre ce pays "Walfougui" vue que le système ne nous reconnais toujours pas en tant que mauritanien. il nous marginalise et nous exclus de toute les décisions du pays. alors vivement le Walfougui.

  • moukhabarat (F) 12/10/2017 11:43 X

    Cet article très crédible confirme une chose que tout le monde sait: les toucouleurs mauritaniens sont manipulés à partir du Sénégal et celà de tout temps....

  • morehob (H) 12/10/2017 09:47 X

    Un joli et respectable nom pour hélas une pitoyable mission de désinformation dont personne n'est heureusement dupe...Tout le monde sait que dans la région c'est le Maroc qui ne s'est jamais caché d'étendre ses frontières jusqu'au rives du Sénégal pour augmenter son espace vital et les manœuvres continuent tant bien que mal..Quant à nos relations entre le Sénégal et la Mauritanie , ce sont des relations de passion (tantôt d'amour et tantôt de haine ) comme elles existent habituellement entre tous les frères. Et cela est d'ailleurs valable pour tous nos voisins. c'est humain et l'essentiel est d'en prendre conscience mais aussi d'œuvrer inlassablement ensemble pour que ce soit toujours en dernier ressort la concorde qui prévale sur les dérives passagères...

  • fidelis (H) 12/10/2017 09:21 X

    Les mêmes fausses allégations que vous ne cessez de tourner et retourner de différentes manières dans vos postings et dans vos réseaux, illustrent bien vos carences en arguments. Sachez que , le vrai peut marcher tout seul ; le faux a besoin de béquilles, d'arguments. La justice fera son travail et les relations avec nos voisins se poursuivront dans le respect.

  • samba el bakar (H) 12/10/2017 09:09 X

    Entre le Sénégal et la Mauritanie, beaucoup de "spécialistes" ont écrit et écriront encore.Mon humble commentaire concerne les événements de 1989 qui à mon avis n'ont été que le déclencheur d' un plan savamment concocté depuis plusieurs années.Un directeur de campagne de Ould Taya pendant la première campagne présidentielle présentait comme argument fort le fait "que ces événements avaient permis de gommer à jamais le complexe de la Mauritanie face au Sénégal, hérité de l' époque coloniale où nous étions administrés à partir de Dakar".Alors fallait il autant de morts et de déportés pour en arriver là? En vérité il y a eu deux phénomènes concomitants qui ont servi de comburant aux années de braise dans le conflit entre les deux pays: 1) La volonté de certains chauvins d' ancrer la Mauritanie dans le giron du Monde arabe pour fermer définitivement la parenthèse coloniale et également de protéger "la Porte Ouest du monde arabo-musulman"-titre octroyé par feu Saddam au pays - des velléités expansionnistes d' Israël qui avait déjà pied à terre au Sénégal. 2) La marginalisation volontaire des négromauritaniens que certains historiens véreux qualifiaient de nationalité de pirogue.Ainsi la théorie du péril noir était insufflée dans les esprits par des propagandistes formés et aguerris, sous le regard complice de la France. Ce mélange explosif savamment brassé dans la frustration de ceux qui étaient considérés comme étrangers dans leur propre pays a trouvé son étincelle dans la tuerie de Bakel.Quant à la suite,la meute assoiffée de sang était lâchée et les purges ont continué massivement jusqu'à ce que l' Irak de Saddam s' aventure dans l' envahissement du Koweït. Les blessures des âmes restent encore largement ouvertes,et il reviendra aux modérés raisonnables de tous les bords d' oser ouvrir un dialogue sincère pour exorciser ces temps sombres et de réapprendre à vivre ensemble avec une égalité de chance pour tous.L' Allemagne et la France se sont livrées plusieurs guerres dont 3 de grande ampleur pour enfin s'atteler à la construction de l' Europe des peuples.Pour l' Afrique du Sud,c'est tout simplement grandiose.