16-12-2017 15:10 - Silence complice autour de la corruption

Silence complice autour de la corruption

L'Authentique - Le 9 décembre, est la journée mondiale de lutte contre la corruption. Thème : "Corruption : un obstacle aux objectifs de développement durable". En Mauritanie, l’événement est passé presque inaperçu, célébré autour d’activités de quelques organisations de la société civile, tel le Réseau mauritanien pour l’action sociale qui a organisé le jour même, un débat sur la problématique de la corruption dans notre société.

Si la société civile a tenté de sonner l’arme en faisant du bruit autour du thème, le gouvernement lui, s’est juste contenté de faire mention de cette journée à travers de vagues évocations dans des "sorties" dont il est le dernier à être convaincu de la pertinence. Pour cause, l’exécutif ne voudrait pas du mot "corruption".

Peut-être que le terme "gabegie" aurait été plus acceptable chez nous, car la notion est plus vague, plus farfelue et plus fourre-tout que celle de ce cancer endémique dont tout le monde connaît et la définition, et les formes et les incidences graves qu’elle occasionne.

Dans un pays comme le nôtre, gangrené par la corruption, le sujet méritait pourtant un traitement autre. Si la Mauritanie accuse un aussi important retard de développement que celui qui la cloue présentement au sol, si la pauvreté continue d’y faire des ravages, c’est bien parce que la corruption y est érigée en règle de gestion et en mode de gouvernance.

Quand on voit comment s’est créée comme une vague d’océan, le splendide quartier de Soukouk et le nouvel espace en chantier au nord de Nouakchott, quand on mesure la richesse des ces individus " biens nés ", quand on compare l’énorme fossé - qui ne cesse de se creuser - entre riches et pauvres dans notre pays, on ne peut pas circonscrire le mal à la gabegie.

Quand on jette un regard sur la richesse de certains de nos fonctionnaires et de biens de nos officiers militaires, on ne peut pas s’empêcher de parler de corruption. Tout indique que ce serait plutôt la corruption qui serait à la source de richesses de certains de nos compatriotes.

Et que Transperancy International ne vienne pas nous tympaniser avec son rapport 2016 qui offre à la Mauritanie un bonus de 5 points, la classant à la 112ème place sur 167 pays répertoriés !

Parce que justement, en termes de corruption, personne ne prend au sérieux le classement dressé par les organisations internationales, qui tirent leurs informations des Autorités en place, pour donner à chaque pays le rôle qui sied au degré d’implantation du phénomène chez lui.

En effet, dans certains pays du monde, la corruption est une vile pratique qui engendre des poursuites judiciaires et, en cas de conviction du crime, une punition est infligée. Fatalement, la corruption conduit à la déchéance morale et sociale.

Partout, les personnes reconnues coupable de ce crime en tirent, elles-mêmes, les conséquences. Si elles sont élues, elles rendent leur mandat. Si elles sont des fonctionnaires, elles démissionnent. Dans tous les cas, ceux autour de qui "rodent" de simples soupçons se soumettent au contrôle et se mettent à la disposition de la justice.

L’Etat qui se respecte met en place les mécanismes et outils nécessaires pour traquer et débusquer les "foyers" de la corruption sous toutes ses formes. En Mauritanie, c’est tout le contraire.

La corruption est une pratique banale, normale et souvent très bien vue. Quoique punie (pour la forme) et interdite par la religion, elle est l’un des plus grands sports favoris dans notre pays. Rares sont ceux parmi nous qui peuvent (et souvent) osent résister au douillet appel du bakhchich. Souvent, c’est nous-mêmes qui le demandons, voire l’exigeons, si le "client" d’en face fait la tête de mule.

Généralement, dans l’exercice de ses fonctions, le Mauritanien est un corrompu. Actif ou passif. C’est la Règle que lui impose l’ordre social. Il la dénonce en public et face à elle, il devient un inconditionnel adepte.

Regardez partout dans le pays, vous ne verrez jamais un scandale de corruption à la Une d’une des discussions, vous n’entendrez jamais parler d’une personne dormant au cachot pour fait de corruption.

Quoi qu’étant, probablement, l’un des pays les plus corrompus d’Afrique, la Mauritanie na jamais organisé un procès sur la corruption. La République est bien portante avec celle-ci ! Alors pourquoi déroger à la règle qui n’a fait son apparition qu’avec la chute de Mokhtar Ould Daddah qui emprisonnait ses ministres pour moins de 10.000 F CFA ?

On a beau discouru, donner de nous l’image de saints irréprochables et capables de tout sauf de cela, mais la vérité est-là. Elle est parlante. Dans les maisons, dans les rues, dans les bureaux, entre les paragraphes des contrats et les virgules des avenants. Elle est tapie dans la "gestion courante", dans l’exécution des projets et le placement des aides étrangères.

La corruption, c’est le plus beau gosse de notre société !

Oumar El Moctar



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