13-12-2017 21:00 - Récit. Une journée dans un centre d'enrôlement

Récit. Une journée dans un centre d'enrôlement

Papa Kadé Camara - Une journée qui débute bien, déjà debout à 6h15 pour aller au centre d'état civil pour recenser ma fille qui a à peine 1 mois aujourd'hui.

Étant le premier sur la liste, j'ai attendu environ deux à trois tours d'horloge pour voir enfin venir le chef du centre (8h45mn), j'ai attendu moi, ma femme, ma fille de 1 mois et d'autres femmes avec leurs enfants pour accéder à ce précieux sésame.

Les femmes étaient assises sur un mur en plein courant d'air, le froid glacial me faisait greloter, imaginer ce que peut ressentir un bébé d'à peine un mois. J'ai alors demandé au vigile de laisser les mamans des nouveaux nés entrer dans le hall pour se protéger du froid et comme réponse ce dernier m'a dit qu'il n'avait pas reçu cet ordre et qu'elles devaient toutes attendre dehors jusqu'à l'arrivée du chef du centre.

Donc durant deux heures, nous avons attendu douloureusement l'arrivé du CC qui à son tour nous fait patienter une trentaine de minutes, je ne sais pour quelle raison. Je me suis demandé si lui, il était à ma place comment il réagirait, certainement il grognera comme tout citoyen lambda qui paye à chaque mois sa cotisation d'ITS et de CNSS sans bénéficier en retour d'un minimum de service public. Oui je contribue à la bourse du contribuable, je contribue aux charges publiques et en retour, je gagne un manque de respect de nos élus locaux, une ignorance ou une indifférence de nos droits.

Je contribue à la bourse du contribuable et je ne bénéficie pas du minimum d'attention de nos élus locaux. Je suis un citoyen, je donne mon sang pour sauver des vies, je contribue à assainir ma commune par des actions de nettoyage, je sers ma commune et pourtant je ne bénéficie pas du minimum de droit.

Et quand je veux prendre une photo de ces femmes pour dénoncer leurs conditions pour l'obtention du sésame, le chef de centre en personne m'appelle dans son bureau pour me demander si j'ai le DROIT de PRENDRE des photos dans son centre. Il n'a pas cherché à savoir si ces nouveaux nés souffrent ou pas du froid matinal, mais il me demande tout simplement ''de quoi je me mêle'' face à ma sensibilité à défendre le droit du citoyen lambda. ''De quoi je me mêle'', je dénonce une injustice, une violation des droits humains, du droit de protection des enfants...

Il s'en suit que j'ai été convoqué au commissariat d'à proximité pour une enquête, voir si je détenais des photos que j'allais certainement publier sur mon blog ou sur Facebook.

Que je publie des photos ou pas des conditions déplorables que vit le citoyen lambda pour obtenir ses papiers d'état civil, nous savons à l'unanimité que ce dernier est confronté à des conditions inhumains et impitoyables.

Je travaille en faveur du bien être de la population, en faveur de leurs droits, mon devoir est de mettre devant les faits ou d'attirer l'attention de nos élus locaux sur leur ignorance des droits inaliénables des citoyens. Un maire, un préfet, le personnel de service d'état civil, le policier, le fonctionnaire sont là pour servir le citoyen lambda dans le respect de ces droits et non l'ignorer ou le mépriser.

Et moi je continuerais à dénoncer toute injustice même si cela me coutera ma liberté. Pour une Mauritanie prospère et pour la dignité de la personne humaine. Le développement d'un pays est d'abord l'affaire de ses citoyens.

Contribution du citoyen lambda



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Commentaires (2)

  • moukhabarat (F) 14/12/2017 12:39 X

    @Papa Kadé Camara Je vous félicite pour votre courage. L'Administration doit ête au service du citoyen et ps le contraire. Ce fonctionnaire n'a aucune formation sur le service public. Il faut que des citoyens osent demander à se faire respecter par les agents publics qui sont payés pour leur rendre le meilleur service. L'ANRPTS doit améliorer l’accueil par la fourniture d'abris et des chaises aux citoyens qui attendent des heures d'affilées.

  • abma (H) 13/12/2017 21:48 X

    Ce n'est pas possible, n'est-ce pas à la veille de 28 nov, Balas avait qu'il était reçu par Ould Abdel Aziz, désormais toutes tracasseries pour l'état civil deviendront de vieux souvenirs. Ah Balas, il est très fort.