13-01-2021 00:24 - Londres sanctionne la «barbarie» de Pékin contre les Ouïgours

Londres sanctionne la «barbarie» de Pékin contre les Ouïgours

Le Figaro - À la différence d'autres dirigeants européens, Boris Johnson n'a pas peur de fâcher Pékin.

Dénonçant la répression chinoise envers les Ouïgours, Londres a dévoilé mardi des mesures visant à interdire les biens liés au travail forcé de cette minorité musulmane du Xinjiang, dans le grand nord-ouest chinois. En faisant cette annonce, le chef de la diplomatie britannique n'a pas mâché ses mots.

C'est une « barbarie que l'on espérait reléguée dans le passé qui est pratiquée aujourd'hui », a déclaré Dominic Raab devant les députés, évoquant « la détention arbitraire, la rééducation politique, le travail forcé, la torture et la stérilisation forcée » des Ouïgours.

Le tout pratiqué « à une échelle industrielle ». Face à ces « violations inacceptables des droits humains », le Royaume-Uni avait le « devoir moral » de réagir, a poursuivi le ministre.

Un «appel à agir» de 300 ONG

De nombreux experts internationaux estiment qu'au moins un million de Ouïgours sont détenus dans des camps d'internement et de rééducation politique. Pékin nie et rétorque qu'il s'agit de centres de formation professionnelle destinés à éloigner les habitants de la région de la tentation de l'islamisme, du séparatisme et du terrorisme. Dominic Raab a appelé la Chine à autoriser une enquête indépendante.

Les mesures adoptées par Londres visent à interdire les importations et exportations liées au travail forcé des Ouïgours. D'un côté, il s'agit de s'assurer que « les entreprises britanniques ne participent pas aux chaînes d'approvisionnement qui mènent jusqu'aux portails des camps d'internement dans le Xinjiang ». De l'autre, que « les produits issus des violations des droits humains ne finissent pas dans les rayons des supermarchés » britanniques.

Les entreprises encourront des amendes si elles ne peuvent démontrer que leurs approvisionnements ne sont pas liés au travail forcé dans le Xinjiang. Cette vaste région du nord-ouest de la Chine est notamment un important fournisseur de coton au niveau mondial. La semaine dernière, la chaîne de grands magasins Marks & Spencer s'était engagée à ce que les vêtements ne soient pas faits de ce coton provenant du Xinjiang. Elle est ainsi devenue la première grande entreprise britannique à rejoindre un « Appel à agir » pour les Ouïgours lancé par quelque 300 ONG.

La différence entre Londres et l'UE

Doutant de l'impact de ces mesures, des députés conservateurs souhaiteraient que le gouvernement aille plus loin, en introduisant des sanctions de « type Magnitsky » contre des responsables chinois. Ces sanctions visent des personnes accusées de violations des droits de l'homme et portent le nom de Sergei Magnitsky, un avocat russe mort en prison après avoir été arrêté en 2008 pour avoir dénoncé la corruption de hauts responsables russes. Londres s'est pour l'instant refusé à aller jusque-là, mais Dominic Raab a affirmé qu'il gardait cette possibilité en réserve.

L'annonce de ces mesures, dans un contexte déjà tendu, va encore détériorer les relations entre Londres et Pékin. La Chine a été ulcérée par les critiques sur sa brutale reprise en main de Hong Kong et la décision d'exclure le géant chinois Huawei du réseau 5G britannique. Mardi, l'ambassadeur chinois à l'ONU, Zhang Jun, a demandé au Royaume-Uni « de cesser de s'ingérer dans les affaires intérieures de la Chine ».

Alors que l'Union européenne et la Chine viennent de signer un accord de principe controversé sur les investissements, cette prise de position dure et courageuse de Londres est vue comme une manifestation d'une nouvelle politique étrangère indépendante post-Brexit. Dominic Raab a ainsi déclaré que la Grande-Bretagne souhaitait toujours une relation positive et constructive avec la Chine, « mais ne sacrifiera ni ses valeurs ni sa sécurité ».

Par Arnaud De La Grange





Les articles, commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité


Commentaires : 0
Lus : 684

Postez un commentaire

Charte des commentaires

A lire avant de commenter! Quelques dispositions pour rendre les débats passionnants sur Cridem :

Commentez pour enrichir : Le but des commentaires est d'instaurer des échanges enrichissants à partir des articles publiés sur Cridem.

Respectez vos interlocuteurs : Pour assurer des débats de qualité, un maître-mot: le respect des participants. Donnez à chacun le droit d'être en désaccord avec vous. Appuyez vos réponses sur des faits et des arguments, non sur des invectives.

Contenus illicites : Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes ou antisémites, diffamatoires ou injurieux, divulguant des informations relatives à la vie privée d'une personne, utilisant des oeuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).

Cridem se réserve le droit de ne pas valider tout commentaire susceptible de contrevenir à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, promotionnel ou grossier. Merci pour votre participation à Cridem!

Les commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité.

Identification

Pour poster un commentaire il faut être membre .

Si vous avez déjà un accès membre .
Veuillez vous identifier sur la page d'accueil en haut à droite dans la partie IDENTIFICATION ou bien Cliquez ICI .

Vous n'êtes pas membre . Vous pouvez vous enregistrer gratuitement en Cliquant ICI .

En étant membre vous accèderez à TOUS les espaces de CRIDEM sans aucune restriction .

Commentaires (0)