06-11-2022 22:59 - PCDD : Des détenus en formation-emploi

PCDD : Des détenus en formation-emploi

Le Courrier du Nord - La cérémonie officielle de clôture du Projet « Promotion des Comités des Droits des Détenus » (PCDD) a eu lieu le 02 novembre 2022 en présence du directeur général de l’administration pénitentiaire, le magistrat Moulay Abdallah Baba, de M. Cheikh Thiam, vice-président du Conseil régional de Nouakchott, du colonel en charge de la sécurité à la prison de Dar Naim et du président international de la fondation Noura, M. Jay Lynn Leggett venu spécialement des Etats-Unis d’Amérique pour prendre part à cet évènement.

Ce projet qui a bénéficié d’une contribution UE de 297.610 euros (11 192 662,83 MRU), sur un montant total de 396. 814 euros (15.000.000 MRU), au profit du ministère de la Justice, a été porté par la Fondation NOURA et son partenaire local l’Ong AMAM qui ont travaillé durant toute sa durée de vie à changer – en bien – le visage des prisons mauritaniennes où elles ont décidé d’agir.

Cela se remarque par le visiteur qui arrive par la bonne tenue de certains lieux (Espace fouille, espace formation, espace visite), avant de « vivre », de l’intérieur de la prison, ce qui a été mené comme activité de formation-emploi au bénéfice des détenus.

Pour M. Moulaye Abdellah Baba, magistrat, Directeur des Affaires pénales et de l’Administration pénitentiaire, le projet qui est réalisé en partenariat entre le ministère de la Justice et des organisations de la société civile (la Fondation Noura et l’Ong AMAM) répond à la volonté de l’Administration carcérale d’améliorer les conditions de vie et de détention des prisonniers à travers les comités des droits des détenus.

Il s’agit, ajoute-t-il, de venir en aide aux couches les plus vulnérables en application des termes d’une convention entre le ministère et ses deux partenaires qui ont bénéficié d’un financement de l’Union européenne pour la mise en œuvre de ce projet PCDD déclinés en plusieurs activités.

Il s’agit, précise ce magistrat, d’une « préparation en milieux fermés à la réinsertion » à travers des activités récréatives, une formation aux métiers (soudure, mécanique, boulangerie, pressing, cordonnerie, etc.) par une intervention de cette fondation et de son partenaire mauritanien dans les grands centres de détention du pays.

D’autres volets comme le renforcement des capacités des personnels civils et militaires travaillant dans les prisons sont également pris en charge dans le cadre de ce projet d’importance, souligne le directeur des Affaires pénales et de l’Administration pénitentiaire.

Cela aide à donner une bonne perception des lois et droits par ceux qui ont en charge le bon fonctionnement des centres de détention. Ainsi, plus de 300 fonctionnaires (agents et gardes pénitentiaires) ont renforcé leurs capacités en standards des Nations Unies pour la protection et le traitement des détenus et quelque 405 détenus ont bénéficié de 5 séances organisées en gestion et prévention des conflits.

Une expérience concluante

Présent à Nouakchott pour la cérémonie de clôture du projet Promotion des Comités des Droits des Détenus, M. Jay Lynn Leggett, Président international de la Fondation Noura, une Ong américaine basée à Cleveland, dans le Tennessee, souligne, dans le mot qu’il a prononcé, qu’étant « tous des partenaires, il faut œuvrer pour la réussite de la vision portée par le PCDD en assurant une bonne gestion des ressources alloués ».

En termes de bilan du PCDD, le rapport produit à la clôture du projet donne quelques-unes des actions menées dans certaines prisons du pays : L’expression des besoins des détenus par les détenus est la base de cette action.

Les CDD ont soumis au projet les problèmes majeurs identifiés dans les différents établissements en termes de BESOINS et le projet a procédé aux REPONSES après avoir analysé les critères d’éligibilité des besoins et la pertinence de chaque besoin avant de donner une réponse favorable à l’expression des besoins suivants : Constructions de 2 fosses sceptiques et des toilettes à la prison civile de Sélibabi et au Centre d’Accueil et de Réinsertion Sociale des Enfants en conflit avec la loi (CARSEC) ; aménagement et équipement de l’infirmerie de la prison centrale de Nouakchott; 3 Espaces maraichage et petites fermes ont été aménagés et équipés dans les prisons de Kaédi, Nouadhibou, à la prison des femmes de Nouakchott et aux CARSEC de Nouakchott ; 3 Chambres conjugales ont été aménagées et équipées à la prison Centrale de Nouakchott et à la prison civile de Nouadhibou ; 1 Espace d’accueil des familles et visiteurs a été aménagé et élargi à la prison civile de Nouadhibou et à la prison femme; une unité de Formation/production en cordonnerie a été installée à la nouvelle prison civile de Nbéïka ; 1 unité de blanchisserie a été équipée à la prison civile de Nouadhibou ; construction et équipement d’un espace blanchisserie à la prison de Dar Naim ; 1 unité de formation/production de boulangerie pâtisserie a été installée à la prison civile de Dar Naïm ; constructions d’un espace visiteurs, d’un espace intime de fouille et d’un espace de formation et d’éveil au profit des femmes détenues et les enfants qui les accompagnent à la prison des femmes de Nouakchott ; 1 unité de formation/production de boulangerie pâtisserie a été équipée à la prison civile de Nbéïka (Tagant), 1 unité de formation/production de boulangerie pâtisserie a été équipée et installée à la prisoncivile d’Aleg (Brakna) ; 2 salles de sports ont été équipées à la prison d’Aleg et de Bir Mohgrein/N’béÏka, 60 ex détenus/familles des détenus ont reçu un financement pour appui à la réinsertion sociale.

M. Alfred MBEMBA, directeur pays de la Fondation Noura, profite de la cérémonie de clôture du projet PCDD pour retracer l’historique des interventions de cette organisation et livrer quelques-unes de ses interventions phare dans les prisons mauritaniennes.

« La fondation Noura travaille en Mauritanie depuis plus de vingt ans sur la base d’une convention cadre de partenariat avec le ministère de la Justice. Ce partenariat nous autorise de mener un travail d’aide et d’assistance auprès des détenus. Cette fondation est l’émanation de Christopher Leguet, premier Américain assassiné en Mauritanie, en juin 2009, dans la moughataa du Ksar (Nouakchott). Après cet incident malheureux, les autorités mauritaniennes ont autorisé la fondation Noura à poursuivre son activité, jugeant qu’elle avait déjà accompli du bon travail, et la famille Leguet a décidé de soutenir cette œuvre. C’est dans ce cadre que nous avons mis en place, début 2020, le projet « Promotion des Comités des Droits des Détenus » (PCDD).

Donner la parole aux détenus

Le PCDD est un nouveau concept qui donne la parole aux prisonniers, qui fait participer les prisonniers qui élisent le bloc comité. C’est aussi une forme d’initiation à la démocratie au sein des prisons. Il permet à ces comités de recueillir les besoins des prisonniers notamment ceux d’accès aux services de base et d’accès à la justice.

C’est sur ce concept que nous avons travaillé avec le ministère de la Justice, la garde nationale et les prisonniers, dans un contexte difficile de Covid-19 qui compliquait sérieusement la donne. Mais les prisonniers, premier bénéficiaire du projet, ont tout de suite aimé et cela à jouer en faveur de l’exécution des tâches programmées. Comme, la réhabilitation des toilettes des prisons à Kaédi et à Sélibaby.

A Kaédi, nous avons aussi créé un jardin alors que la prison d’Aleg a bénéficié d’une salle de sports et d’une boulangerie. A la prison de N’Beika, le choix a porté sur une cordonnerie moderne et une boulangerie. Mais le plus gros du projet été à Nouakchott, au pénitencier de Dar Naim qui est la prison référence du pays. La boulangerie-pâtisserie installée par nos soins dans cette prison produit aujourd’hui du pain pour tous les détenus de Nouakchott.

C’est l’une des activités phare du projet parce que les attentes ont été satisfaites en ce domaine, sans doute parce que l’administration pénitentiaire s’est approprié le projet. C’est elle qui apporte aujourd’hui tous les consommables et la garde nationale appuie le projet en disponibilisant le gasoil. Je crois que c’est la vision aussi de l’UE qui, à travers cet appui institutionnel, aide le ministère de la Justice à satisfaire un aspect important des droits, celui des détenus.

A travers ces activités, c’est la première fois en Mauritanie que les prisonniers peuvent faire à la fois la formation, la production et l’épargne. C’est très important qu’après avoir purgé sa peine, le prisonnier puisse amorcer sa réinsertion sociale. »

Ces activités sont de divers ordres : Opérationnalisation des 11 CDD, renforcement à l’accès à la justice, l’accès aux services sociaux de base, la préparation à la réinsertion sociale, le financement d’AGR, la réinsertion sociale, etc.

Elles doivent avoir, comme résultats finaux, de : « contribuer à la protection des personnes privées de liberté » ; « renforcer les capacités des acteurs » ; « mettre en pratique les règles NU de traitement des prisonniers » ; « identifier et documenter les réels besoins des détenus par les détenus » ; « aider et faciliter l’accès aux droits/à la justice et à l’accomplissement des devoirs des détenus » ; « renforcer l’accès aux services sociaux de base des détenus » ; « apaiser la vie carcérale » et « accompagner les détenus en fin de peine à la réinsertion sociale. »

Au moment où prend fin le projet PCDD, l’on peut dire donc qu’il a apporté réponse, en grande partie, au constat fait lors de son lancement, il y a deux ans : « Les prisonniers mauritaniens sont doublement victimes. D’une part, de privation de liberté et d’autre part, des droits du justiciable. La tendance à la perte des droits du justiciable, notamment le droit à des conditions de vie carcérale décentes, à la nourriture, à la protection, à l’accès à des soins, au manque d’un véritable règlement intérieur harmonisé entre la Garde Nationale et l’Administration pénitentiaire régissant la vie carcérale qui prévoit la prévention, la gestion des conflits et l’encadrement des mesures disciplinaires et à une réinsertion sociale sont autant de manquements des droits de l’homme qui génèrent des frustrations et des conflits dans les prisons que l’action Promotion des Comités des Droits des Détenus(CDD) aura le mérite de corriger. »

Le rapport de clôture note : « La principale satisfaction de l’action est l’appropriation des activités phares du projet par les parties prenantes. L’administration pénitentiaire et la garde nationale se sont appropriées les activités de production/formation en boulangerie pâtisserie à la prison de Dar Naïm et dans les prisons d’Aleg et de N’béïka où les charges inhérentes des activités ont été automatiquement prises en charge par les parties prenantes. La boulangerie pâtisserie de la prison de Dar Naïm est à ce jour la seule source de production des 1500 pains consommés quotidiennement dans les établissements pénitentiaires de la ville de Nouakchott. »

Une forme de développement durable

C’est véritablement une réponse adéquate à la notion de « développement durable ». L’engagement de la garde nationale dans cette opération a été saluée par tous parce que, sans elle qui est présente sur le terrain étant le vis-à-vis des détenus, le succès de ce projet n’aurait pu être garanti.

C’est d’ailleurs elle et la direction de l’administration pénitentiaire qui fournissent tous les consommables nécessaires au bon fonctionnement des boulangeries implantées dans les prisons (Dar Naim notamment) et qui permettent à celles-ci d’être autonomes en matière de production de pain. A leur sortie de prison, les individus qui auront profité de la formation-emploi dans les lieux de leur incarcération sauront quoi faire pour ne pas rechuter.

« Nous avons des exemples de réussite dans beaucoup d’activités, comme la coiffure, les « michelin » et même le commerce », affirme un responsable de l’ONG AMAM, partenaire de la fondation Noura dans ce projet. On déplore seulement que les mairies où sont implantées les prisons ne suivent pas l’exemple de l’administration pénitentiaire, de la garde et de l’UE, pour apporter leur aide à ces projets sociaux d’intérêt public.

Le vice-président de la Région de Nouakchott : « je suis très ému de voir toutes ces réalisations ignorées par beaucoup de ceux qui sont dehors ». Il se dit disposer à porter le projet d’un jardin maraicher à l’intérieur de la prison pour aller encore plus loin dans cette volonté d’atteindre une autosuffisance alimentaire des détenus.

« On ne peut pas ne pas remercier la garde nationale et l’administration pénitentiaire. Le colonel en charge de la sécurité à l’intérieur de la prison de Dar Naim n’est pas uniquement un receveur de services mais il en propose pour voir s’améliorer les conditions de vie de ses pensionnaires », déclare Alfred MBEMBA, responsable de la Fondation Noura en Mauritanie. « Tous les prisonniers du monde travaillent.

Ici, dans les prisons mauritaniennes, ce sont de petites initiatives (boulangerie, lingerie, à Dar Naim, cordonnerie et boulangerie à N’beika) qui finiront par donner probablement de grandes œuvres. Par ce qu’elles ne se limitent pas seulement à ce qui est fait, ici et maintenant, mais à « l’après » prison, quand les détenus formés aux petits métiers recouvriront leur liberté et penseront à reconstruire leur vie.

Nagi, professeur de français, ancien détenu, chef de projet à la Fondation Noura explique les principes qui sous-tendent cette action : « les prisonniers sont formés aux métiers, employés ensuite et perçoivent une rémunération dont les 2/3 sont mis en épargne en attendant leur sortie pour leur servir de fonds de commerce.

A la fin de la visite, le directeur pays de la Fondation NOURA a eu ce beau mot d’esprit en s’adressant à l’officier supérieur de la Garde Nationale responsable de la sécurité à la prison de Dar Naim : « mon colonel, est-ce qu’on peut sortir ? »

Sid' Mhamed Ould Mhaymed







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