22-11-2022 12:37 - Note de synthèse : Sport et Développement

Note de synthèse : Sport et Développement

Le Calame - Présentation faite, à l’occasion des journées portes ouvertes sur le sport organisées par l'IFM et le CNOSM, le 19 novembre 22. M. Marackchy était le rapporteur de la résolution ACP/UE lors de l’assemblée parlementaire paritaire en juin 2017 à Malte

1. Contexte

L’inactivité et son corollaire l’obésité, facteurs de beaucoup de maladies, notamment le diabète et les maladies cardiovasculaires, sont pointées du doigt comme problèmes sociaux à forte incidence négative sur le développement de nos sociétés.

Le sport, outre son bienfait pour la santé, a d’autres vertus et peut inculquer aux jeunes des valeurs telles que : l’équité, l’esprit d’équipe, l’égalité, la discipline, la résilience, l’engagement, l’inclusion, la persévérance, la responsabilité et le respect.

D’où le besoin de l’introduire dans le cycle scolaire dès les premières années de l’enseignement primaire. Le sport constitue un potentiel considérable en tant qu’outil de promotion de l’éducation, de la santé, du dialogue inter culturel, du développement et de la paix. L’activité sportive est vitale pour le développement des jeunes, car, favorisant leur santé physique et mentale et leur bien-être social.

Les valeurs véhiculées par le sport aident à développer les connaissances, la motivation, les compétences et la préparation à l’effort personnel. Le temps consacré aux activités sportives à l’école et l’université profite sans doute à l’éducation en plus de la santé.

Toutefois, le sport ne devrait pas être considéré comme une solution magique pour la réussite dans la vie. La possibilité pour le sport d’être un moteur de changement, c’est qu’il est un outil au sein d’une boîte à outils plus large. Il doit être utilisé à bon escient et éviter de sombrer dans la recherche effrénée de la compétitivité en utilisant des raccourcis tels que la triche ou le dopage.

L’utilisation du sport pour la promotion du développement international doit être inclusive, faute de quoi peut surgir l’inconvénient de perpétuer les inégalités systémiques au sein d’une société donnée.

Les grands événements sportifs mondiaux ne devraient pas être perçus, seulement, comme une occasion de générer des profits économiques aux organisateurs ou une compétition effrénée entre athlètes de pays nantis, ou encore un grand show énormément coûteux destiné à stimuler l’ego du pays organisateur.

Mais, une occasion de fédérer la jeunesse du monde autour des nobles idéaux du sport et d’encourager les décideurs partout, à offrir aux enfants et aux jeunes la possibilité de le pratiquer naturellement et sans contraintes.

Les sportifs (athlètes, footballeurs, basketteurs, et autres ...) devraient avoir la possibilité de combiner une carrière sportive et les études ou le travail. Ce serait dommage qu’un sportif talentueux ou d’élite soit contraint de choisir entre une carrière sportive prometteuse et les études ou le travail. Pour éviter cette situation, des dispositions spéciales doivent être mises en place par les décideurs.

Que le sport ait des retombées positives sur la formation du caractère de l’individu, cela dépend fortement du contenu du programme et les valeurs qui y sont promues et développées. A cet égard, les maîtres, les professeurs d’éducation physique, les entraîneurs et formateurs ont une influence déterminante sur l’expérience sportive d’une jeune personne et sur le degré de formation du caractère qui peut en résulter.

L’activité physique en dehors du sport de compétition est plus efficace pour promouvoir la compréhension mutuelle et l’empathie chez les jeunes.

Le sport peut être utilisé comme moyen de réduire les comportements déviants chez les jeunes et qui conduisent parfois à la délinquance.

2. Le sport dans les Pays en Développement

L’investissement dans le sport dans les pays en développement est minime par rapport aux pays développés.

En outre le sport dans les pays en développement fait face à un certain nombre de défis, desquels on peut citer :

a. Le manque d’enseignants et d’entraineurs sportifs qualifiés en raison du coût élevé de la formation.

b. Le manque d’infrastructures et d’équipements sportifs, impliquant une faible préparation dans beaucoup de disciplines, notamment olympiques.

c. La part congrue réservée au sport dans les plans stratégiques de politique nationale et de développement.

d. La faiblesse du nombre des membres affiliés aux différentes fédérations sportives par rapport au nombre d’habitants.

e. L’incapacité pour les athlètes et sportifs de haut niveau de bénéficier de bonnes conditions d’encadrement (soins médicaux appropriés, alimentation spécifique, entraînements adéquats, stages à l’étranger, bonne prise en charge...)

f. La faiblesse, voire l’absence du sponsoring, car, peu de firmes locales s’intéressent au sport, tandis que les multinationales ne s’intéressent qu’aux grandes équipes des pays développés et aux sportifs de haut niveau pour des raisons de gain grâce à la publicité.

La Fifa a lancé ces dernières années des programmes d’aide pour les pays africains tel que « Goal », mais ils demeurent en deçà des besoins et des attentes. Malgré tout, cette expérience doit être approfondie et étendue aux autres fédérations internationales et au CIO.

3. Les solutions possibles et perspectives

Afin d’améliorer l’efficacité du sport en tant qu’outil d’éducation, de développement et d’élimination de la pauvreté, il est utile de renforcer l’encadrement destiné à fournir une assistance technique aux organisations sportives (entraineurs, encadreurs, formateurs, médecins du sport ...)

On peut aussi envisager les actions suivantes :

. L’élargissement et le renforcement des programmes sportifs et d’activité physique.

. Le développement des infrastructures sportives au niveau local et régional en facilitant l’accès à ces infrastructures.

. Mettre l’appui sur la formation, octroi de subventions, voter des budgets substantiels annuels pour le développement du sport dont une partie doit être affectée aux fédérations sportives.

. Considérer le sport en général parmi les priorités et cesser de le traiter en parent pauvre en injectant les moyens nécessaires à sa mise à niveau.

. Inciter les firmes locales, surtout celles à fort revenus, qu’elles soient étatiques ou privées, à soutenir le sport sous forme de sponsoring.

Pour ce, nous devons d’abord compter sur nous-mêmes et, en complément faire appel à la coopération, surtout avec les nations développées.

Dans ce cadre, la résolution ACP-UE 102.279/A/17 adoptée en séance plénière par l’assemblée parlementaire paritaire des pays d’Afrique, Caraïbes et Pacifique et de l’Union européenne, réunis à Malte en juin 2017, recommande fortement aux gouvernements une coopération tous azimuts dans le domaine du sport.

Une coopération efficace doit non seulement concerner la réalisation d’infrastructures, mais aussi l’encadrement technique (formation d’entraineurs et de formateurs, échanges d’expérience...). Les échanges scolaires et universitaires sont recommandés, les stages destinés à améliorer les performances sportives sont utiles. A cet effet, la facilité d’obtention de visas est nécessaire.

L’Union européenne doit encourager ses clubs sportifs professionnels à participer à des programmes d’échanges afin de partager leur expérience en matière de formation, de développement et de soutien des talents sportifs, et, de façon générale, aider les clubs sportifs des pays ACP dans la mesure du possible. Cessant ainsi de sembler ne s’intéresser qu’à leur « piquer » quelques joueurs au talent exceptionnel.

Les accords bilatéraux dans ce domaine entre les pays du nord et du sud sont à encourager et les agences de coopération des pays U.E. doivent placer le sport en bonne position parmi les programmes à financer pour les pays ACP.

Il convient de ne pas oublier dans la foulée nos jeux traditionnels qui semblent malheureusement délaissés par tout le monde. Ils font partie de notre patrimoine et de notre riche diversité culturelle et historique. Un programme spécifique pour leur revalorisation doit être institué par les pouvoirs publics.

Certaines catégories importantes de notre société continuent malheureusement à être marginalisées, pour ne pas dire exclues du sport, c’est le cas des femmes et des personnes handicapées. Il est impératif de leur trouver la place qu’elles méritent et de les prévoir dans les programmes de développement à l’avenir.

Le sport donc peut, non seulement contribuer à assurer une éducation seine à nos enfants, constituer des loisirs et favoriser une vie équilibrée aux plus grands, mais aussi, avec du génie et beaucoup de chance, il permettra à certains d’étaler leur talent dans les stades des pays développés, moyennant des revenus importants. Un rêve que caressent aujourd’hui beaucoup d’enfants de nos quartiers : émigrer un jour et jouer dans un club prestigieux d’Europe ou ailleurs.

C’est vrai que cela rapporte énormément à ces sportifs émérites, mais, a aussi une incidence sociale positive dans la mesure où ces stars, à l’image de Sadio Mané, Mohamed Salah et autres, grâce à leur générosité, partagent avec leurs familles (souvent nombreuses) restées dans le pays. Ils investissent utilement dans la santé, l’éducation et le sport, souvent, sous forme de dons. Le renvoi de l’ascenseur, en fait, par des hommes qui ont gardé le sens du devoir et dont la générosité naturelle surgit avec la réussite fulgurante, des exemples à méditer.

Le sport peut aussi générer des revenus importants lors des tournois et manifestations locales ou régionales car il stimule l’industrie touristique créatrice d’emplois. Il reste à approfondir la réflexion sur comment trouver des moyens de développer le sport en impliquant les sportifs eux-mêmes en même temps que les décideurs.

A cet égard, il serait nécessaire de programmer des journées nationales sur le sport et son développement afin de sortir avec la meilleure approche pour tirer ce secteur vital de sa léthargie et agir ainsi sur un levier de développement économique et social jusqu’ici négligé.

La diplomatie de nos jours s’appuie de plus en plus sur le sport et avec l’explosion des moyens de communication, nous vivons au niveau mondial les mêmes événements au même moment. Il y a lieu d’essayer de tirer profit de cette situation sans précédent pour promouvoir le sport et ses bienfaits au profit de l’humanité en partageant nos plaisirs et notre joie.

Abderrahmane Marrakchy
- Ancien Député



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