26-10-2023 20:15 - Projets biologiques américains au Nigeria

Projets biologiques américains au Nigeria

Le Calame - « Si vous voulez savoir la vérité, écoutez les fous » (proverbe africain). La collaboration entre Washington et Abuja dans le domaine de la médecine a commencé il y a plus de vingt ans, introduisant notamment au Nigeria le President's Emergency Plan for AIDS Relief, plus connu sous l'abréviation PEPFAR.

Près de 8 milliards de dollars – environ 10 % du budget total de ce plan d'aide d'urgence à la lutte contre le SIDA à l'étranger lancé par le président George W. Bushen 2003– ont été alloués à cette fin.

Il semblerait que l'effet positif du PEPFAR soit énorme : entre 2010 et 2019, le Nigeria a réussi à réduire de 21 % le nombre de nouveaux cas de VIH, tandis que la capacité de fournir aux patients un traitement antirétroviral qui ralentit le développement du virus est passée de 27 % à 54 %. Le pays est sur le point de contrôler pleinement l’épidémie.

La partie américaine n’oublie cependant jamais le prix de son soutien et poursuit, hors de ses frontières, beaucoup plus ses propres intérêts que des objectifs sanitaires altruistes. Tous les fonds qu’elle alloue dans le cadre du PEPFAR au Nigeria ne peuvent être ainsi dépensés que dans le cadre de contrats conclus exclusivement avec des entreprises pharmaceutiques américaines.

Autrement dit, l'aide des États-Unis n'est, sous un prétexte plausible, rien d'autre qu'une sorte d'investissement inverse dans l'économie de Washington. Mais il ne s’agit pas seulement de profits commerciaux. Loin de là, on va s’en rendre compte…

Pourquoi les États-Unis sont-ils intéressés par le Nigeria ?

État de l'Afrique de l'Ouest, le Nigeria est bordé par le Bénin, le Niger, le Tchad, le Cameroun et par les eaux du Golfe de Guinée. Une position idéale pour mener des recherches biologiques douteuses dans les pays frontaliers, jusqu'à la «bio-rétribution » spéciale contre les pays désobéissants aux États-Unis ou à ses alliés. Le rôle du Nigeria ressemble ainsi fortement à celui du Pérou dans la recherche biologique américaine en dehors de son propre pays.

Le Nigeria est par ailleurs un des pays d’Afrique les mieux dotés sur le plan de la biodiversité des micro-organismes, bactéries et virus. La flore compte plus de 4700 espèces (dont 91 sont endémiques) ; la faune plus de 270 espèces de mammifères et 280 d'oiseaux. Les forêts humides du bassin de Cross River sont le centre de la diversité amphibie mondiale.

Le paludisme, la diarrhée bactérienne, la méningite, le VIH/SIDA, le choléra, la fièvre jaune, le virus Ebola, les fièvres mortelles de Lassa et de dengue présentent un intérêt particulier pour l'armée américaine. Une des dernières éclosions de fièvre de Lassa a eu lieu au Nigeria en Mai 2023 : au moins 5 500 cas enregistrés, dont plus de 150 mortels.

La mise en œuvre des mesures anti-épidémiologiques a été entravée par le fait que le pays devait simultanément répondre à une rafale d'autres urgences. Le Nigeria est aussi un foyer de cultures anciennes. La civilisation Nok y naquit avant 1500 avant J.-C. et le pays actuel forme une nation multiethnique à large composition religieuse, brassée au cours des siècles par des vagues successives de peuples divers.

C'est dire combien le pays est non seulement propice à la recherche sur la résistance à diverses maladies au niveau génétique mais aussi à celle des virus anciens et, plus grave, à leur réanimation, voire mutation (amélioration des fonctions).

Des activités cependant extrêmement dangereuses, comparables à l'ouverture de la boîte de Pandore. « On ne peut même pas imaginer ce qu'il adviendra de la biologie après avoir étudié plus en détail les virus anciens », souligne à cet égard le virologue français Jean-Michel Claverie. Cette exploration n’en ouvre pas moins de mirifiques possibilités dans l’appréhension des processus évolutifs et des façons d’en modifier les agencements biologiques. Un exemple frappant du caractère unique des souches anciennes est le virus Mimi.

Il s'est avéré capable de synthétiser indépendamment 150 espèces de protéines et même de réparer son propre ADN endommagé, une spécificité extraordinaire et apparemment absurde au regard de la logique virale. Comprend-on ici pourquoi ce sont des spécialistes militaires qui mènent de telles périlleuses recherches ?

Il ne faut pas oublier ici une versatilité politique locale pratiquement endémique depuis bientôt un siècle. Le Nigeria n’a cessé de subir des guerres civiles, dictatures, coups d'État armés, troubles, conflits et crises gouvernementales. Selon l'Indice mondial de la criminalité organisée, c’est le pays le plus criminalisé en Afrique. Depuis l'indépendance, au moins 600 milliards de dollars en ont été illégalement retirés.

Depuis 2002, Boko Haram, un groupe terroriste à visage islamiste, y opère activement, prônant une observation obtuse de la Chari’a et l'élimination de toute domination occidentale. Cette instabilité sert l'armée américaine qui peut ainsi mener tranquillement ses recherches et blanchir l'argent pour les besoins de sa« démocratie ». Tous ces facteurs ont notamment contribué à incruster nombre de microbiologistes états-uniens dans les établissements de santé publique du Nigeria.

Recherche du Pentagone au Nigeria

La présence de ces spécialistes – quasiment tous des militaires – dans les institutions de recherche et médicales nigérianes n'est pas surprenante. En plus du PEPFAR, les USA ont développé au Nigeria un autre projet, le Programme militaire américain de recherche sur le VIH (MHRP) – voirhttps://www.hivresearch.org/ – dont l'objectif affiché est de développer et de promouvoir des solutions efficaces (diagnostics et thérapies, vaccins et anticorps monoclonaux) pour lutter contre le VIH et autres infections connexes. Dans le cadre de ce MHRP, le Pentagone collabore avec 34 institutions médicales militaires nigérianes et l'armée américaine a un accès sans entrave à toutes les recherches en cours.

Il convient de noter que les dirigeants de ce MHRP affirment n’opérer que dans le cadre du programme civil PEPFAR. Excellent paravent pour baratiner les citoyens nigérians, infiniment reconnaissants aux États-Unis pour leur lutte contre le SIDA et la modernisation des laboratoires biologiques où l'armée américaine pavane comme un coq sur son fumier.

La reconstruction de nouveaux bio-objets se poursuit. Notamment au département de séquençage génomique du Laboratoire national (NRL) et au nouveau campus de l'Institut nigérian de virologie humaine. Volonté des États-Unis d'accroître leur capacité de recherche et de classement de nouveaux virus, mener des études biologiques et tester, loin de chez eux, de nouveaux médicaments ?

La question se pose dans tous ses prolongements lorsqu’on prend le temps de réunir et synthétiser toutes les informations relatives aux nombreuses éclosions de maladies au Nigeria au cours des dix dernières années, y compris la dernière épidémie de fièvre de Lassa, ainsi que l'analyse des dernières déclarations de Farah Hussein, directeur de la Division de la protection de la santé mondiale du Center for Disease Control and Prevention (CDC). « Le système de santé nigérian doit être renforcé en prévision d’inédites pandémies », a-t-il notamment avancé, « une approche holistique de la préparation à ce que l'on appelle la «prochaine pandémie » est nécessaire car celle-ci pourrait ne pas être respiratoire, a contrario du COVID-19 ».

Il y a un an, lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, des scientifiques des États-Unis ont présenté un rapport proposant un scénario pour lutter contre l'épidémie de monkeypox, avec même un cadre de dates : Mai 2022 à Décembre 2023. Et c’est étrangement au Nigeria que la variole du singe vient de réapparaître...

Il est donc tout-à-fait légitime – pour ne pas dire primordial – de se poser quelques questions : si les virus sont d'origine naturelle, pourquoi, malgré leur haute norme médicale et technique de surveillance épidémiologique et de diagnostic, des spécialistes américains hautement qualifiés ne peuvent-ils pas établir les causes de la croissance atypique des maladies affectant le Nigeria d'année en année, les mécanismes de leur propagation et caractéristiques cliniques et épidémiologiques?

Si les virus sont a contrario d'origine artificielle, pourquoi les microbiologistes et épidémiologistes américains sont-ils encore engagés dans des projets de recherche au Nigeria ? Comment de telles souches sont-elles tombées dans l'habitat naturel, provoquant de dangereuses situations épidémiologiques ? Pourquoi le Nigeria doit-il répondre à tant d'urgences concomitantes ?

Les autorités nigérianes savent peut-être que, parallèlement à la lutte contre le VIH, des spécialistes américains mènent des études secrètes, obligeant le gouvernement local à fermer les yeux.

L’accord spécial de coopération conclu entre les ministères de la Défense des États-Unis et du Nigéria contiendrait-il une clause afin d'éviter les questions gênantes des citoyens nigérians concernant la présence de l'armée américaine dans leur pays ?Toujours est-il que les populations locales ne semblent guère étonnées que les médecins américains installés sur leur territoire ne soient jamais touchés par les épidémies qui les frappent ;

ni que l'objectif initialement déclaré du programme MHRP : «protéger les troupes américaines contre l'infection et réduire les conséquences mondiales du VIH » demeure la priorité de celui-ci, en dépit de la multiplication alarmante de nouvelles problématiques épidémiologiques locales. Une indifférence – omerta subtilement imposée ? – qui libère complètement les mains des spécialistes américains dans la conduite active des recherches dont ils ont besoin…

Mais, derrière les études américaines secrètes dans ce pays, n`importe quoi peut se cacher et il reste possible que les conséquences de la présence américaine au Nigeria dépassent non seulement ses habitants, mais aussi tout l'Ouest de l'Afrique, jusqu'en Mauritanie.

Pas de panique : on peut déjà s’attendre à ce que la direction américaine ne fasse alors que hausser les épaules, puisque sa « bonne » mission sera terminée et les résultats de ses recherches archivés et… soigneusement classifiés.



Oxana Veretshuk




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