05-02-2024 15:31 - Élimination de l’Algérie à la CAN : le pouvoir recadre la presse sportive

Élimination de l’Algérie à la CAN : le pouvoir recadre la presse sportive

Jeune Afrique - Face aux graves dérives de certains médias après l’élimination prématurée de l’Algérie à la CAN, le ministre de la Communication rappelle sèchement à l’ordre les journalistes sportifs.

« Il n’est pas raisonnable que l’on ouvre la porte au premier venu pour écrire des articles, faire des interviews, des tables rondes ou des couvertures sans même un diplôme universitaire », s’est indigné le ministre algérien de la Communication devant un parterre de responsables de médias et de journalistes sportifs, réunis ce jeudi 1er février dans une salle de conférences à Alger.

Visiblement, pour les autorités, trop, c’est trop ! Flanqué du président de l’autorité audiovisuelle (ARAV), le ministre a adressé un cinglant rappel à l’ordre à l’ensemble de la corporation, l’exhortant à respecter l’éthique, la déontologie et les règles de base du journalisme.

Dressant un véritable réquisitoire contre les pratiques des commentateurs et journalistes sportifs qui sévissent à l’antenne et dans les journaux du secteur privé, Mohamed Laagab n’a pas mâché ses mots contre ces médias qui « matraquent les citoyens avec des discours de haine et des appels à la violence » et qui, dit-il, sont devenus, au fil du temps, « une menace à l’ordre public ».

« Les atteintes à la vie privée » et « la course au scoop et au buzz » seraient si courantes que « ce qui se publie aujourd’hui ne relève même plus de l’information sportive mais de la discussion de café », dira le ministre.

« Complot israélo-marocain »

Au soir de la défaite de l’Algérie contre la Mauritanie lors de la Coupe d’Afrique des nations qui se joue en Côte d’Ivoire, outre le lynchage systématique du sélectionneur national, Djamel Belmadi, des « journalistes », sur le plateau d’une chaîne de télévision privée, n’ont pas hésité à évoquer la piste d’une « conspiration » et d’un « complot ourdi par Israël et le Maroc » pour éliminer une « Algérie jalousée et ciblée de toute part ». Rien de moins.

D’autres médias sont allés jusqu’à déformer les propos tenus en conférence de presse par l’entraîneur de la Mauritanie, Amir Abdou, poussant ce dernier à réagir et à dénoncer une « presse people » qui ne recule devant rien.

Sur le plan médiatique, il faut dire que dès le départ, la participation algérienne à la Coupe d’Afrique des nations (CAN) était très mal engagée, avec l’affaire de Safia Benlemmane, la YouTubeuse dont les propos outrageants envers les Ivoiriens avaient suscité de vives réactions au-delà même du continent africain.

Cette influenceuse connue pour ses nombreux dérapages et sa proximité avec l’entourage officiel de l’équipe nationale algérienne avait fini, d’ailleurs, par être exfiltrée à la demande même des autorités algériennes.

Début de crise diplomatique avec la Mauritanie

Pour le ministre de la Communication, les journalistes ne vérifient même plus leurs informations, ne prennent plus la peine de les recouper et se contentent de reprendre ce qu’ils glanent sur les réseaux sociaux. « Ils ne préparent même pas leurs émissions et arrivent sur le plateau sans fiches pour s’improviser tour à tour joueur, arbitre, entraîneur, supporteur de club, ou, pis encore, juge ou procureur », s’insurge le ministre.

Les dérapages de cette presse sportive ont donc fini par provoquer un début de crise diplomatique avec l’un de rares pays voisins avec lesquels l’Algérie s’efforce encore d’entretenir des relations sereines et dépassionnées, la Mauritanie. La mèche du baril de poudre a été allumée lorsque certains titres algériens ont avancé que le Maroc avait financé le stage de préparation de l’équipe nationale mauritanienne en Tunisie ainsi que son séjour en Côte d’Ivoire.

Devant des accusations aussi graves, la fédération mauritanienne de football (FFRIM) a fini par sortir de son silence pour dénoncer une campagne de dénigrement orchestrée par des médias algériens : « Nous avons suivi ces dernières heures l’actualité de certains médias privés algériens, dont les auteurs affirment qu’un pays étranger aurait financé la préparation de notre équipe nationale en Tunisie pour la Coupe d’Afrique des nations 2023 et le séjour durant la compétition en Côte d’Ivoire […].

Cette rumeur dénuée de tout fondement […] est totalement fausse », ajoutant que « pour le gouvernement mauritanien et la FFRIM, la question du financement des équipes nationales est une affaire souveraine qui ne fait l’objet d’aucune discussion ».

Citation imaginaire de Lassana Camara

Dans la foulée, un autre journal algérien avait attribué une déclaration imaginaire au journaliste mauritanien et expert médias auprès de la CAF, Lassana Camara, lui faisant dire que le stage de la Tunisie avait été financé par la fédération marocaine de football. Réaction de l’intéressé sur X : « C’est une citation mensongère et totalement inventée. Je ne connais pas ce journal et je n’ai jamais donné d’interview à cet organe ordurier. Si vous avez des problèmes avec les Marocains, il faut régler ça entre vous. Ce n’est pas du journalisme, c’est du charlatanisme ! »

Pays où le football déchaîne toutes les passions, l’Algérie compte aujourd’hui une vingtaine de journaux et de sites électroniques sportifs traitant principalement du ballon rond. En juin 2014, le journal El Heddaf (le buteur) a créé sa propre télévision, aujourd’hui très suivie, et toutes les chaînes ont leurs propres émissions et talk-shows consacrés au ballon rond.

Pour le ministre algérien de la Communication, les journalistes et responsables des médias nationaux sont tenus de se conformer aux lois qui fixent les cadres de l’exercice du journalisme. Il est vrai que, jusqu’à présent, seuls les titres et les journalistes de la presse indépendante, née au lendemain de l’ouverture démocratique qui a suivi le soulèvement populaire d’octobre 1988, se sont retrouvés devant les juges ou derrière les barreaux. Les journalistes sportifs étaient épargnés. Tant qu’ils se tenaient éloignés de la politique.

Par Arezki Saïd





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Source : Jeune Afrique
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