17-12-2024 20:12 - Chinguetti 2024 : le festival de la honte qui fait vaciller des têtes

Chinguetti 2024 : le festival de la honte qui fait vaciller des têtes

Thaqafa - Il est malheureux que Houssein Ould Medou ait inauguré son premier ministère, à la tête du département de la Culture, des Arts, de la Communication et des Relations avec le Parlement, par un énorme fiasco.

En effet, le Festival des Villes Anciennes, rebaptisé Festival des Cités du Patrimoine, dans sa 13ème édition, est le plus mauvais festival jamais organisé dans ce pays, malgré un budget colossal et inégalé de 16 Milliards d’ouguiyas.

En effet, Houssein Ould Medou est bien connu dans le milieu de la presse et dans le milieu universitaire, avant sa nomination qui a été unanimement saluée à la tête de la Haute Autorité de la Presse et de l’Audiovisuel (HAPA).

Son parcours sans faute et l’aura dont il a été auréolé semble n’avoir pas pu le prémunir de la faune incrustée au sein du département de la Culture depuis des décennies. Il semble qu’il ait été la victime d’un entourage au sein du Ministère composé de responsables à qui il aurait fait beaucoup confiance.

L’organisation du festival de Chinguetti 2024 a été si lamentable que Ghazouani a interrompu son séjour dès la première nuit. Cela devrait avoir des liens avec le scandale qui a entouré la mésaventure du savant français Bernard Saison, dont les recherches archéologiques en Mauritanie, avaient permis la découverte de la vieille cité d’Azougui, l’ancienne capitale des Amoravides.

Mésaventure de Bernard Saison, savant et archéologue français

En effet, Bernard Saison, selon le récit en arabe piqué sur la page du journaliste Hacen Lebatt, a été invité par les organisateurs du Festival Chinguetti dans sa 13ème édition 2024. Malgré les excuses du savant qui a déclaré ne plus avoir la force des voyages vu son âge, il a plus de 80 ans, les organisateurs ont tenu mordicus à sa présence.

Ils lui ont même promis un voyage par avion jusqu’à Atar, puis de là à bord d’un 4X4 confortable et climatisé jusqu’à Chinguetti. Contre mauvaise fortune bon cœur, Bernard Saison débarqua le vendredi 13 décembre 2024 à l’aéroport de Nouakchott vers 1 heure du matin par un vol de la Royale Air Maroc.

A son arrivée il n’y avait personne à son accueil. Il resta là, seul, blotti sur une des banquettes déglinguées et en fer de l’aéroport, chassé de l’intérieur par les gendarmes aux environs de 3 heures du matin. Il passa ainsi toute la nuit dans cette position.

Vers 9 heures du matin, il appela alors son vieil ami, le Professeur Abdel Weddoud Ould Cheikh, qui se trouvait en France. Sans tarder, ce dernier appela le chercheur Mohamed Vall Ould Bah Ould Hamed qui se rendit dare-dare à l’aéroport pour récupérer Bernard Saison.

Mohamed Vall Ould Bah appela quatre cadres responsables au sein du Ministère de la Culture. En vain ! Au cinquième numéro composé, il tomba sur le directeur du Musée National, Mohamed Mahmoud Ould Abbe Ould Ne qui, pour des raisons de santé, n’a pas pu se rendre à Chinguetti. Il leur demanda de se rendre à l’hôtel MauriCenter réservé aux invités du festival. Si le nom du savant français ne figurait pas sur la liste, il déclara être prêt à venir à l’hôtel et à prendre en charge son séjour.

A l’hôtel MauriCenter, le savant français eut le temps de récupérer des forces après une nuit de calvaire. Dans l’après-midi, il reçut la visite d’un cadre du ministère de la Culture qui lui demanda d’être prêt à 7 heures le lendemain pour embarquer à bord d’un avion à destination d’Atar

Mais les mauvaises habitudes chez nous ont la tête dure. Bernard Saison qui était prêt dès les premières heures de la matinée a dû attendre jusqu’à 9 heures avant de voir le cadre du Ministère se présenter à lui, l’air ensommeillé. Il expliqua avoir mal dormi à cause des préparatifs du festival d’où son réveil tardif. Puis, il dit au savant français qu’il a raté son vol mais qu’une voiture est à sa disposition pour le conduire jusqu’à Chinguetti.

Le vieux professeur répondit qu’il ne pouvait pas voyager par la route. A l’écriture de ces notes, Bernard Saison est encore coincé à Nouakchott et tout ce qu’il souhaite, c’est de retourner chez lui.

Des milliards dilapidés en 3 jours et des invités mécontents

Toutes ces dépenses ostentatoires sont faites à Chinguetti pour un résultat nul, à l’heure où les malades dénoncent l’absence d’un scanner à l’hôpital Oncologique de Nouakchott menaçant ainsi la vie de plusieurs patients. Cela en dit long sur la gouvernance d’un régime dont le quinquennat et demi est marqué par la gabegie et l’impunité.

Face au tollé général soulevé par les Milliards de Chinguetti, les cercles du pouvoir se sont précipité pour expliquer que 12 milliards de l’enveloppe seront consacrés à la construction de la route Atar-Chinguetti, et que seuls 4 milliards ont été destinés à des infrastructures, à la modernisation de l’antique cité et à l’organisation du festival (transport des invités, logements, cachets des artistes, perdiums, frais de mission…)

Ce qui est sûr, des dizaines d’invités venus à Chinguetti n’ont pas eu de logements et n’ont bénéficié d’aucun accueil. Certains ont même dénoncé des détournements de badges. Des vidéos ont circulé sur la mauvaise organisation du festival et le diktat imposé sur les habitants de Chinguetti pourtant hôtes du festival et qui n’ont pas pu avoir accès à la manifestation.

D’ailleurs, tout le festival s’est résumé en des soirées ennuyeuses saupoudrées de folklore de basse facture, des discours pompeux et creux, quelques courses de bêtes de somme, un match de football, des stands artisanaux dont les tenants n’ont vendu le moindre objet.

Une véritable pagaille s’est aussi installée après le départ précipité du président Ghazouani, au grand dam des organisateurs d’autant que deux troupes, espagnole et marocaine, étaient attendus sur scène. Plusieurs personnalités ont même quitté la tribune, laissant des dizaines de chaises vides.

Par ailleurs, le directeur de l’ALESCO, Dr. Mohamed Ould Amar a fustigé le protocole, suggérant même la formation de jeunes hommes et de jeunes filles en plus des responsables du gouvernement dans ce domaine.

Plusieurs observateurs ont critiqué l’absence de toute innovation ou de talent dans les spectacles servis, certains discours ayant été jugés nuisibles à nos relations diplomatiques avec des pays auxquels la Mauritanie maintien des liens, d’autres propos ont été carrément tribaux et discriminatoires en contradiction avec le discours du président Ghazouani qui avait appelé dans son allocution à l’unité nationale et à la cohésion sociale.

In fine, Chinguetti en est à son 3ème festival. Chaque festival et son lot d’enveloppe pour assurer son développement social et économique. Mais apparemment, les milliards d’ouguiyas injectés dans cette cité semblent avoir été engloutis par les montagnes de dunes qui l’engloutissent année après année. Et Chinguetti est resté en l’état. Une cité sans infrastructures, pauvre et isolé.

Cheikh Aidara


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Une troupe chorégraphique – Crédit Ministère Culture


Troupe folklorique d’Atar – Crédit Ministère de la Culture


Une partie du spectacle Sur Scène une griotte maure- Crédit Ministère Culture


Images transmises par le Ministère de la Culture à la presse pour diffusion



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Commentaires (2)

  • Marouane (H) 18/12/2024 08:08 X

    Contrairement aux vœux pieux du président de la République, le festival de Chinguitty est loin d'avoir consacré l'unité nationale. Tout ce qu'on a vu c'est une kyrielle de notable persuadés qu'ils sont les dépositaires d'une civilisation arabe extraordinaire. Certains conférenciers ont outrageusement falsifié l'histoire en inventant des arbres généalogiques arabes à certains tribus maures qui sont en vérité d'origine berbère et même négro-africaine comme mentionné dans des écrits anciens aussi bien arabes qu'occidentaux. S'agissant de la résistance contre le colonisateur se sont des satisfécits distribués ça et là sans aucune source historique fiable. En finalité, Chinguitty a affiché un visage réactionnaire à cause de la malhonnêteté intellectuelles des organisateurs de ce festival très anachronique. Si la Mauritanie veut avancer, elle doit se tournait résolument vers l'avenir en oubliant son passé glorieux mais dans une grande mesure factice.

  • Tireur (H) 17/12/2024 23:55 X

    Pourtant le ministre de culture houssein est bon mais il est en otage;y a beaucoup de personnes faux dans ce ministère;le ministre si il ne les dégage pas il va lui meme degager parce que ils vont lui faire saboter. Il doit vite changer ces personnes incompétents et faus