30-08-2025 00:00 - Mauritanie – Guidimagha politique | Ce grand théâtre soninké à scène ouverte ! Par KS

À une époque de notre jeune conscientisation politique, il était d’usage d’entendre comme référence de positionnements politiques dans le camp du pouvoir principalement 2 noms.
Il s’agissait de M. Yaya KANE et M. Diéremouna SOUMARE (paix éternelle à leurs âmes). Ces personnalités étaient identifiées dans une certaine littérature politique régionale sous les appellations « tendance Yaya KANE » et « tendance Diéremouna SOUMARE ».
Ainsi la vie politique du giron pouvoir-état était animée par les clivages, les influences et les commerces politiques entre ces 2 camps auprès des autorités centrales de Nouakchott.
Les 2 courants plutôt clanico-politiques que tenants d’idéologies programmatiques, étaient (sont) arrimés aux anciens régimes dans les différentes communautés en termes d’appartenance sociale et de représentativité.
D’affichage transcommunauraire, mais selon les précisions d’un doyen consulté récemment, me donnent schématiquement comme suit : la tendance Diéremouna SOUMARE regroupait principalement les soninkés et la tendance Yaya KANE était mixte peulhs, maures et quelques soninkés. Ce parallélisme en terme d’ancrage politique par ces identités socio-claniques prendrait ses origines du temps du premier Président mauritanien M. Moctar Ould Daddah et son parti unique (Parti du peuple mauritanien).
Ainsi, c’est dans le sillage historique de cette réalité politique régionale qu’il faut observer et décortiquer les diverses déclinaisons évolutives dans le champ politique pro toutes-majorités-présidentielles (de Daddah à Ghazouani) du Guidimagha.
Les régimes se succèdent au palais ocre à Nouakchott et ces tendances mettent à jour leurs commerces politiques en lobbying du terrain régional pour être toujours dans « les petits papiers » du pouvoir en place. Le principe est simple : fidéliser une clientèle électorale en résultats localement et revenir à Nouakchott pour réclamer la récompense en termes de placements et de nominations à des postes au sein de l’administration.
Ainsi fonctionnait (fonctionne) ce commerce politique qui intègrait (intègre) dans ses clauses secrètes du côté soninké, la prise en compte ségrégationniste des patronymes de personnes à nommer par exemple comme ministres. Les compétences et les qualités morales passent en rang moindre par rapport au nom de famille porté lié à l’extraction sociale.
Et c’est ainsi de nombreuses années durant au détriment d’une véritable et exigeante vie citoyenne auprès des populations notamment pour leurs besoins en terme de développement multidimensionnel. Du « cheptel » votant… sollicité électoralement période à période… et ça continuait… ça continue !
Par les temps qui courent, depuis quelques années d’ailleurs, les logiques de tendances se sont décentrées de l’ancien schéma « héritage Yaya vs héritage Diéremouna » vers une affaire des dissenssions intestines intra tendance « Diéremouna SOUMARE » dite des soninkés. L’avènement des réseaux digitaux notamment whatsapp et l’accès massif et sans filtres aux discours politiques, un certain éveil s’est amorcé auprès de l’électorat.
Les élections législatives, régionales et municipales de 2023 au Guidimagha ont provoqué un certain chamboulement avec les performances électorales du parti Udp (encarté majorité présidentielle) qui rafla 4 députés sur les 8 de la region, plusieurs mairies et la vice-présidence du Conseil régional dans la foulée. Le principal parti au pouvoir Insaf a été mis en grande difficulté et par conséquent ses ambassadeurs historiques en légitimité dans la région au nom de la tendance ont vu leurs certitudes bousculées sèchement.
Ces ambassadeurs mi-politiciens mi-représentants des ordres féodo-traditionalistes voient comme une menace existentielle l’émergence d’une jeune garde (qui leur est apparentée en partie par ailleurs) très ambitieuse à leur goût. On peut citer dans ce registre, l’activisme terrain de M. Waly Diawara (dynamique vice-président du CR) et ses partenaires.
Les pôles constitués selon diverses opinions intra-communautaires dans cet affrontement frôlant l’amusement parfois, sont les suivants : le camp de M. Sidney Sokhna (vice-président de l’assemblée nationale) et ses ouailles et le giron mené par le duo dirigeant le Conseil régional, M. Issa Coulibaly (président) et M. Waly Diawara qui en est le premier vice-président.
Nombre de relais sociaux dans la communauté et dans la région sont en mouvements pour soutenir ici et-ou commercer politiquement pas que dans l’avenir là -bas. Certains élus (députés et maires) subissent ou participent à cet engrenage clanico-politique et social et sont rattrapés par ces réalités politiciennes de basse classe. Dans laquelle on y ourdit diverses manipulations et intrigues, sourde délation et sabotages mutuels.
C’est sur ce terrain étrange de lutte d’influence et de commerce politique et social qu’on trouvera des illettrés notoires et des personnages d’une médiocre tenue intellectuelle s’accaparer du gouvernail organisationnel et missionnaire et des diplômés bien instruits avec une certaine aération intellectuelle réduits dans la loge de suiveurs lambda. À propos, un adage soninké volontairement caricatural peut être convoqué : « les bovins boiraient par leurs queue désormais »
Il y a quelques temps, nous avons constaté l’activisme douteux d’un regroupement d’une certaine configuration s’auto-proclamant représentatif du Guidimagha, s’incruster dans cette arène de lutte de positionnements légitimistes pour sauvegarder (héritage Diéremouna SOUMARE) chez les uns ou pour remplacer (asseoir une nouvelle légitimité) chez les autres auprès du pouvoir central de Nouakchott.
À noter que ce regroupement espérant faire sa mue en une coordination politicienne viendrait de l’émanation des tenants réactionnaires qui se sont opposés et s’opposent par différents canaux au militantisme antiesclavagiste et anti-féodal porté par le mouvement citoyen, social et droit-de-l’hommiste Ganbanaaxu Fedde amorcé dans les milieux soninkés il y a 9 ans. L’illustration à point pour démontrer qu’il y a beaucoup d’ingrédients malaxés sous l’angle analytique purement soninké dans cette lutte clanico-politique intra tendance.
Et les masses populaires sont diversement et discriminatoirement traitées et concernées dans les enjeux globaux de ce fourre-tout très variable selon de quelle extraction sociale que l’on en vient. Les couches socialement privilégiées par les anciens régimes coutumiers vont essayer d’influencer les politiciens pour garder leurs positions intactes mêmes anti-républicaines dans les localités et les politiciens en retour vont les instrumentaliser à chaud en clientèle électorale avec des faux espoirs peu jouables à long terme.
Les autres couches sociales faites d’un grand mixte entre « cadets sociaux » relégués, éléments intermédiaires subordonnés statutairement parlant et forces indépendantes progressistes, doivent se trouver une voi(e)x en positionnements politiques et en stratégies d’approche en parallèle dans l’arène sociale et politique.
J’ose croire que l’une des clés de déverrouillage de ce système clanico-politique imposé d’en haut et alimenté d’en bas, passe par l’émergence d’une dynamique citoyenne de sensibilisation auprès des opinions sociales et de créer une synergie pragmatique avec un langage de vérité. Une nécessité de politiser valablement les couches historiquement reléguées dans la société et qu’elles s’autorisent des voi(es)x et moyens en accédant en lobbying direct aux hautes autorités politiques du pays (oppositions ou le camp du pouvoir selon les choix des uns et des autres).
27 août 2025
–Koundou SOUMARE pour le BLOG