13-03-2026 07:32 - Protection du cheptel national / Lettre ouverte à Son Excellence le Président de la République

Protection du cheptel national / Lettre ouverte à Son Excellence le Président de la République

Monsieur le Président de la République,

Permettez-moi, avec tout le respect dû à votre haute fonction, d’attirer votre attention sur une question que je considère comme stratégique pour l’avenir économique de notre pays. En tant que citoyen profondément attaché à la Mauritanie et à la préservation de ses ressources fondamentales, je souhaite partager une inquiétude qui, à mes yeux, mérite une réflexion nationale.

Il ne s’agit pas d’une critique, mais d’une alerte constructive, motivée par le souci de protéger l’un des atouts économiques les plus importants de notre pays : notre richesse animale et le rôle central de l’élevage dans l’équilibre économique et social de la Mauritanie.

C’est dans cet esprit de responsabilité et de contribution au débat public que je me permets de vous soumettre les réflexions suivantes: La Mauritanie risque de perdre son avantage économique le plus précieux.

Depuis longtemps, je redoutais et appréhendais une évolution qui pourrait menacer l’un des piliers silencieux de notre économie nationale. J’espérais sincèrement que cette situation ne se produirait jamais. Pourtant, aujourd’hui, les signes d’un commencement inquiétant apparaissent clairement.

De quoi s’agit-il ?

Très schématiquement, il s’agit de la perte progressive par la Mauritanie de son principal avantage économique : sa richesse animale, c’est-à-dire l’importance de son cheptel et la place centrale de l’élevage dans son économie.

Depuis des générations, l’élevage constitue une richesse nationale stratégique. La Mauritanie dispose d’un cheptel très important par habitant, souvent supérieur à celui de ses voisins dans plusieurs catégories d’animaux.

Cet avantage repose sur deux facteurs essentiels.

1. Une population relativement faible

La Mauritanie compte environ 5,4 millions d’habitants, alors que les pays voisins ont des populations beaucoup plus importantes :

• Sénégal : environ 18 à 18,5 millions d’habitants

• Mali : environ 22 à 23 millions

• Maroc : environ 37,5 millions

• Algérie : environ 46 à 47 millions

Cette faible population signifie que la consommation intérieure de viande reste limitée, ce qui permet au cheptel de se renouveler et de rester abondant.

2. Un secteur relativement préservé

Contrairement à d’autres secteurs économiques, l’élevage a été relativement épargné par la corruption et la mauvaise gestion administrative qui fragilisent souvent les structures de l’État. Il s’agit d’une activité largement entre les mains des populations rurales et des éleveurs.

Le danger : une exportation massive d’animaux

Aujourd’hui, une nouvelle orientation économique se dessine : développer l’exportation massive d’animaux vers les pays voisins pour répondre à la demande de marchés comptant des dizaines de millions, voire des centaines de millions de consommateurs.

À première vue, cette stratégie peut sembler bénéfique. Elle promet des entrées de devises importantes et des revenus rapides.

Mais en réalité, elle pourrait provoquer un effet destructeur à long terme.

Si la Mauritanie devait alimenter durablement des marchés beaucoup plus vastes que son propre marché intérieur, son cheptel pourrait être progressivement décimé, ce qui entraînerait la perte de cet avantage stratégique.

Un avantage écologique et économique unique

La Mauritanie est aujourd’hui un pays à très forte densité animale par habitant, notamment pour les espèces adaptées aux milieux désertiques et sahéliens :

• ovins

• caprins

• chameaux

Pour les bovins, la Mauritanie reste également bien placée dans la région, même si le Mali possède un cheptel plus important. Ce patrimoine animal constitue une richesse renouvelable, à condition qu’il soit géré avec prudence.

Des facteurs aggravants

Plusieurs facteurs risquent d’accélérer ce phénomène :

• La tentation des devises étrangères, qui encourage l’exportation rapide des animaux

• La sécheresse, qui fragilise déjà les pâturages

• L’exode de la main-d’œuvre rurale, qui réduit les capacités d’élevage traditionnel

La combinaison de ces éléments pourrait conduire à une diminution rapide du cheptel national.

Une stratégie dangereuse pour le développement

Construire une stratégie de développement fondée principalement sur l’exportation d’animaux vivants revient à prendre un risque majeur.

À long terme, cela pourrait :

• appauvrir les éleveurs

• réduire la disponibilité de viande sur le marché local

• augmenter les prix alimentaires

• accroître la dépendance du pays aux importations alimentaires

En d’autres termes, le développement basé sur l’exportation massive d’animaux pourrait se transformer en un véritable suicide économique.

Conclusion

La richesse animale de la Mauritanie constitue un patrimoine stratégique national. Elle représente non seulement une source de revenus pour des milliers de familles, mais aussi un élément clé de la sécurité alimentaire du pays.

Il est donc urgent de réfléchir à une politique équilibrée :

• protéger le cheptel national

• éviter sa surexploitation

• développer plutôt la transformation locale (viande, cuir, produits laitiers)

• créer de la valeur ajoutée à l’intérieur du pays.

Car perdre cet avantage serait perdre l’une des dernières forces économiques naturelles de la Mauritanie.

***

Mohamed Ould Mohamed El Hacen

Président fondateur Institut 2Ires et de l’Initiative TEBRI Mauritanie 2029





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Commentaires (1)

  • analagjar (H) 13/03/2026 15:31 X

    Tant que la politique nationale de l'élevage n'est pas sérieusement réfléchie, elle restera une question de subsistance pour nos éleveurs et par conséquent la vente de bétail à l'intérieur comme à l'extérieur du pays est vitale pour l'économie nationale et ce d'autant plus qu'il n y a pas beaucoup de choix pour les éleveurs qui peinent de plus en plus à garder leur cheptel en vie du fait de la diminution des pâturages ..Ce n'est donc pas une mauvaise chose de continuer à vendre tout en mettant en place une politique d'accompagnement de l'élevage pour le rendre plus performant dans le pib national Il faudrait que l'état s'oriente vers l'élevage intensif en étroite coopération avec le secteur agricole pour avoir du fourrage permettant de pallier le manque de paturage et utiliser les méthodes modernes pour engraisser le cheptel et améliorer la production