19-05-2026 18:45 - Esclavage et diversité / Par Sidiya Ould Ahemdi, Président de L’AENC

Esclavage et diversité / Par Sidiya Ould Ahemdi, Président de L’AENC

La lutte contre l’esclavage constitue une exigence morale, religieuse et nationale incontestable. Aucun projet de société juste ne peut se construire dans le déni des souffrances, des discriminations ou des séquelles héritées de l’histoire.

Cependant, il devient nécessaire d’alerter sur certaines dérives du débat public autour de cette question. Lorsqu’une cause juste est enfermée dans une logique de confrontation identitaire permanente, lorsqu’elle tend à désigner des communautés entières comme coupables héréditaires ou à enfermer d’autres dans un statut exclusif de victimes, le risque apparaît de voir la société se fragmenter durablement.

Une telle évolution pourrait conduire non pas à davantage de justice, mais à une forme de séparation psychologique, sociale et politique entre les composantes nationales, où chaque citoyen serait perçu d’abord à travers son origine sociale ou communautaire plutôt qu’à travers sa citoyenneté commune.

L’histoire montre que les sociétés qui institutionnalisent les divisions identitaires finissent par fragiliser leur cohésion nationale, nourrir les ressentiments et compromettre les perspectives de paix durable.

Les Mauritaniens doivent éviter ce piège. La lutte contre les injustices doit demeurer une lutte pour l’égalité, la dignité et l’unité nationale, et non un facteur de polarisation ou de méfiance généralisée.

Combattre les séquelles de l’esclavage ne doit jamais signifier reconstruire de nouvelles barrières sociales ou mémorielles entre les Mauritaniens. La justice véritable ne repose ni sur la culpabilisation collective ni sur la concurrence des souffrances, mais sur la reconnaissance des droits de tous dans le cadre d’une citoyenneté égale et indivisible.

Notre responsabilité collective est donc double, il s’agit de lutter sans ambiguïté contre toutes les formes d’injustice, tout en préservant la cohésion nationale et en refusant les discours susceptibles d’alimenter la division, la haine ou la rupture entre les composantes du pays.

C’est dans ce cadre que je me permets de rappeler que :

La Mauritanie porte une histoire complexe, marquée par des hiérarchies sociales anciennes, des injustices réelles et des fractures qui continuent d’alimenter le débat national. Parmi ces réalités, l’esclavage et ses séquelles demeurent une question majeure qui exige reconnaissance, justice et responsabilité.

Cependant, la recherche légitime de justice ne doit pas conduire à une lecture simplifiée de notre histoire ni à une division durable entre les composantes nationales. Réduire l’ensemble des inégalités mauritaniennes à une opposition figée entre communautés présentées comme éternellement victimes ou éternellement coupables risque de fragiliser la cohésion nationale et d’alimenter les tensions identitaires.

L’histoire de la Mauritanie, comme celle de nombreuses sociétés, est plus complexe. Les rapports de domination ont souvent mêlé facteurs sociaux, tribaux, économiques, politiques et historiques. Certaines populations ont subi plusieurs formes de marginalisation, y compris parmi des groupes eux-mêmes affaiblis par les transformations historiques, les conflits anciens ou la colonisation.

Reconnaître cette complexité ne signifie en aucun cas nier l’existence de l’esclavage ni minimiser les souffrances des victimes. Au contraire, cela permet de construire une mémoire plus honnête, plus équilibrée et plus capable de rassembler les Mauritaniens autour d’un projet commun de justice.

La lutte contre l’esclavage doit donc, rester une lutte pour la dignité humaine, l’égalité des droits et la citoyenneté pleine et entière. Elle ne doit pas devenir un instrument de polarisation, de culpabilisation collective ou de confrontation communautaire.

Notre pays doit éviter toute dynamique qui enfermerait les citoyens dans des identités héritées du passé, au point de créer des barrières psychologiques, sociales ou politiques entre Mauritaniens. Aucune société ne peut construire son avenir sur la méfiance permanente ou la concurrence des mémoires.

L’islam, qui constitue un socle moral partagé par la grande majorité des Mauritaniens, rappelle clairement que la supériorité ne repose ni sur l’origine, ni sur la couleur, ni sur le statut social, mais sur la justice, la piété et la dignité humaine. Ces principes doivent guider notre démarche collective.

Nous appelons donc : à une lecture apaisée et rigoureuse de l’histoire nationale, au rejet des généralisations et des accusations collectives, à une lutte ferme contre toutes les formes d’injustice et de discrimination, à une justice inclusive qui protège tous les citoyens marginalisés et nous réitérons notre appel à Un dialogue national fondé sur la vérité, la responsabilité et la cohésion.

Préserver l’unité nationale ne signifie pas taire les injustices. Cela signifie les traiter avec sagesse, équité et sens de l’intérêt commun afin que la quête de justice devienne un facteur de réconciliation et de paix durable, plutôt qu’un vecteur de division.

Sidiya Ould Ahemdi
Président de L’AENC





Les articles, commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité


Commentaires : 0
Lus : 305

Postez un commentaire

Charte des commentaires

A lire avant de commenter! Quelques dispositions pour rendre les débats passionnants sur Cridem :

Commentez pour enrichir : Le but des commentaires est d'instaurer des échanges enrichissants à partir des articles publiés sur Cridem.

Respectez vos interlocuteurs : Pour assurer des débats de qualité, un maître-mot: le respect des participants. Donnez à chacun le droit d'être en désaccord avec vous. Appuyez vos réponses sur des faits et des arguments, non sur des invectives.

Contenus illicites : Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes ou antisémites, diffamatoires ou injurieux, divulguant des informations relatives à la vie privée d'une personne, utilisant des oeuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).

Cridem se réserve le droit de ne pas valider tout commentaire susceptible de contrevenir à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, promotionnel ou grossier. Merci pour votre participation à Cridem!

Les commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité.

Identification

Pour poster un commentaire il faut être membre .

Si vous avez déjà un accès membre .
Veuillez vous identifier sur la page d'accueil en haut à droite dans la partie IDENTIFICATION ou bien Cliquez ICI .

Vous n'êtes pas membre . Vous pouvez vous enregistrer gratuitement en Cliquant ICI .

En étant membre vous accèderez à TOUS les espaces de CRIDEM sans aucune restriction .

Commentaires (0)