05-10-2026 21:45 - Tiris : la Mauritanie aux portes du marché mondial de l’uranium

Tiris : la Mauritanie aux portes du marché mondial de l’uranium

Points Chauds -- Le projet Tiris, dans le nord-est de la Mauritanie, entre dans une phase décisive. Après plusieurs années d’exploration et d’études techniques, Aura Energy prépare désormais le passage à la construction de ce qui pourrait devenir la première mine d’uranium du pays.

Le calendrier s’est toutefois déplacé. Aura vise désormais la publication de son étude de faisabilité bancaire — Bankable Feasibility Study (BFS) — à la mi-octobre 2026, avant de concentrer ses efforts sur la mobilisation des financements et la décision finale d’investissement. Le financement du projet reste ciblé pour la fin de 2026.

Un projet encore à financer

Tiris est porté par Tiris Ressources SA, détenue à 85 % par Aura Energy et à 15 % par l’État mauritanien à travers l’ANARPAM.

Les paramètres économiques publiés en 2024 faisaient état d’une durée de vie de 25 ans, d’une production moyenne d’environ 1,8 million de livres d’U₃O₈ par an et d’une capacité nominale de 2 millions de livres. L’investissement initial était alors estimé à environ 230 millions de dollars.

L’étude économique publiée en septembre 2024 faisait ressortir une valeur actuelle nette après impôts d’environ 499 millions de dollars et un taux de rentabilité interne de 39 %, sur la base d’un prix de l’uranium de 80 dollars la livre. Ces données correspondent toutefois aux hypothèses de cette étude et devront être réévaluées dans la nouvelle BFS.

Aura estime la ressource minérale à 91,3 millions de livres d’U₃O₈. Cette donnée concerne les ressources identifiées et ne signifie pas que l’ensemble sera nécessairement extrait.

Aura prépare le passage à la production


Aura Energy a récemment renforcé son équipe dirigeante. John Carr prend notamment en charge les travaux techniques et opérationnels liés à Tiris, tandis que Spencer Davey doit rejoindre le groupe comme directeur financier et Jeremy Carter comme directeur de la stratégie.

Le changement traduit une nouvelle étape pour le groupe australien : Tiris n’est plus seulement un projet d’exploration, mais un actif devant désormais franchir le cap du financement et de la construction.

Sur le terrain, Aura construit une usine pilote à Bir Moghrein, dont la mise en service est prévue à partir de novembre 2026. Elle doit permettre de tester différents minerais et de confirmer à l’échelle pilote les paramètres techniques nécessaires au futur traitement industriel.

Le procédé envisagé repose sur une exploitation à faible profondeur et sur une concentration du minerai avant traitement par lixiviation alcaline.

Washington entre dans l’équation

L’enjeu financier dépasse désormais les marchés miniers traditionnels.

Aura a indiqué que les discussions avec la U.S. International Development Finance Corporation (DFC) progressaient autour d’un éventuel financement du projet. Le montage pourrait également associer des fonds propres, une participation stratégique et d’autres instruments financiers.

La DFC a déjà publié les documents environnementaux et sociaux relatifs à Tiris. Ils confirment la participation de 15 % de l’État mauritanien et examinent notamment les questions liées à l’eau, aux déchets miniers, aux rayonnements, au transport et à la sécurité.

Aura a également signé en juin 2026 un protocole d’accord non contraignant avec un grand opérateur nucléaire international, portant potentiellement sur un investissement, l’achat futur d’uranium et une coopération technique. L’identité du partenaire n’a pas été rendue publique.

Un marché mondial en forte demande

Le calendrier de Tiris intervient alors que le marché mondial de l’uranium connaît une nouvelle dynamique, portée par le retour du nucléaire dans les stratégies énergétiques de nombreux pays.

Selon la World Nuclear Association, les besoins mondiaux des réacteurs devraient passer d’environ 68 920 tonnes d’uranium en 2025 à plus de 150 000 tonnes en 2040 dans son scénario de référence.

L’Afrique se retrouve au cœur de cette recomposition. La Namibie demeure un producteur majeur tandis que le Niger, longtemps fournisseur important du marché mondial, traverse une profonde recomposition de ses relations avec ses partenaires occidentaux.

En septembre 2026, les États-Unis ont notamment approuvé jusqu’à 414 millions de dollars de financement pour le projet d’uranium Dasa au Niger. La décision illustre l’attention croissante de Washington à la sécurisation des approvisionnements en uranium.

La Chine, de son côté, conserve une position importante dans le secteur minier namibien, notamment dans l’uranium.

Un nouvel enjeu économique pour Nouakchott

Si Tiris atteint la production commerciale, son impact dépassera les seuls revenus miniers.

Selon l’étude d’impact préparée dans le cadre du processus de la DFC, les bénéfices économiques directs pour la Mauritanie pourraient atteindre environ 833 millions de dollars sur la durée de vie du projet, à travers notamment les royalties, les dividendes revenant à l’État et la fiscalité, sur la base d’un uranium à 80 dollars la livre.

Le projet devrait employer environ 300 personnes pendant la phase d’exploitation, avec un objectif affiché de privilégier la main-d’œuvre mauritanienne.

Mais Tiris se trouve dans une région désertique où les questions liées à l’eau, aux déchets, au transport et à la protection de l’environnement seront particulièrement surveillées. Les documents environnementaux de la DFC classent le projet en catégorie A en raison des impacts potentiels associés à l’extraction et au traitement de l’uranium.

Le vrai test commence maintenant

La Mauritanie n’est donc pas encore productrice commerciale d’uranium. Tiris doit encore franchir plusieurs étapes : finalisation de la BFS, validation industrielle du procédé, sécurisation du financement, décision finale d’investissement puis construction.

Les prochains mois seront ainsi déterminants. Si Aura parvient à boucler le financement et à lancer la construction, Tiris pourrait ouvrir à la Mauritanie les portes d’un nouveau segment stratégique du marché minier mondial.

Pour Nouakchott, l’enjeu sera de transformer cette ressource en recettes, emplois et compétences locales, tout en préservant ses intérêts dans un marché où l’uranium est redevenu un enjeu majeur de sécurité énergétique et de compétition internationale.



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