11-01-2009 12:29 - Procapec : Vrai - faux scandale ou règlement de compte ?

L’agence Procapec a un nouveau directeur national. Il s'agit tout simplement d'Ahmed Ould Boucheïba. Il remplace son prédécesseur Ahmed Ould Khattry, aujourd'hui impliqué dans une ténébreuse affaire de mauvaise gestion!
Etrange revanche du sort, n'est-ce pas, si l'on ne prête pas l'oreille à tout ce qui se dit sur la volonté d'un influent élu de faire payer à Ould Khattry sa sortie de sa sphère d'influence lors du passage de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi à la présidence de la République.
D’aucuns considèrent que le limogeage d'Ahmed Ould Khattry ne peut pas être mis - seulement - sur le compte d'une supposée mauvaise gestion de Procapec, mais qu'il sent de très près l'odeur d'une sorte de règlement de compte politique qui a commencé par le Premier ministre Yahya Ould Waghf et qui pourrait bien s'étendre à d'autres cercles du pouvoir.
A voir ce qui est arrivé aux cadres arrêtés depuis la destitution du président démocratiquement élu, on peut dire que la tendance, dans le nouveau pouvoir, est de se servir de l'économique pour les besoins du politique. Une stratégie qui tranche avec celle de Ould Taya qui, pour casser ses adversaires, mettait plutôt en avant la sécurité du pays et la sûreté de l'Etat, les détournements étant le sport favori de la plupart des Mauritaniens.
Dans le cas de la Procapec ('Agence de Promotion des Caisses d'Epargne et de Crédit), l'ancien directeur national semble avoir vu le coup venir. Tout le monde se rappelle que, sur certains sites et dans certains journaux, des informations qui s'apparentent à la publicité étaient publiées comme pour conjuguer le mauvais sort.
Blanc seing, dit-on, de la Banque centrale de Mauritanie et de la commission d'enquête parlementaire chargée de faire la lumière sur le PSI (Programme spécial d'intervention). Une démarche qui rappelle celle menée, il y a quelques mois, par la Procapec, alors au faîte de sa gloire, pour "vendre" son image et celle de son patron à travers la campagne faite autour de ses produits (épargne, crédit, épargne-logement, épargne-hadj, boutiques, AGR). C'était dans la pure lignée des assises l’Agence avait organisé, le 18 mars 2008, au Palais des Congrès.
Ces assisses qui ont duré deux jours avaient certes pour objectif d’évaluer "le bilan de l’année écoulée et d’entrevoir les perspectives nouvellement ouvertes par les performances de 2007-08" (raison apparente, murmurent ceux qui n'approuvaient pas le comportement quelque peu arriviste de Ould Khattry).
Les chiffres évoqués à l'époque donnaient du tournis et faisaient pâlir d'envie beaucoup de directeurs d'établissements publics ou d'agences qui voulaient être à la place d'Ahmed Ould Khattry, une sorte de "sac à dos" que la bonne étoile a porté de l'Agence de Nouadhibou à la direction nationale des Procapec.
C'est au cours de ces assises, à l'allure de nouveau départ, que le directeur national a annoncé l'ouverture de la Procapec à de nouveaux créneaux. Une entrée en compétition avec la Socogim, dans le domaine de l'épargne-logement, qui va obliger la Procapec à orienter une partie non négligeable de ses ressources vers cet investissement très lourd qui pourrait expliquer, aujourd'hui, un aspect de ses déboires.
Au moment de ses assises, la Procapec avait, apparemment, le vent en poupe, si on croyait les indicateurs fournis par l'Agence : nombre des adhérents (82.500), nombre des employés (500), volume des crédits (2.1 milliards), bénéfice net (132 millions), 37 caisses sur l’ensemble du territoire national …
Le volontarisme du jeune directeur des Procapec pour contribuer à l'élan national de lutte contre la pauvreté - un credo qui date du temps de Ould Taya et qui sans doute survivra aux tombeurs de Sidioca - s'est traduit par la création d’un centre pour financer les petites et micro entreprises qui, en moins d'une année, a distribué, sous forme de crédits, 632 millions d’ouguiya !
Dans le ponctuel, la Procapec a procédé à «l’équipement des sièges de toutes les CAPEC avec tout le matériel nécessaire», «la réduction des droits d’adhésion de 5000 UM à 2000 UM», «la diminution de la marge bénéficiaire sur les crédits de 7%», «l’augmentation des salaires des employés du réseau de 50%».
C'est sans doute cette dernière mesure qui a poussé les travailleurs du réseau des Capec à se solidariser avec Ahmed Ould Khattry. Une estime que ne partage sans doute pas celui qui a tout mis en branle pour déboulonner, à tort ou à raison, le fils prodige de "Teychtayat" (Trarza).
Amadou Diaara