17-03-2009 11:23 - Lutte contre la gabegie : Plusieurs responsables du MDR épinglés!

Les limiers de l’IGE font parler d’eux au ministère du développement rural. Ils viennent d’indexer plusieurs responsables de ce département leur enjoignant de rembourser des sommes parfois colossales. Pour certains des responsables concernés, les limiers de l’IGE seraient venus dans l’esprit de sanctionner, sans autre forme de procès.
Toujours est-il que l’IGE a donné ultimatum jusqu’à mercredi à tous ces responsables de «restituer» les fonds considérés par elle comme des écarts de gestion.Une véritable fièvre d’assainissement de l’Administration s’est emparée de l’IGE depuis que les autorités militaires ont décidé de mener une opération «mains propres» dans la gestion des affaires publiques.
Il y eut d’abord les Procapec, ensuite le ministère délégué chargé de l’environnement (janvier 2009) et enfin le ministère du développement rural. Ces opérations ne sont pas sans risque pour les autorités politiques si elles devaient remonter à des personnalités d’un certain acabit.
Pour autant, le Chef de l’Etat, le général Mohamed Ould Abdel Aziz, probablement candidat à la future élection présidentielle, n’en a cure. "La lutte contre la gabegie et l'instauration de la justice se poursuivront…" disait le général devant les populations d’Akjoujt.La même résonnance du discours qu’il nous avait tenu lors d’une entrevue sur le chemin de retour de Doha.
Neuf responsables mis en demeure.
C’est donc le ministère du développement rural qui traverse aujourd’hui une mauvaise passe avec la mise en demeure adressée par l’IGE à plusieurs responsables du département dont elle dit avoir constaté des écarts dans la gestion. Il fait les frais de l’enquête diligentée par les inspecteurs de l’IGE. En effet, depuis quinze jours, ces limiers avaient élu domicile au Ministère du développement rural dont ils ont épluché pratiquement tous les comptes et passé en revue la gestion des directions.
Le résultat est effarant. Aucune direction n’a échappé à la mise en demeure même si les montants relevés sont différents selon les responsables. Les écarts relevés par l’IGE portent parfois sur une somme de moins d’un million d’ouguiya (direction des politiques, de la coopération et du suivi-évaluation). Une somme déchargé pour les besoins de déplacement du personnel et déchargé par un responsable, présentement absent. Dans d’autres cas, les mises en demeure portent sur plusieurs dizaines millions d’ouguiyas parfois des centaines de millions.
La palme de cet hitparade revient aux deux ordonnateurs de budget qui se sont relayés au département sont concernés. Il s’agit de Idoumou Ould Abdi, devenu SG du ministère de la communication avant d’être limogé récemment, et Ali Fall. La facture concernée serait de 160 millions d’ouguiyas dans la gestion de Ould Abdi et de 46 millions Ali Fall. Ce dernier atteste n’avoir «jamais procédé à un quelconque engagement» depuis sa nomination le 6 novembre 2008.
Il aurait également répondu aux observations de L’IGE qui l’aurait épinglé sur la liquidation des dépenses de son prédécesseur en rapport avec le Psi. Il rappelle, par ailleurs, que même s’il est ordonnateur du budget, c’est toujours à l’initiateur de la dépense que l’IGE aurait dû demander des comptes. Au sein du cabinet de la ministre, deux conseillers sont également épinglés par l’IGE. Il s’agit de Mohamed Ould Areibi (conseiller technique) et Fall Mokhtar (conseiller à l’élevage).
Ces deux responsables sont sommés également de rembourser des montants qu’ils ont eu à gérer. Le montant n’est pas connu avec exactitude mais il se situerait entre 100 mille à 12 millions d’ouguiyas. Certains de ces responsables contactés par nos soins se murent dans un silence total. «Pas de commentaire». Il en est ainsi des deux conseillers mais aussi du directeur administratif et financier. L’IGE exigerait de celui-ci la restitution de 30 Millions d’Ouguiyas.
Le directeur de l’aménagement rural, Coulibaly Oumar, que nous n’avons pu contacter sur ses téléphones, devrait aussi rembourser la somme de 100 millions d’ouguiyas répertoriés comme des écarts dans sa gestion. Le directeur de l’élevage, Mohamed Yahya Ould Bah, également concerné par la mise en demeure de l’IGE, serait contraint de rembourser une enveloppe de plus de dix millions d’ouguiyas.
Enfin, il y a le directeur de l’agriculture, Mohamed Ould Nemine duquel l’IGE exigerait de rembourser 40 millions d’ouguiyas. Ce dernier est plus prolixe et estime qu’il est victime d’une machination. Pour lui, les inspecteurs sont venus «animés de l’esprit de sanctionner le premier responsable d’une direction». Cependant, il note avec amertume qu’aucune approche pointue n’a été faite par l’IGE pour voir clair dans son bilan.
Malversations ou faute de gestion?
Plusieurs de ces responsables indiquent le peu de fiabilité objective du contrôle. Face à l’absence de procédure, certains estiment qu’il y a parfois des confusions fatales entre les fautes de gestion et le détournement porté en étendard par l’IGE. Ces responsables indiquent en fait qu’ils sont lésés par un contrôle à priori de l’IGE qui ne maîtrise pas elle-même les mesures des dépenses publiques.
En d’autres termes, pour ces responsables contrairement au constat dressé par les inspecteurs de l’IGE, les observations faites n’ont rien d’un détournement au sens juridique du terme parce qu’il s’agit parfois de l’exécution d’ouvrages ou encore d’appréciations subjectives de surfacturation. Pour ces responsables, l’IGE les a jetés en pâture à l’Opinion publique, avant même de les informer des mises en demeure elles-mêmes. Certains auraient même ressenti chez les inspecteurs de l’IGE, un sentiment tendant à les terroriser pour des manquements procéduriers ordinaires.
Toujours est-il que certains de ces responsables du MDR ont finalement accepté de restituer certains montants juste pour ne être «traînés dans la boue». La notification par la police sur les lieux de travail et l’appui par l’IGE d’experts non reconnus déphaseraient l’esprit d’un contrôle rigoureux et efficace. Les plus téméraires parlent même du «devoir de les réhabiliter» après des contre-expertises. Ils entendraient même porter plainte contre les IGE.
L’IGE, rappelle-t-on, avait fixé la date de mercredi 18 mars 2009 pour la restitution des deniers censés être «détournés». Pour le régime en place, cette volonté d’en découdre avec les prévaricateurs soulève tout l’intérêt du contrôle interne dans les départements ministériels. Ce personnel de contrôle pléthorique et inutilisé jette un voile sur le contrôle à priori qu’il est censé effectuer.