27-10-2009 23:06 - Femmes de ménage: Esclaves des temps modernes.
Battues, violées, souvent accusée faussement de vols et jetées en prison, les femmes de ménage, dont une écrasante majorité de mineurs, continuent de vivre un véritable calvaire, en l’absence de toute protection juridique ou judiciaire.
Pour nous plonger dans cet univers sulfureux, l’Association des femmes chefs de ménage (AFCF) a animé jeudi 22 octobre 2009, une conférence de presse, en présence de la présidente Aminetou Mint Mokhtar, de l’avocat-conseil de l’association Me Bezeid ainsi que de quelques victimes.
Visage renfermé et triste, une jeune fille victime d’harcèlements sexuels de la part de son employeur, était assise autour de la table, où trônaient quelques journalistes, les responsables de l’AFCF que dirige Aminetou Mint Mokhtar ainsi que l’avocat de l’ONG, Me Bezeid.
Devant l’ampleur de l’injustice infligée aux femmes de ménage, vulnérables et faibles, un projet a été monté le 1er avril 2009 par l’ONG «Terre des hommes » avec la coopération espagnole et la collaboration de l’AFCF.
L’esprit du projet.
Le projet qui en est encore à sa phase test au niveau des neuf Moughataas de Nouakchott, sera élargi aux autres Wilayas du pays, dira sa Coordinatrice. Il s’agit, selon elle, d’assurer l’assistance juridique et la prise en charge psychologique des employées de maison victimes de maltraitances physiques au sein des ménages qui les emploie et qui parfois les jette en prison, en les accusant de vol pour ne pas payer des arriérés de salaires.
Ainsi, la problématique des employés de maison se pose-t-il aujourd’hui avec acuité en Mauritanie, en l’absence d’une réelle volonté d’appliquer les textes en vigueur et les Conventions internationales ratifiées par la Mauritanie, dira en substance Aminetou Mint Mokhtar.
Pour cela, dira-t-elle plus loin, le concours des pouvoirs publics et de la société civile, est-il impérieusement requis. Les filles en question, dont l’âge varie en général entre 6 et 17 ans, sont des proies faciles pour les sans scrupules. Issues des couches les plus défavorisées ou victimes de l’immigration clandestine, elles sont en général exposées à des violences physiques et psychologiques, sans aucun interlocuteur et en l’absence du suivi des familles.
En effet, devant la loi, ce sont en général les plaignants, souvent des familles riches et puissantes, qui sont les plus écoutés dira Mint Mokhtar qui ajoute que devant la police, «c’est le mot de l’employeur qui pèse ». Aussi, le projet prévoit-il une politique d’insertion pour former les victimes à d’autres métiers, car comme le dit Aminetou Mint Mokhtar «les femmes victimes sont traumatisées à tel point qu’elles se détournent de ce travail ».
A travers un programme d’alphabétisation et de formation professionnelle, le projet vise à offrir à ces femmes et filles d’autres sources de revenus. Le projet qui s’étend sur une année, avec une évaluation tous les trois mois, est coordonné par Nebghouha Mint Abdallahi, une jeune femme membre de l’AFCF.
Un recensement a permis de dénombrer 400 filles employées de maison. Selon Nebghouha, les cas de violence sur cette frange d’employés sont pléthoriques et souvent dramatiques, citant le cas de cette fillette de 9 ans qui ne recevait comme salaire contre son travail, que le reste des repas de ses employeurs. Il y a aussi le cas de cette fille de 19 ans qui avait interrompu ses études par pauvreté et fut obligée de s’engager comme employée de maison.
Elle sera maltraitée. La plupart des victimes souffrent d’ignorance, certaines n’ont pas de documents d’état-civil. Pour celles d’entre elles en âge d’aller à l’école, le projet les aide à avoir des pièces d’état-civil, les inscrive à l’école et les prennent en charge. C’est ainsi que le projet à une antenne dans chaque Moughataa de Nouakchott, et travaille avec des agents communaux et des assistantes sociales. Ce sont 350 filles qui sont aujourd’hui visées par le projet.
Cas de Fatou Guèye.
Le cas le plus révoltant est celui de Fatou Guèye, une mineure de 17 ans qui travaillait pour une famille et qui fut accusée de vol avant d’être jetée en prison. Pour Me Bezeid, plusieurs violations des procédures ont été relevées dans ce cas. D’abord la fille a été interpellée au domicile de ses parents, à 1 heure du matin (alors que la loi n’autorise pas l’interpellation à domicile au-delà de 22 heures).
Elle a été arrêtée par des policiers qui accompagnaient les plaignants en dehors de leur compétence territoriale. La fille logeant à Basra, donc relevant de Sebkha, a été amenée à El Mina 1. Elle a été torturée pour l’obliger à avouer.
Ensuite, quand les policiers ont senti qu’ils ont dépassé les bornes, dira Me Bezeid, ils l’ont balancé à la Sûreté qui l’orienta vers la Brigade des Mineurs, seule compétente en la matière. Selon Me Bezeid, une expertise médicale devait être conduite, la fille ayant été balancée dans la brigade dans un état critique. Cela ne fut pas fait. Arrivée au parquet, ajoute Me Bezeid, la fille était d’emblée condamnée par l’un des substituts qui traita le dossier.
Selon Me Bezeid, il lui a demandé sèchement de libérer la chaise qu’elle occupait pour laisser place à une visiteuse, avant de se ressaisir et a tenté par la suite de l’interroger en public, avant aussi de revenir à la raison. De toute façon pour lui, «toutes les bonnes sont des voleuses » rapporte Bezeid. La petite Fatou Guèye n’avait dès lors aucune chance d’échapper à la prison où elle croupit depuis plus de deux semaines.
Pourtant, soutient Me Bezeid, les 200.000 UM qui ont été volés ne pouvaient pas l’être par la fille. Celle-ci, dira-t-il, s’était vu offrir, par l’une des filles de la maison, un sac qui contenait l’argent. «La fille aurait-elle gardé le sac si elle avait pris l’argent ? » s’interroge entre autres.
Selon Me Bezeid, aucune des dispositions contenues dans le Code pénal des mineurs n’est aujourd’hui appliquées, pas de représentations dans chaque Moughataa d’une brigade des mineurs, pas de policiers formés dans le domaine des mineurs, pas de juridictions spéciales pour mineurs, pas de magistrats suffisamment formés dans ce créneau.
Aminetou Mint Mokhtar rappellera qu’en plus de sa propre législation qu’elle ne respecte pas dans domaine du droit des mineurs, la Mauritanie n’applique pas les dispositions de la Charte africain de l’enfant qu’elle a signé et toutes les autres conventions relatives à cette frange.
C.A
