27-02-2013 07:53 - Comment le monde musulman voit-il la la région du Sahara après la destruction de la Libye ?
1-Des problèmes en profondeur
Au Mali, la France a déclenché le feu d’une guerre qu’elle ne pourra pas éteindre sans coordination avec les pays environnants, sinon ceux-ci seront plus tard obligés d’en supporter les conséquences.
Commencée par des frappes aériennes extatiques, ouvrant la voie à un conflit sanglant mettant à feu et à sang une vaste région caractérisée par un immense espace saharien où l’autorité de l'État n’existe pas.
Au même moment, prospère l’économie des groupes islamistes basée sur la contrebande et le trafic des armes affluant des arsenaux libyens et des fournitures américaine et qatari lors de l'invasion de la Libye, notamment après contrôle par des milices islamiques d’importantes positions et villes libyennes après le chaos causé par l’invasion française.
La région où se déroule la guerre constitue une ceinture de minorités souvent séparatistes à la périphérie de cinq pays: le Mali, le Burkina Faso, l'Algérie, la Libye et le Niger. L’aspiration à la séparation et le sentiment d'injustice sont historiques et profonds chez ce groupe nombreux dont on ne dispose pas de recensement permettant d’en donner le chiffre précis ; notamment ses communautés qui vivent au Mali et au Niger.
Ces minorités partagent les mêmes tragédies de marginalisation et d'absence totale de la participation politique et à la croissance économique. Ceci a eu comme conséquence effective la pauvreté des pays et l'absence de tout budget de développement. Mais aussi l'inégalité des chances et des opportunités que ces pays manquent d’offrir à leurs peuples dans le cadre d’une orientation peu pertinente.
Les régions du Mali où sévit la guerre sont peuplées par de nombreuses communautés dont les Arabes, les Touaregs, les Songhai et les Peulhs entre autres. L’ensemble vivant d’activités et de sources auxquelles l'État ne contribue en rien et qui proviennent, pour la plupart de fruits du labeur de travailleurs exilés dans les pays voisins (Libye Algérie, Mauritanie, Burkina, Côte d’Ivoire, etc…).
Réparties sur près des deux tiers de la superficie du pays à Léré, Kidal, Tombouctou, Ménaka, Tassalit, Goundam, Lerneb, les communautés arabe et touarègue partagent avec des groupes Noirs des espaces communs tels que Gao, Sévaré, Mopti, Jabaly, Dagafré et Alambara. Ces groupes possèdent une spécificité culturelle, aspirent à affirmer leur identité propre. Sur cette base, ils ont combattu le colonialisme sous la direction du prince targui (Fahron) dans la guerre dite d’Ader Mbouka en 1916.
Ils ont également rejeté l'école parce qu'elle consacrait, dans leur culte, la soumission au colonisateur, refusé de s'engager dans l'armée coloniale car ils ne veulent pas non plus combattre dans le rang des troupes françaises. Ils constituent un peuple nourrissant une ambition d'indépendance puisée de l'histoire, à la recherche de son identité et ne croyant pas en un avenir dans des conditions qui ne connaissent jamais d'amélioration au sein de l'État malien.
Le président français se réveilla brusquement et se mit à répandre la mort gratuite en réponse à l'appel au secours lancé par un président illégitime et pour protéger 6000 citoyens français vivant au Mali. Bien que nous ne soyons pas certains du motif de la noblesse ou de la décence dans cette position, le passé du Mali plein de troubles nous oblige à reconnaître que la position française est pure hypocrisie, du moins en sa première partie.
Les germes de la discorde
Entre 1963 et 1965, une insurrection généralisée éclate au nord du Mali suite à la tentative du gouvernement malien d’installer un chef targui après la mort de l'émir Aminoukal de la tribu Ivoghas. Cette révolution a pour véritable cause la non reconnaissance de l'autorité du sud, ce qui suscita la réaction rapide et sanglante du gouvernement central par la nomination de Moscontou, un chef militaire sanglant de la majorité négro- africaine Bambara, ayant participé à la guerre contre la révolution algérienne.
Il détruisit les puits, décima le bétail et tua les hommes devant les yeux de leurs enfants et on déclara le Nord zone militaire. En échange d’une médiation malienne entre le Maroc et l'Algérie, le Maroc a relis Mohamed Ag Attaher, chef de la tribu Kelentsar, accusé par le Gouvernement malien d'être le cerveau de la révolution. L’homme fut condamné à mort et y échappa grâce à la pression conjointe du roi saoudien Fayçal et du leader arabe Gamal Abdel Nasser à la veille de son exécution.
En 1972, une terrible vague de sécheresse frappa la région et les aides canadienne et internationale ne dépassaient pas la plupart du temps la capitale Bamako - l'administration était corrompue - mais les populations savent la position du Gouvernement à leur égard et considèrent cela comme un acte d'hostilité dans le cadre de l’orientation générale de l'État malien vis-à -vis d’eux, sous la forme de marginalisation, de manque de soins de santé, d’absence de services publics et de représentation insignifiante dans les fonctions administratives et parlementaires.
En 1990, les sentiments refont surface à nouveau avec le retour des orphelins des évènements des années soixante. Après une formation en Libye et la participation à la guerre en Palestine, au Liban, au Tchad et au Nicaragua, ils eurent la plus grande ambition de réaliser leur aspiration à l'indépendance et obtenir une victoire pour leur peuple.
Ainsi, Ayad Ag Ghali fonde le Front Populaire pour la Libération de l’Azawad (FPLA) avec un grand nombre de dirigeants Arabes et Touaregs dont Ahmed Ould Sidi Mohamed, et Guissé Cove, Ibrahim Ag Bahanga et Abderrahmane Gul. Les opérations militaires contre l'armée et le gouvernement maliens s’étendent après les évènements de Tchinta Baraten. Ni les États arabes et encore moins les pays occidentaux, notamment la France, ne fournissent d’efforts, aussi minimes soient-ils, pour soutenir la paix. Ils restent même sourds aux cris des gouvernements maliens d’alors.
L’accord comprend des obligations politiques et dans lequel l'aspect économique requiert une aide effective des pays, en particulier ceux qui prétendent l’amitié et assument des responsabilités morales envers le Mali, comme la France. L’accord ne tarda pas à s’effondrer à cause de l'incapacité de l'État malien à remplir ses plus importantes obligations que sont le développement du Nord, l’extension de l'accès aux opportunités économiques et aux services ainsi que l’amélioration des conditions et de la situation du Nord.
Cela constitua une raison objective pour un nouveau retour du pays à l’instabilité que des pays voisins - la Libye, en premier lieu, puis l'Algérie - cherchaient à apaiser en accordant certains avantages aux combattants mécontents et à des dirigeants comme Guissé Alambo, Eyad, Ag Bahanga et d'autres. En 2006, le même Ibrahim Ag Bahanga (qui déserta l'armée malienne qu'il avait rejointe en vertu de l’accord avec le grade de commandant) annonça son retrait définitif de l'accord qui ne donnait ni avantages ni droits à son peuple.
Il y resta un groupe ayant obtenu des avantages comme le Colonel Hagi Gamo, l’homme de l’Algérie et chef de la base de Konna, qui a fui vers le Niger après son attaque par des islamistes. C’est aussi le cas du Colonel Medou actuellement réfugié en Mauritanie.
Après le coup d'État, Ag Bahanga revient aux armes contre le gouvernement malien. Dans la foulée de sa mort subite, l'instabilité persiste en raison de la détérioration de la situation socioéconomique du Nord et la dégradation y atteint son paroxysme, surtout avec le manque de confiance dans l'avenir après la perte du soutien libyen.
Plus grave, des groupes touaregs sont retournés de Libye, affichant clairement leur aspiration à l'indépendance totale et définitive, dévoilant leur nouvelle structure sous le nom du Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA) dirigé par Hamma Ag Mahmoud, Ministre de l'éducation dans le premier gouvernement de Moussa Traoré. Puis Iyad Ag Ghali entreprit l'attaque dans l’opération de Aguel Hock, marchant contre les villes de Kidal et de Gao, tua 107 soldats maliens qu’il filma.
80% des groupes que la France dit combattre comme groupes terroristes sont originaires du Nord du Mali, y constituant des courants revendiquant l’amélioration permanente de la situation de son peuple à travers ses ailes civiles et donnant de nombreuses possibilités pour la paix avant de devenir des groupes extrémistes, y compris Iyad et les membres de son mouvement Ansar Eddine.
Intérêts géopolitiques
La France n’a jamais pensé au Mali et à ses graves problèmes ni envisagé de mettre sa force constructive et non mortelle et son amitié au bon endroit avant que les évènements dramatiques ne s’abattent sur le Mali.
Le contenu des déclarations des français est- il juste?
Dans la première déclaration du Président français après l'intervention militaire de son pays, il dit : "La France répond à la demande du Président malien (…) et pour protéger les ressortissants français", avant de déclarer l’après- midi du samedi suivant à la presse française : «nous avons arrêté la progression de nos adversaires et la France n’a pour objectif que la lutte contre le terrorisme."
Face à cette contradiction, les analystes ont soulevé plusieurs questions sur l'objectif réel de l'intervention française : s’agit-il d'arrêter la progression des islamistes radicaux ou de continuer à aider le gouvernement malien in situ pour recouvrer sa partie Nord? Est- ce une occasion pour resserrer leur emprise sur le Mali – dans le cadre de l'intersection des intérêts géopolitiques - qui, malgré sa pauvreté regorge de ressources minières stratégiques (l’un des pays producteurs d’or en Afrique), riche en uranium dont il renferme avec le Niger les plus grands minerais fournissant à la France le tiers de ses besoins en combustible nucléaire) et recèle des réserves de pétrole et de malachite (pierre précieuse).
Tout comme il est évident que les troubles politiques récurrents menacent les intérêts français au bassin de Taoudenni qui s'étend sur une superficie de 5,1 million de kilomètres carrés répartis sur 4 pays : le Mali, la Mauritanie, le Niger et l'Algérie. La France reste le principal acteur à travers sa multinationale TOTAL qui détient les secteurs d’exploration pétrolière "T A 29" et "C 9" dans le bassin de Taoudenni en Mauritanie.
Avec la conclusion d’un accord de prospection dans le Sahara malien, le site de français d’information "Boursorama» révèle la découverte de pétrole dans le bassin de Taoudenni au Mali. Par ailleurs, la presse algérienne confirme, en février 2011, des accords entre TOTAL et la SONATRAC algérienne. Tout comme il existe une coopération entre le Mali et la Russie à travers la société russe GAZPROM cherche à s’y étendre.
Alors qu’en même temps, l'influence de l’Algérie se développe continuellement avec des appétits de plus en plus aiguisés vis-à -vis du Niger.
En outre, la France, troisième puissance industrielle militaire après les États-Unis et la Russie produit des armes à commercialiser car ces matériels sont fabriqués pour être exploités. La mauvaise conjoncture des avions militaires français est aussi à mettre sur la balance. Une heure de vol d’un Mirage coûte 2200 euros.
Une heure du Rafale 40000 euros et aucun avion Rafale n’a été vendu jusqu'à ce que le jour. Donc le besoin de plus de promotion pour convaincre le Brésil, les Émirats Arabes Unis et d'autres de l’acheter est bien évident.
Les Analystes qui suivent les Evénements pensent qu’en entrant seule en guerre, la France cherche à redorer le blason de ses armées, surtout après l'échec en Libye. On se rappelle que le rôle des troupes françaises dans la première semaine de l'intervention en Libye a été marginal car on a lancé 122 missiles dont 2 britanniques et 120 américains.
Sa participation aux missions aériennes fut modeste durant cette semaine, elle ne pouvait donc pas se permettre de relever le plafond des coûts de sa participation à la guerre contre la Libye au- delà de 300 millions d’euros. En fin de compte son passif fut déshonorant et inhumain car elle bombarda le convoi de Kadhafi qu’elle filait.
La déclaration de Berlusconi à l’agence italienne (AKI) le 11 janvier 2013 a rendu l'intervention française plus difficile à comprendre et les interventions des responsables français difficilement crédibles. Le milliardaire italien avait dit : "ce qui s'est passé en Libye n'était pas une révolution, mais une intervention que la France voulait », précisant que « ce qui s’est passé en Libye n'était ni un printemps arabe ni une révolution du peuple, car Kadhafi était aimé de ses compatriotes » et d’ajouter que « le peuple libyen manquait de liberté, mais il jouissait du pain et de la gratuité du logement."
Nous constatons de manière scandaleuse une conspiration médiatique présentant le Mali comme revenu à l'époque médiévale lors du filmage de certains aspects exceptionnels d’une mauvaise application de la Chariaa. Sans se poser de questions pertinentes sur une crise profonde.
Tout comme on n’a pas parlé des investissements de la société française AREVA s'élèvent à 10 milliards d'euros dans le projet nigérien Imourarène qui connaît un grand retard et de ses 7 ingénieurs retenus en otages par les groupes armés maliens, ce qui constitue une menace pour le projet, notamment en ce qui concerne la réticence de travail des employés français à y servir.
(A suivre)
Par Mohamed Mahmoud Ould Bakar
