28-02-2013 15:30 - Communiqué de presse de Mohamed Ahmedou Debagh
A l’issue de la première audience d’instruction de notre client, tenue ce jour 27 février 2013, la défense de Monsieur Mohamed Ahmedou Debagh tient à exprimer ses plus vives inquiétudes quant aux atteintes manifestes et répétées aux droits de la défense.
Lorsque la défense a pris connaissance du dossier d’instruction, elle s’est rendu compte que certains procès-verbaux établis par la police économique lors de l’instruction préliminaire ont été falsifiés. Les procès-verbaux authentiques et signés par notre client ont été grossièrement et illégalement remplacés par d’autres au contenu tronqué et contenant l’allégation mensongère que notre client « a refusé de signer ».
Nous rappelons que ce faux est un crime qui est passible des travaux forcés à perpétuité, et ne doit en aucun cas rester impuni d'autant qu'il jette un grand discrédit sur le travail honorable de la police.
Ceci est d'autant plus grave que les procès verbaux de police sont le plus souvent la pièce maîtresse voire unique des dossiers sur la base de laquelle les cours criminelles et tribunaux correctionnels n'hésitent pas à condamner à des peines allant jusqu'à plusieurs années fermes.
Nous avons alors adressé une lettre au commissaire Fodé Dramé, responsable directe de cette falsification, lui demandant de transmettre au parquet les procès-verbaux authentiques, mais l’intéressé a refusé de décharger ce courrier, allant jusqu'à menacer son porteur de prison.
Aussi avons-nous immédiatement déposé une plainte auprès du procureur de la République, contre le commissaire Fodé Dramé directeur central de la lutte contre la criminalité économique et financière au sein de la direction générale de la sûreté nationale, et toute personne impliquée dans ce faux.
Une semaine après le dépôt de cette plainte, nous constatons avec le plus grand désarroi qu’aucune enquête n’est encore ouverte et que le commissaire Fodé continue son travail sans aucune interpellation, risquant d’envoyer en prison d’autres innocents.
Aujourd’hui encore, lors de la première audition de notre client par le juge d’instruction, nous avons été extrêmement surpris et dépités de constater que le juge d’instruction se refuse à consigner dans le procès-verbal d’audition une grande partie des déclarations de notre client, au motif que ces déclarations seraient sans rapport avec le dossier.
Nous exposons ci-après ces déclarations refusées par le juge (n'étant pas couvertes par le secret de l'instruction)
1- Mohamed Ahmedou Debagh a rappelé au juge que son inculpation et son emprisonnement sont nuls dans la mesure où ils sont fondés sur une instruction préliminaire elle-même nulle pour falsification de procès-verbaux.
2- Mohamed Ahmedou Debagh a rappelé certains passages censurés par la police économique lors de l’enquête préliminaire et relatifs à son intervention personnelle et celle de son Groupe BSA dans des affrètements d’avions de Mauritania Airways pour le compte de la présidence de la République dont à titre d’exemple :
- Les avions mis à la disposition du candidat Mohamed Ould AbdelAziz lors de la dernière campagne présidentielle;
- L'avion mis à la disposition du ministre de la justice pour obtenir auprès des autorités maliennes la demande d'extradition d’Oumar Sahraoui ;
- L'avion qui a servi au transport des troupes de l'armée Nationale de la ville d'Atar à Nema;
- L'avion qui a servi à transporter le ravitaillement en carburant à nos avions militaires en panne à Tombouctou;
- L'avion qui a servi au transfert du prisonnier Oumar Sahraoui pour permettre la libération des otages espagnols ;
- L’avion qui a servi au transport de la sécurité présidentielle (25 éléments) et certains membres de la délégation vers Bamako pour assister au 50ème anniversaire de l’indépendance du Mali (Monsieur Bouamatou, Le Président de la République et ses ministres étant acheminés par un Falcon).
Tous ces affrètements ont été commandés et payés par le Groupe BSA.
3- Mohamed Ahmedou Debagh a attiré l’attention du juge d’instruction sur le caractère strictement politique de son emprisonnement. Il a rappelé que c’est le président de son Groupe, Monsieur Mohamed Bouamatou, qui est visé par le pouvoir politique et qu’à défaut de pouvoir mettre la main sur celui ci, il a été arrêté lui, son vice – président.
Pour corroborer le caractère personnel et ciblé des poursuites judiciaires dont il fait l’objet, il s’est demandé s’il a commis une infraction plus grave que le fils du président de la République qui a tiré à bout portant sur une personne la blessant grièvement et qui n’a même pas été entendu par la justice.
La défense de Mohamed Ahmedou Debagh tient à dénoncer avec la plus grande vigueur le traitement dont son client fait l’objet, qui se caractérise par des violations systématiques des droits de la défense depuis la première audition par la police jusqu’à l’instruction.
Ces violations la confortent dans le caractère éminemment politique des poursuites dirigées contre son client, poursuites qui s’écartent sensiblement des règles de procédure légale normalement suivie dans un Etat de droit.
LA DEFENSE
