04-03-2013 06:01 - Abou Zeid - Belmokhtar : Aqmi serait-telle décapitée ?
Si les deux grandes annonces faites par les autorités tchadiennes à la fin de la semaine dernière, venaient à être confirmées, les quelques 2000 soldats qu’Idriss Déby Itno a déployés dans le nord-Mali, auraient vraiment de quoi être fiers.
En effet, selon le président tchadien et l’Etat major de son armée, les deux principaux responsables d’Aqmi, Abdelhamid Abou Zeid et Mokhtar Belmokhtar, auraient été tués le week-end passé, dans les massifs des Ifoghas.
Selon les mêmes sources, ces deux rudes coups qui pourraient alors avoir été administrés au terrorisme islamique dans le Sahel, seraient le fait du contingent tchadien de la Mission internationale de soutien au Mali (MISMA). Mais les informations restent à confirmer de sources indépendantes. Car certains mettent en garde contre un simple effet d’annonce de la part d’Idriss Déby Itno et des dirigeants de son armée.
Effet d’annonce qui pourrait avoir pour objectif de booster le moral aussi bien de la grande muette, que de l’opinion publique dans son ensemble. Il est à préciser que suite à la perte de 27 soldats tchadiens dans la guerre au Mali, dont 23 lors d’accrochages de la fin de la semaine précédente, le ciel tchadien était chargé d’un certain nombre de ressentiments et de rancœurs...
Le mercredi dernier, à la cérémonie d’ouverture de la 42ème session ordinaire du sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO, le président tchadien n’avait aucunement caché sa colère.
Il en voulait à ses homologues de l’instance sous-régionale de trainer les pieds dans le déploiement des troupes de la MISMA. Or, selon lui, ce retard venait d’entrainer la mort de 23 de ses soldats laissés quasiment seuls face à la résistance islamiste. C’est ainsi qu’en direction des dirigeants de la CEDEAO, il demandait qu’on en finisse avec les discours et qu’on enclenche la phase de l’action.
Deux après, changement de décor. A la faveur de la cérémonie d’hommages aux soldats tombés sur le champ de bataille malien, on retrouve en effet un tout autre président tchadien. Celui qui a la très grande fierté d’annoncer la mort d’Abou Zeid, responsable d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).
Comme une coïncidence savamment orchestrée, dans la soirée du samedi 2 mars, c’est le chef d’Etat major de l’armée tchadienne qui annonçait, pour sa part, que ses troupes avaient tué Mokhtar Belmokhtar, l’autre leader historique d’Aqmi qui avait fini par créer « les Signataires par le sang », auteurs de la prise d’otages d’In Amenas.
Dans les conditions normales, ces deux informations sont à célébrer au-delà du Tchad, du Mali et du Sahel. Bien que ne sévissant que dans la zone sahélienne, Al-Qaîda au Maghreb islamique intéresse également les grandes puissances du monde. Parce que pour ce qui est des prises d’otages et des attentats terroristes, les pays occidentaux et leurs intérêts, sont souvent les cibles privilégiées de ce groupe terroriste.
En ce qui concerne le cas particulier du “ Borgne”, l’annonce des autorités tchadiennes serait d’autant plus réjouissante qu’In Amenas est encore très présent dans les mémoires. De même, la mort de Belmokhtar est à l’échelle africaine ce que celle Ben Laden a été à l’échelle mondiale, dans la mesure où le premier s’est également battu en Afghanistan dans les années 80 et s’était particulièrement spécialisé dans le trafic de drogues, les prises d’otages et les embuscades.
Sauf que dans les faits, beaucoup de spécialistes évitent de se précipiter sur ces deux importantes informations. On y va avec une certaine prudence, voire même de la méfiance. A propos, le fait que ni la France, ni l’Algérie encore moins le Mali ou la Mauritanie, n’aient pas encore confirmé ces importants décès, ne doit pas être qu’un fait du hasard. Surout qu’Alger et Nouakchott sont notamment réputées pour l’efficacité de leurs services de renseignements en pareilles circonstances.
Par ailleurs, à tort ou à raison on soupçonnerait le président tchadien, particulièrement gêné par les nombreuses pertes dans ses propres, d’user d’un effet d’annonce pour remonter le moral de son armée et de son opinion publique. Et s'il avait raison ?
Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info
