05-03-2013 19:53 - Mauritanie 8 Mars : Statuts et rôles de la femme Haalpoular
Dans la société mauritanienne en général et chez les haalpulaaren en particulier, la femme est considérée comme une gardienne de la tradition et éducatrice des enfants.
Elle s’occupe ou veille aux soins du ménage et des membres de la famille.
Les femmes ont un emploi du temps journalier très chargé. Elles se lèvent très tôt le matin et se couchent tard le soir. Les travaux domestiques sont rendus plus difficiles par leur condition d’exécution.
Parmi les tâches les plus importantes, il y’a la cuisine et l’entretien.
Plus de 2 heurs et demi par jour en moyenne sauf quand il y’a une co-épouse, une sœur ou une grande fille. A noter l’importance du temps nécessaire pour la lessive : 4 heures dans une journée.
Ainsi, la femme évolue dans deux structures qui lui assignent un statut et un rôle : le « Suudu » (mhambre ou ménage) et le « Gallé » (maison ou concession.).
Le « Suudu» est la plus petite structure où évolue la femme. On la voit d’abord fillette, soumise à certaines règles de conduites plus ou moins strictes selon la catégorie sociale à laquelle elle appartient.
Un comportement peut être jugé mauvais pour une fille de la catégorie des nobles mais acceptable pour une fille de condition servile.
Mariée, ce statut nouveau confère à la fille le rôle de maîtresse de ménage d’où le nom « joom suudu ». La joom suudu gère les biens du ménage tels que les bijoux et autre. Comme épouse, elle est éduquée pour se soumettre à son mari tout en lui servant d’appui et parfois de conseillère.
Une « joom suudu » ferme rigoureuse est souvent recherchée parce qu’elle tend à vouloir faire de son mari le meilleur. Ainsi, elle joue son rôle de mère en donnant jour à ses enfants.
Elle est la nourrice des membres de son ménage en s’occupant du repas. En effet, en dehors de la maternité, le rôle de la femme est de faire la cuisine.
L’éducation de la jeune fille étant centrée sur sa future intégration au foyer et comment plaire à son mari, l’art culinaire est érigé en valeur fondamentale. Il s’agit d’un savoir faire qui participe au prestige de la femme haalpulaar. Il est courant et encourageant socialement au mari de faire des compliments à son épouse à chaque fois qu’elle fait et réussit son plat.
Cette valorisation excessive de la bonne cuisinière est une partie intégrante de la culture. La conséquence qui découle de tout cela est l’échec fortement ressenti par la femme, ainsi que son mari quand elle rate sa cuisine. Ce rôle est une partie intégrante de la culture haalpulaar.
L’une des sanctions les plus redoutés socialement par la femme est que son mari refuse de manger son plat pour lui signifier son mécontentement. Une telle sanction est rare et elle est vécue par la femme comme une atteinte à son intégrité et sa dignité.
Essayons de voir comment la femme évolue dans cette structure qu’est le « gallé ».
Le « Gallé » ou la concession, plus grand que le « suudu » est le regroupement de plusieurs « cuudi » (pluriel de suudu) dont la direction est confiée au membre le plus âgé de la famille, le « joom gallé » (le père de famille). Celui-ci a la gestion des charges financières.
En effet, la grandeur de la femme dans le ménage comme dans la concession est rechaussée lorsqu’elle donne naissance à des garçons plus qu’à des filles. Arrivée à l’âge adulte cette qualité lui vaudra la cour des mères ou des courtisanes des filles à marier avant de lui donner le droit du regard sur le comportement de ses brus au sein de la famille.
Le rapport entre la belle mère et sa belle fille fait penser à un conflit d’autorité doublé d’un conflit de génération. Dans une moindre mesure, un autre conflit ou du moins une tension se fait sentir entre les sœurs du mari et l’épouse de leur frère. Les premières gardent une certaine jalousie à l’égard de cette étrangère qui prend leur place dans le cœur de leur frère qui peut réduire la générosité de celui-ci à leur endroit.
Ces deux sortes de conflit font apparaître un ton soit peu le pouvoir de la femme sur son mari. C’est en partant de toutes ces considérations qu’une mère axe et oriente l’éducation de la jeune fille pour faciliter son intégration dans sa cellule familiale.
Youssouf Diop
Master 2 Philosophie (Critiques Contemporaines de la Culture)
Université Paris 8
Vincennes Saint Denis
