19-03-2013 12:53 - Affaire Mohamed Abdel Aziz – Noël Mamère : Un procès aux relents de Polar noir

Affaire Mohamed Abdel Aziz – Noël Mamère : Un procès aux relents de Polar noir

Décidément, le président Mohamed Ould Abdel Aziz compte aller jusqu’au bout avec Noël Mamère, même si le procès pour diffamation qu’il intente en France contre l’élu européen des Verts Ecologiques, risque de faire remonter à la surface, toute l’histoire de la drogue en Mauritanie.

Acculé dans ses derniers retranchements, alors qu’il pensait que des excuses publiques suffisaient à solder son différend avec le président mauritanien, Noël Mamère va défendre chèrement sa peau.

Une bataille sans merci s’annonce ainsi entre la défense de Ould Abdel Aziz, amenée par Me Eric Diamantis et Me Jemal Ould Mohamed d’une part et d’autre part, les avocats de Noël Mamère, en l’occurrence, Me Bourdon, avocat associé à Me Bouhoubeïny, et Me Antoine Comte.

En contre fond, des intrigues dont les sombres ramifications se perdraient au Maroc, en France, en Mauritanie… L’affaire Mohamed Ould Abdel Aziz-Noël Mamère entre dans une phase décisive, alors que les observateurs les plus avertis pensaient que le président mauritanien n’allait jamais perdre son temps à poursuivre un député français excentrique, et qu’il se contenterait de ses excuses, aussi plates et confuses qu’elles soient.

Mais Mohamed Ould Abdel Aziz, c’est Mohamed Ould Abdel Aziz. Un président qui cache, malgré sa mue, les dessous martiaux d’un général carré et têtu. Allergique aux « attaques gratuites », Mohamed Ould Abdel Aziz a décidé de poursuivre Mamère jusque dans ses derniers retranchements chez lui, en France, comme il l’avait fait en territoire malien contre les jihadistes d’Al Qaïda au Maghreb Islamique (Aqmi).

D’ailleurs, Noël Mamère doit s’estimer heureux, car au lieu d’un bataillon surarmé du BASEP, il n’aura à affronter que des effets de manche inoffensifs d’une paire d’avocats. Assigné en citation directe, Noël Mamère, député d’Europe Ecologie des Verts, devra présenter les preuves de ses assertions dans un délai de dix jours. Il avait en effet, dans une émission diffusée le 21 janvier 2013 sur la chaîne franco-allemande, Arte, accusé le président Mohamed Ould Abdel Aziz d’être « un parrain » du trafic de la drogue au Sahel.

Un procès-tribune contre la politique française en Afrique.

Le député européen des Verts se délecte déjà de la tournure des évènements. Confiant, il a décidé de faire du procès envisagé, une tribune pour fustiger la politique de la France en Afrique, tout en s’attelant à mettre en exergue à travers deux ténors du barreau français, ce qu’il pourra glaner comme éléments pour épingler probablement la Mauritanie comme plaque tournante du trafic de la drogue au Sahel.

Pour cela, il a engagé pour sa défense Me William Bourdon, avocat français associé à Me Maître Bouhoubeïny, le Bâtonnier des avocats mauritaniens. A rappeler aussi que Me Bourdon dirige l’ONG Sherpa, celle-là même qui vient de condamner la Mauritanie pour corruption. L’autre ténor français engagé par Noël Mamère est Me Antoine Comte, un pourfendeur des régimes dérogatoires du droit commun.

Ce procès sera avant tout politique, avant d’être juridique. Y seront certainement ressassés tous les dérapages de la Françafrique et les intrigues les plus sordides qui ont entaché les relations entre la Métropole et ses précarrés au Sud du Sahara. La France, mais aussi une bonne partie de la classe politique mauritanienne et africaine, pouvait bien se passer de tels déballages en vue, et qui risquent de révéler bien des dossiers désagréables.

Noël Mamère risque de revenir sur la guerre française en Libye, sur les relations floues entre certains chefs d’Etat jugés d’indésirables avec la classe politique française, notamment le défunt Kadhafi, les dessous de la guerre française au Mali, le rôle de la France dans ce qui se passe au RD Congo. L’occasion sera aussi peut-être opportune pour revenir sur le rôle de la France dans le coup d’Etat de 2008 en Mauritanie, et dans l’élection de Mohamed Ould Abdel Aziz à la présidence de la République, selon l’accusation avancée par les partis de la Coordination de l’opposition démocratique.

Le procès de la drogue en Mauritanie

Le procès qui s’annonce en France risque de dépasser le simple cadre de la diffamation qui opposera Mohamed Ould Abdel Aziz à Noël Mamère. Il risque de se transformer en un procès contre le pouvoir politique en Mauritanie. L’occasion sera peut-être permise de tirer des tiroirs poussiéreux où il croupit depuis plus de quatre années, le fameux Rapport de la Commission parlementaire sur la drogue qui avait défrayé la chronique en 2007.

Plusieurs noms, et pas des moindres, auraient été cités, et dont la publication aurait créé une véritable bombe en Mauritanie, poussant le gouvernement de Zeine Ould Zeidane à dérober le dossier à la connaissance du public. Les avocats de Noël Mamère pourront en exiger copie pour étoffer leurs dossiers. Depuis, les affaires de drogue ont scandé le quotidien des prétoires de la justice en Mauritanie, sans que les auteurs n’aient dépassé, s’ils n’ont dépassé, le seuil des cours et des prisons.

La dernière en date est l’affaire Mini Ould Soudanay-Sid’Ahmed Taya, l’ancien représentant d’Interpol en Mauritanie. L’affaire s’est terminée en queue de poisson. Sid’Ahmed Taya a été blanchi par grâce présidentielle, alors que les protagonistes du dossier sont aujourd’hui tous libres après avoir été condamnés à des peines allant de 5 à 15 ans de prison.

Par ironie du sort, les magistrats qui avaient soldé le dossier, par manque de charges suffisantes dû à des enquêtes préliminaires mal ficelées, ont payé une facture plus salée que les condamnés. Le président de la Cour a été radié, perdant du coup les efforts de toute une carrière, tandis que ses assesseurs ont tous été rétrogradés.

N’empêche, les Mauritaniens sont toujours restés sur leur fin face à ces fortunes soudaines qui se multiplient avec leur odeur de drogue, sans qu’ils ne parviennent à mettre des noms sur ces dizaines de fantôme aux richesses plus que providentielles. Les tonnes de drogue dure (cocaïne) transitent par le Port de Nouakchott, dont les dernières en date ont été saisies récemment par le Commissariat antidrogue. D’autres passent par les frontières avec le Mali, le Sénégal, le Sahara et le Maroc.

L’argent du blanchiment vient alimenter ainsi des circuits financiers obscurs, sans compter les transferts massifs de devises, la fuite des capitaux vers les pays du Golf, le Maroc et certaines capitales européennes. Les villas, appartements et domaines achetés par des Mauritaniens à l’étranger constituent ainsi une véritable saignée pour la richesse nationale.

Tant d’hémorragies qui vident la Mauritanie de ses ressources risquent cependant, s’il sont mentionnées, de passer à côté des joutes. Les avocats du président Ould Abdel Aziz se contenteront pour leur part de ramener les débats sur l’objet de la plainte déposée contre Mamère et feront certainement tout pour disqualifier les velléités de la défense à élargir les débats au-delà de l’objet de l’audience, strictement circonscrite à la diffamation à l’encontre du président Mohamed Ould Abdel Aziz.

Cheikh Aïdara




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Commentaires (7)

  • atrous (H) 19/03/2013 20:21 X

    chekh haydra
    vous pouvez enlever votre chemise rouge et votre... sur la plages libertine de bégle la ville dont le maire n'est autre que notre noel mammaire ,ce sera plus coule que de passer votre temps nous intoxiquez par vos diatribes sur le président aziz.

  • Zreiga (F) 19/03/2013 18:18 X

    Nous attendons le dénouement de cette affaire avec impatience ; Ainsi notre président sera blanchi inchallah et notre honneur (car il en va de notre honneur) sera sauf.

  • sindibad (H) 19/03/2013 15:48 X

    chikh haidra
    vous demeurer machiavélique . quand à noel mammaire "le satirique " il devait démissionné de sont mandat de député et devenir le correspondant de chalie hebdo auprès de bouamatou à marrakech....

  • conseiller (H) 19/03/2013 13:56 X

    Ce procés risque de faire des révélations graves qui devront édifier plus d'un sur les palais et grandes maisons de 1200 m2 de Tevragh Zeina qui sont construits qu'avec l'argent sale ou mal acquis. Et pourtant leurs propriétaires y prient et y font meme des enfants.

    Que dit l'Islam sur l'argent sale et mal acquis?

    La réponse est attendue aussi avec Ould Deddew.

  • babavall (H) 19/03/2013 13:26 X

    Dans tous les cas , le lien semble scellé entre les différents protagonistes de cette campagne de diffamation: à Paris, Noel Mamème sera défendu par Maître Bourdon William, associé de Bouhoubeiny, président de l'ONG Scherpa, et qui a lancé un appel contre la Mauritanie.

  • lemaure67 (H) 19/03/2013 13:24 X

    Nos contradicteurs sont en train de changer de tactique. Au lieu de s'attaquer à Notre Président à Nous Mohamed Abdel Aziz et lui uniquement, il se ressaisissent et évoquent un enlisement du Dépité Secheresse Noel Mamère dans un imbroglio juridique qui lui coûtera cher. Le président Aziz réduira à néant l'arrogance d'une certaine classe politique française ayant un regard de dédain aux africains et aux musulmans. Nous souhaitons que ces avocats gagnent ce procès qui est par excellence un procès contre les velléités colonialiste de certain milieux politiques français aussi bien à droite qu'à gauche.

  • babavall (H) 19/03/2013 13:13 X

    Juste pour mieux savoir qui est ce Noel Mamére, député atypique français,ancien journaliste renvoyé de la chaine de Tv Antenne 2, avocat radié du barreau de Paris et connu pour ses prises de positions diffamatoires.

    Député, il a accusé et demandé une mise en accusation judiciaire du président Jacques Chirac pour sa participation au financement illégal de son parti, ce qui lui vaudra une sanction symbolique de l'Assemblée bien qu'il fût membre de la majorité parlementaire elle-même opposée au président.

    Lors de l'émission télévisée Tout le monde en parle sur la chaîne publique France 2 le 23 octobre 1999, il qualifie de « sinistre personnage » le professeur Pierre Pellerin, ancien directeur du SCPRI (Service central de protection contre les radiations ionisantes) en 1986, à l'époque de l'explosion de la centrale de Tchernobyl. Il déclare que celui-ci « n'arrêtait pas de raconter que le nuage radioactif n'avait franchi nos frontières ». À la suite de cette déclaration, Pierre Pellerin porte plainte contre Noël Mamère et le directeur de la chaîne France 2, Marc Tessier afin de réfuter cette présentation de son rôle lors de la catastrophe de Tchernobyl. Le 11 octobre 2000, Noël Mamère et France 2 sont condamnés par le tribunal correctionnel de Paris pour diffamation publique envers un fonctionnaire. Ils font appel.

    Le 3 octobre 2001, Noël Mamère et France 2 sont condamnés par la cour d’appel de Paris qui motive ainsi son jugement sur la question de la mauvaise foi de Noël Mamère : « M. Mamère, en usant de termes tels que : « n’arrêtait pas de nous raconter » insiste fortement et de manière péremptoire sur le fait que M. Pellerin a fait preuve d’une volonté réitérée de mentir, qu’il n’a cessé de fausser la vérité et cela en toute connaissance de cause. » Noël Mamère et France 2 se pourvoient en cassation. Le 22 octobre 2002, les pourvois de Noël Mamère et de France 2 sont rejetés par la Cour de cassation.